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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308125

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308125

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2023, la commune de Brétigny-sur-Orge, représentée Me Azouaou de la SELARL Roux et Azouaou, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de la parcelle cadastrée section AB n°366 à Brétigny-sur-Orge, située 10, rue Louis Armand et sur laquelle est érigée l'école Louise Michel, de M. B A et de tous les autres occupants sans droit ni titre ainsi que celle de tous les véhicules et caravanes et autres biens qui pourraient se trouver sur place.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Lepetit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la commune de Brétigny-sur-Orge à lui verser une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur le présent litige qui concerne le domaine privé de la commune.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 octobre 2023 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, M. Delage a lu son rapport, interrogé les parties sur l'éventualité d'une médiation et entendu :

- les observations de Me Azouaou, représentant la commune de Brétigny-sur-Orge, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la parcelle litigieuse relève bien du domaine public, dès lors qu'en vertu de l'article L. 214-3 du code forestier, l'application du régime forestier implique un acte de l'Etat et qu'un tel acte n'a jamais été pris ni le bien soumis au régime forestier ; que le terrain est celui de l'école primaire et donc affecté au service public, que la situation était connue de la directrice de l'école qui n'avait toutefois pas fait remonter l'information avant août 2023, que rien n'est aux normes et que la commune souhaite éviter tout problème de sécurité ; que M. A a été reçu par le cabinet du maire et qu'il sera fait une distinction entre la possibilité d'évacuation demandée et son exécution ;

- les observations de Me Lepetit, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense et fait valoir que le lieu relève du domaine privé de la commune en raison de l'application du régime forestier, que d'ailleurs le rapport de constat parle bien de bois, de coupe et d'abattage dans des bois et forêts et que M. A est d'ailleurs poursuivi pour cela au pénal, que M. A est arrivé en 2021 et que la commune connaissait la situation car les enfants de l'école jettent des pierres sur les caravanes, que la commune ne justifie pas du projet d'agrandissement sur le terrain, que si le domaine privé peut être loué par le maire, celui-ci ne dispose en l'espèce d'aucun mandat du conseil municipal en particulier pour introduire l'instance devant le tribunal ce qui est une cause de nullité de la procédure, et que le litige relève du tribunal judiciaire d'Evry.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été reportée au 13 octobre 2023 à 15 heures.

Une pièce, produite par la commune de Brétigny-sur-Orge, a été enregistrée le 13 octobre 2023 à 11h48 et communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Brétigny-sur-Orge (Essonne) expose avoir été informée le 10 août 2023 de l'installation d'occupants sans titre sur la parcelle, dont elle est propriétaire, cadastrée section AB n°366, située au 10 rue Louis Armand à Brétigny-sur-Orge et sur laquelle est implantée l'école communale Louise Michel. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B A ainsi que tous les autres occupants illégalement installés sur le domaine public de la commune et de tous véhicules, caravanes et autres biens qui pourraient se trouver sur place.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public.

Sur l'exception d'incompétence

3. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes des dispositions de l'article L. 2212-1 du même code : " Font également partie du domaine privé : () 2° Les bois et forêts des personnes publiques relevant du régime forestier ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-1 du code forestier : " I. - Relèvent du régime forestier, constitué des dispositions du présent livre, et sont administrés conformément à celui-ci : 1° Les bois et forêts qui appartiennent à l'Etat, ou sur lesquels l'Etat a des droits de propriété indivis ; / 2° Les bois et forêts susceptibles d'aménagement, d'exploitation régulière ou de reconstitution qui appartiennent aux collectivités et personnes morales suivantes, ou sur lesquels elles ont des droits de propriété indivis, et auxquels ce régime a été rendu applicable dans les conditions prévues à l'article L. 214-3 : a) Les régions, la collectivité territoriale de Corse, les départements, les communes ou leurs groupements, les sections de communes ; () " . Aux termes des dispositions de l'article L. 214-3 du même code : " Dans les bois et forêts des collectivités territoriales et des autres personnes morales mentionnées au 2° du I de l'article L. 211-1 susceptibles d'aménagement, d'exploitation régulière ou de reconstitution, l'application du régime forestier est prononcée par l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la collectivité ou de la personne morale intéressée. En cas de désaccord, la décision est prise par arrêté du ministre chargé des forêts ".

4. Il résulte des termes mêmes de l'article L. 211-1 du code forestier, cité au point précédent, que les bois et forêts susceptibles d'aménagement, d'exploitation régulière ou de reconstitution appartenant aux communes doivent, pour relever du régime forestier, au sens de cet article, avoir fait l'objet d'une décision de l'autorité administrative compétente de l'État prononçant l'application de ce régime dans les conditions définies à l'article L. 214-3 du même code.

5. Il résulte de l'instruction que sur la parcelle litigieuse, dont il est constant qu'elle appartient au domaine de la commune de Bretigny-sur-Orge, est implantée l'école primaire Louise Michel composée notamment d'un bâtiment scolaire et d'un terrain de sport. M. A soutient que le présent litige ressortit à la compétence de la juridiction judiciaire dès lors que la zone boisée sur laquelle il s'est installé sans autorisation, située au nord-ouest de la parcelle cadastrée section AB n°366, appartient au domaine privé de la commune en application du 2° de l'article L. 2211-1 du code général de la propriété des personnes publiques. Toutefois, ainsi que l'a opposé à l'audience le conseil de la commune, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction qu'un acte aurait été pris en application de l'article L. 214-3 du code forestier permettant l'application du régime forestier à la partie de parcelle en cause. Par suite, l'exception d'incompétence ainsi soulevée par M. A doit être écartée.

Sur la fin de non-recevoir

6. Aux termes de l'article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ". Aux termes de l'article L. 2122-22 de ce code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ; / () ".

7. Par délibération du 23 juillet 2020, le conseil municipal de Brétigny-sur-Orge a donné au maire délégation notamment pour intenter les actions en justice au nom de la commune. La fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité du maire de Brétigny-sur-Orge pour agir au nom de la commune doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'expulsion

8. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés fait droit à celles-ci dès lors que la demande présentée est utile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux occupés présente un caractère d'urgence.

9. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que la parcelle fait l'objet d'une occupation sans titre caractérisée notamment par la présence de gaines et de fils électriques apparents et, plus largement, l'installation d'un circuit électrique rudimentaire faisant courir des risques pour la sécurité publique, en particulier des risques d'incendie, et l'absence d'installations sanitaires aux normes. Ces éléments sont de nature à porter atteinte à la salubrité et la sécurité publiques compte tenu en outre de la proximité d'une école. Dans ces conditions, l'évacuation de cette aire par les occupants présente un caractère d'urgence et d'utilité, alors même que la commune ne justifie d'aucun projet d'extension de l'école. Le caractère illégal de cette occupation n'est en outre pas contesté et la mesure demandée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

10. En l'espèce, la présence de M. A depuis deux ans n'est pas contestée, la commune se bornant à soutenir que l'information sur cette occupation ne lui serait parvenue qu'en août 2023. En outre, l'intéressé vit sur cette parcelle avec sa famille incluant six enfants. Dans ces circonstances, et alors qu'il est apparu à l'audience qu'un dialogue pouvait être envisagé entre les parties, il y a lieu de fixer à un mois le délai donné aux occupants pour libérer les lieux. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à M. A et toutes les personnes occupant, à la date de la présente ordonnance, la parcelle litigieuse, d'évacuer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance le terrain qu'ils occupent sans droit ni titre et de retirer tous véhicules et caravanes et autres biens qui s'y trouvent.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Brétigny-sur-Orge, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. A et tous autres occupants d'évacuer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance le terrain qu'ils occupent sans droit ni titre sur la parcelle cadastrée section AB n°366 à Brétigny-sur-Orge située 10, rue Louis Armand sur le territoire de cette commune et de retirer tous véhicules et caravanes et autres biens qui s'y trouvent.

Article 2 : Les conclusions de M. A tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Brétigny-sur-Orge et à M. B A et aux autres occupants de la parcelle cadastrée section AB n°366 à Bretigny-sur-Orge.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 18 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

Ph. Delage

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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