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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308180

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308180

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantGALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2023, et un mémoire, enregistré le 16 octobre 2023, Mme C A, représentée par Me Gall, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à titre principal, au préfet territorialement compétent de l'autoriser à solliciter l'asile en France et de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce même jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente en l'absence d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré de la violation de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnait les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que la saisine des autorités allemandes soit intervenue dans le délai prévu par les dispositions des articles 23 et suivants du décret n° 604/2013 du 26 juin 2013 ni que ces autorités aient accepté cette requête ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 12 octobre 2023, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2023 en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Gall, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en faisant valoir, d'une part, que l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas produit l'intégralité du résumé de l'entretien individuel de la requérante, ce qui ne permet notamment pas d'établir qu'elle a été entendue par une personne qualifiée en vertu du droit national en application de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et, d'autre part, que la requérante est en situation de particulière vulnérabilité, notamment psychologique, et qu'elle bénéficie en France de la protection de son frère, de telle sorte que le préfet a méconnu les dispositions de l'article du 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire qu'elles prévoient ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante congolaise née le 6 septembre 1993, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 24 juillet 2023, auprès des services de la préfecture de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de Mme A avaient été relevées le 8 octobre 2021 par les autorités de contrôle compétentes en Allemagne à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale dans ce pays. Saisies le 31 juillet 2023 d'une demande de reprise en charge de Mme A, les autorités allemandes ont accepté cette requête, le 2 août 2023. Par un arrêté du 20 septembre 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

5. Mme A soutient que l'entretien individuel dont elle a bénéficié le 24 juillet 2023 n'a pas été mené dans les conditions prévues par les dispositions précitées. Or, le préfet de l'Essonne, qui n'a produit que la première page du résumé de cet entretien individuel, laquelle ne comporte aucune signature ni aucun cachet de la préfecture ne rapporte pas la preuve, qu'il est seul à pouvoir apporter, que cet entretien a été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et dans le respect de l'ensemble des conditions prévues par les dispositions précitées. Par suite, Mme A, qui doit être regardée comme ayant été privée d'une garantie procédurale, est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé le transfert de Mme A aux autorités allemandes doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement le réexamen de la situation de Mme A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Gall en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle. A défaut d'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera directement cette somme à cette dernière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Mme A est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 20 septembre 2023 du préfet de l'Essonne de transfert de Mme A aux autorités allemandes est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros, à Me Gall, conseil de Mme A, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle, directement à celle-ci au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de l'Essonne et à Me Gall.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

Ph. B La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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