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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308343

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308343

lundi 7 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL CAPSTAN NORD EUROPE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de la société Action France, qui contestait le refus du ministre du travail d'autoriser le licenciement de Mme A B, salariée protégée. Le tribunal a jugé que la décision ministérielle était suffisamment motivée et que la consultation du comité social et économique (CSE) n'avait pas été régulière, car l'employeur n'avait pas mis le CSE en mesure d'émettre un avis en toute connaissance de cause sur les propositions de reclassement, en méconnaissance des articles L. 1226-10 et L. 2312-16 du code du travail. Par conséquent, le refus d'autorisation de licenciement a été confirmé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2023, la société Action France, représentée par Me Platel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2023 par laquelle le ministre du travail a refusé d'autoriser le licenciement de Mme A B, salariée protégée ;

2°) d'enjoindre au ministre du travail de procéder au réexamen de sa demande d'autorisation de licenciement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les articles L. 1226-2 et L. 1226-10 du code du travail n'imposent aucune forme particulière à l'employeur pour recueillir l'avis du comité social et économique ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le comité social et économique a été régulièrement consulté.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2025, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertaux,

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique,

- et les observations de Me Thieffry, représentant la société Action France .

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A B a été embauchée, aux termes d'un contrat de travail à durée indéterminée, le 21 novembre 2016 par la société Action France, spécialisée dans le commerce de détail. Mme A B exerçait les fonctions d'employée de magasin et était élue à la délégation du personnel depuis le 17 mai 2020. Victime d'un accident du travail et placée en arrêt de travail à partir du 25 juillet 2020, Mme A B a été déclarée, suivant avis du médecin du travail du 22 août 2022, inapte à son poste. L'intéressée n'a pas contesté cet avis d'inaptitude. Les membres du comité économique et social ont été consultés, le 19 septembre 2022, sur les recherches de reclassement de l'employeur, notamment sur l'absence de poste disponible au regard des prescriptions du médecin du travail, et, le 17 novembre 2022, sur le projet de licenciement de la salariée. Ils ont rendu un avis favorable. La société Action France a sollicité, le 30 novembre 2022, auprès de l'inspection du travail l'autorisation de licencier Mme A B. Par une décision du 30 décembre 2022, l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement. La société Action France a formé un recours hiérarchique contre cette décision. Le ministre du travail a laissé naître une décision implicite de rejet de ce recours le 27 juin 2023. Puis, par décision expresse du 10 août 2023, le ministre a retiré sa décision implicite de rejet, a annulé la décision de l'inspection du travail et refusé le licenciement de Mme A B. Par la présente requête, la société Action France sollicite l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1226-10 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. Cette proposition prend en compte, après avis du comité économique et social, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. () ".

3. Lorsque le salarié a la qualité de salarié protégé, il résulte de ces dispositions que si, à l'issue de la procédure qu'elles fixent, il refuse les postes qui lui sont proposés ou ne peut être reclassé et que l'employeur sollicite l'autorisation de le licencier, l'administration ne peut légalement accorder cette autorisation que si le comité économique et social a été mis à même, avant que soient adressées au salarié des propositions de postes de reclassement, d'émettre un avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles de fausser cette consultation.

4. D'autre part, l'article L. 2312-16 du code du travail précise que " sauf dispositions législatives spéciales, l'accord défini à l'article L. 2312-19 et à l'article L. 2312-55 ou, en l'absence de délégué syndical, un accord entre l'employeur et le comité social et économique ou, le cas échéant, le comité social et économique central, adopté à la majorité des membres titulaires de la délégation du personnel du comité, ou, à défaut d'accord, un décret en Conseil d'Etat fixe les délais dans lesquels les avis du comité social et économique ou, le cas échéant, du comité social et économique central sont rendus dans le cadre des consultations prévues au présent code. Ces délais permettent au comité social et économique ou, le cas échéant, au comité central d'exercer utilement sa compétence, en fonction de la nature et de l'importance des questions qui lui sont soumises ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, salariée protégée, a été déclarée inapte à reprendre son emploi par le médecin du travail. A la suite de ce constat d'inaptitude, son employeur n'a pas été en mesure de lui proposer, après de vaines recherches, un autre emploi et a sollicité l'avis des membres du comité social et économique, lesquels ont émis un avis favorable sur l'impossibilité de reclassement. La société Action France a alors notifié, par courrier du 30 septembre 2022, cette impossibilité auprès de la salariée. Par ailleurs, la société requérante a sollicité postérieurement la convocation du comité social et économique afin que celui-ci se prononce sur le licenciement de Mme A B, lequel a émis, après vote à bulletin secret, un avis favorable.

6. Pour annuler la décision de refus de l'inspecteur du travail et refuser, de nouveau, d'autoriser le licenciement de l'intéressée, le ministre du travail s'est fondé sur le fait que l'employeur avait adressé un courriel aux membres du comité social et économique afin de recueillir un avis individuel de ces membres, alors que cette instance, qui présente un caractère collégial, supposait la tenue préalable de débats ou d'échanges entre ceux-ci, en méconnaissance de son obligation de reclassement. Or, il résulte des dispositions précitées, qu'aucune forme particulière pour recueillir l'avis du comité quant au reclassement d'un salarié déclaré inapte n'est imposée, sa consultation, dans ce cadre, n'entrant pas dans les prévisions énoncées à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III du code du travail qui sont propres à la seule procédure de licenciement. Ainsi, la société requérante a satisfait à son obligation de reclassement, et la décision litigieuse est, dans ces conditions, entachée d'erreur de droit. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la société requérante est fondée à soutenir que la décision du 10 août 2023 du ministre du travail doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles examine de nouveau la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Action France. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à la société Action France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre du travail du 10 août 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles de réexaminer la demande d'autorisation de licenciement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société Action France la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Action France, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et à Mme C B.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Sauvageot, présidente,

Mme Lutz, première conseillère,

M. Bertaux, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2025.

Le rapporteur,

signé

H. Bertaux

La présidente,

signé

J. Sauvageot La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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