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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308421

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308421

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308421
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPESCHANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, M. A, représenté par Me Peschanski, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Essonne de renouveler son contrat jeune majeur dans un délai de trois jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer sa demande et de lui assurer durant cet examen une prise en charge, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Essonne de lui assurer une solution d'hébergement et une prise en charge adaptées à ses besoins alimentaires, sanitaires et éducatifs dans un délai de 24 h à compter de la notification de l'ordonnance à venir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental de l'Essonne la somme de 1 500 euros à verser à Me Pechanski en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie de la renonciation de celle-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle et à défaut au requérant.

Il soutient que :

- le non renouvellement de son contrat porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de bénéficier d'une nouvelle prise en charge, de ne pas subir une carence caractérisée, à sa liberté d'instruction, à son droit au respect de sa vie privée et à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants ; il a été confié à l'aide sociale à l'enfance en assistance éducative le 25 février 2019, soit avant ses dix-huit ans : il est en droit de voir son contrat jeune majeur renouvelé et de bénéficier d'une nouvelle prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance ; il se trouve désormais en situation d'errance, sans aucune ressource, à la rue et sans solution d'hébergement, en dépit de son jeune âge, des basses températures et de sa vulnérabilité psychique particulière liée aux violences subies tout au long de son parcours d'exil ; l'absence de renouvellement de sa prise en charge le place dans une situation de grande précarité économique et administrative, et le prive de tout moyen de subsistance ;

- l'urgence est présumée dans le cadre d'une fin de prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance ; il a été contraint de quitter son lieu d'hébergement, et se trouve désormais à la rue, en situation d'errance, dépourvu de toute ressource, d'autant qu'il ne bénéficie d'aucun soutien familial sur le territoire français ; il risque de ne pas réussir à obtenir de nouvelle inscription en formation, faute d'accompagnement adapté ; le refus de renouvellement menace grandement son insertion sociale et scolaire, ainsi que ses démarches entreprises pour obtenir sa régularisation.

Vu les autres pièces du dossier, notamment celles produites et communiquées au cours de l'audience.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 16 octobre 2023 à 10 h 40 en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, Mme Rollet-Perraud a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Peschanski, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en exposant que M. A ne dispose d'aucune ressource et d'aucun hébergement ; qu'avant l'introduction de la présente requête, un recours administratif préalable obligatoire devait être formé ; que son suivi par le service de l'aide sociale à l'enfance a été très chaotique ; qu'il a été hébergé dans plus de 20 lieux différents ; que les démarches relatives à sa situation administrative notamment la régularité de son séjour sur le territoire français n'ont pas été faites à temps ;

- les observations de Mme B, représentant le conseil départemental de l'Essonne qui conclut au rejet de la requête ; il soutient que la condition de l'urgence n'est pas remplie en raison d'une part du délai qui s'est écoulé entre la sortie du dispositif de M. A et la saisine du juge des référés, d'autre part en raison du comportement de M. A qui a fait l'objet de deux notes d'incident des 23 février et 23 août 2023 établies par un éducateur spécialisé et une coordinatrice de la société Vie autrement et d'une plainte déposée le 5 juin 2023 par l'éducateur spécialisé chargé du suivi de l'intéressé.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, à 12h18.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, né le 27 août 2003 déclare être arrivé en France en 2018 à l'âge de 15 ans. Après avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 27 août 2021, il a bénéficié depuis cette date de contrats jeune majeur. Par une décision du 21 septembre 2023, le président du conseil départemental de l'Essonne a refusé de renouveler son contrat jeune majeur au motif qu'il n'avait pas respecté les conditions et objectifs de son précédent contrat. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Essonne de renouveler son contrat jeune majeur.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

4. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () ". Il résulte de ces dispositions que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

5. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de l'instruction que M. A n'avait pas atteint l'âge de vingt et un ans à la date de la décision lui refusant le renouvellement de son contrat jeune majeur et ne dispose d'aucun soutien familial en France. Il résulte également de l'instruction que l'intéressé est dépourvu de ressources et ne dispose pas d'hébergement. Dans ces conditions et en application des dispositions citées au point 5, M. A dispose d'un droit à une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance. Par suite, le refus opposé à la demande de M. A tendant au renouvellement de son contrat " jeune majeur ", porte, en l'état de l'instruction, une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit à une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance du jeune majeur qui remplit les conditions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

7. Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. A, entré en France alors qu'il était mineur et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 27 août 2021, est dépourvu de tout soutien familial sur le territoire. Il a bénéficié jusqu'au 27 août 2023 de contrats jeune majeur dont le président du conseil départemental de l'Essonne a refusé le renouvellement. Il n'est, par ailleurs, pas contesté en défense qu'à la suite de cette décision, M. A ne perçoit plus de ressources, et ne dispose plus d'hébergement. Ainsi, quand bien même d'une part M. A a saisi le juge des référés le 13 octobre 2023 et d'autre part, le non renouvellement du contrat jeune majeur a été décidé en raison de son comportement, l'intéressé ne peut être regardé, comme s'étant lui-même placé dans une situation d'urgence et la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme remplie.

8. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au département de l'Essonne d'accorder à M. A, à titre provisoire, et dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, en assurant, en particulier la prise en charge, outre de ses besoins en matière d'hébergement et de ressources, de ceux couvrant l'accès à un accompagnement dans ses démarches administratives. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Essonne la somme de 500 euros à verser à Me Peschanski, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 500 euros sera versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au département de l'Essonne d'accorder à M. A, à titre provisoire, et dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, en assurant, en particulier la prise en charge, outre de ses besoins en matière d'hébergement et de ressources, de ceux couvrant l'accès à un accompagnement dans ses démarches administratives.

Article 3 : Le département de l'Essonne versera, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 500 euros à Me Peschanski, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 500 euros sera versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Peschanski et au département de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 17 octobre 2023.

La juge des référés,

signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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