vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2308442 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GIUDICELLI-JAHN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, Mme C D représentée par Me Giudicelli-Jhan, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines ou toute autre autorité compétente à titre principal de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que cet arrêté est :
- pris par une autorité incompétente ;
- insuffisamment motivé ;
- entaché d'erreur de vice de procédure au regard des articles L.435-1, et L.423-23 ainsi qu'à l'égard de l'obligation de soumettre sa décision à la commission du titre de séjour ;
- méconnait son droit d'être entendue ;
- entaché d'erreur manifeste d'appréciation
- entaché d'erreur de droit au regard des stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ainsi qu'au regard des dispositions des articles L.421-1, L. 421-2, L.433-6, L.435-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 22 novembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens exposés sont infondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 novembre 2023 par une ordonnance du 16 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur,
- et les observations de Me Guidicelli-Jahn.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, de nationalité gabonaise née le 25 avril 1992 à Libreville (Gabon), est entrée régulièrement en France en septembre 2011. Elle a tout le temps été titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. En dernier lieu, elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour en sollicitant un changement de statut, afin d'être titulaire d'un titre de séjour salarié. Par un arrêté du 2 octobre 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé ce changement de statut et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans les 30 jours.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Mme D établit avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, alors que le bureau d'aide juridictionnelle n'a pas encore statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les autres conclusions :
3. En premier lieu, M. B A, signataire de la décision attaquée, a reçu délégation de signature du sous-préfet de Mantes la jolie le 23 juin 2023, publié le jour même au recueil des actes administratifs du département des Yvelines, pour signer cet arrêté. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que les délégations de signature dussent être mentionnées dans les actes pris. Dès lors le moyen manquant en fait, il doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté, qui après avoir mentionné les textes applicables, rappelle l'état civil et la situation tant administrative que familiale de la requérante, est suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, Mme D ne peut utilement se prévaloir d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L.435-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas déposé sa demande de titre de séjour en application de ces articles.
6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte stipule enfin que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
7. Si Mme D soutient de façon très générale qu'elle n'a pas eu la possibilité de faire valoir ses observations préalables, elle ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'adoption de cette décision.
8. En cinquième lieu, la requérante soutient que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ignorant sa bonne intégration professionnelle, et sa situation familiale. Elle indique qu'elle va être titulaire d'un contrat à durée indéterminée à la commune des Mureaux en qualité de juriste et qu'elle élève son enfant de trois ans dont le père est ivoirien.
9. Toutefois, Mme D était titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiant et n'avait, de ce fait, pas vocation à rester en France en dépit des stages qu'elle a effectués dans le cadre de ses études ; en outre, elle ne produit qu'une promesse d'embauche et n'a pas, comme la décision attaquée le souligne, de contrat de travail dûment visé par l'autorité compétente comme le prévoient les dispositions de l'article L.421-21 précitées ; enfin, le père de son enfant, s'il est en situation régulière, n'est titulaire que d'un titre de séjour temporaire d'un an. Au demeurant, la requérante a toute sa famille dans son pays d'origine. Par suite, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
10. En sixième lieu, d'une part, les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisent que : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;() . ".
11. D'autre part, les dispositions de l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisent que " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".
12. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions de délivrance de l'un des titres prévus par les dispositions précitées de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.
13. Or, il résulte des pièces du dossier que Mme D, comme il a été souligné au point 7, ne remplit pas les conditions de délivrance des titres de séjour prévues par les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
14. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
15. Mme D se prévaut également de ces stipulations pour soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit. Toutefois pour les motifs rappelés aux points 8 et 9, le préfet n'a pas méconnu ces stipulations.
16. Mme D invoque également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant. Toutefois, la décision attaquée ne l'empêche pas de repartir avec son enfant au Gabon. De même, aucun élément n'établit d'obstacle pour le père de l'enfant, qui, comme il a été indiqué au point 8, n'est titulaire que d'un titre de séjour temporaire, de suivre l'enfant au Gabon ou en Côte d'Ivoire, l'enfant ayant a priori les deux nationalités.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience publique du 22 mars 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
C. Gosselin
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Br. MaitreLa greffière,
Signé
I. De Dutto
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026