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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308465

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308465

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui renouveler son titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation, notamment sur le plan personnel, professionnel, et sur son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est borné à examiner sa situation au regard de l'ancien article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a également fait valoir sa situation professionnelle et que sa demande aurait donc dû être examinée sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet ne produit pas l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) permettant de vérifier l'existence et la régularité de ce document ; il n'est pas non plus établi que cet avis comporte toutes les mentions légales, et qu'il a été pris à l'issue d'une procédure collégiale ; il n'est pas établi que les médecins signataires de l'avis du collège des médecins de l'OFII ont été régulièrement désignés, et qu'ils étaient compétents ; il n'est pas davantage établi l'existence ni la régularité du rapport médical ni même sa transmission au collège des médecins ; il n'est pas non plus établi que le médecin ayant établi le rapport au vu duquel l'avis du collège de médecins a été émis, n'a pas siégé au sein de ce collège ; enfin, il n'est pas justifié de l'authentification des signataires de l'avis;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis de l'OFII ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside en France de manière continue depuis plus de 10 ans, dont une partie en situation régulière, qu'il travaille comme manutentionnaire depuis 2017 et sous couvert d'un CDI depuis octobre 2020 et qu'il est intégré ;

- elle méconnait l'article L. 425-9 du même code dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observation en défense.

Par ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 novembre 2023.

Un mémoire présenté pour le préfet de l'Essonne a été enregistré le 16 janvier 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Maitre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien, a bénéficié à partir du 13 octobre 2017 d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'ancien article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'au 12 avril 2018 et a ensuite été placé sous récépissé de demande de titre de séjour. Par un arrêté du 16 avril 2021, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler le titre de l'intéressé et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 16 septembre 2021, le tribunal de céans a rejeté le recours dirigé contre ces décisions mais par un arrêt du 24 juin 2022, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé ce jugement ainsi que les décisions préfectorales et a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. A. Suite à ce réexamen, le préfet de l'Essonne a, par un arrêté du 28 août 2023, refusé de délivrer le titre de séjour demandé, a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de sa demande de renouvellement de son titre de séjour obtenu sur le fondement de l'ancien article L. 313-11 11°, aujourd'hui repris à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne a transmis à M. A un formulaire intitulé " demande de titre de séjour ", lequel n'indique aucune fondement légal spécifique à la demande formulée par son signataire et comporte notamment une partie relative à la situation professionnelle du demandeur ainsi qu'une zone de texte libre destinée à recueillir ses observations éventuelles. A ce titre, M. A a indiqué avoir une activité salariée en contrat à durée indéterminée depuis octobre 2020 et vivre en France depuis plus de 10 ans, ayant développé une vie personnelle et professionnelle. Par ailleurs, dans son recours gracieux du 17 juin 2021 suite au premier arrêté de refus du 16 avril 2021, M. A a également fait valoir avec insistance sa situation professionnelle et demandé au préfet de prendre en compte son intégration professionnelle pour lui délivrer un titre de séjour. Il est constant que dans le cadre du réexamen de sa demande ordonnée par la cour administrative d'appel de Versailles, l'intéressé a de nouveau transmis des pièces au préfet, relatives à sa situation professionnelle, notamment des bulletins de paie récents. Ainsi, M. A doit être regardé comme ayant demandé au préfet d'examiner son droit au séjour non seulement au regard de son état de santé mais également au titre de son activité salariée et de son insertion professionnelle, notamment au titre de l'admission exceptionnelle " salarié " prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Or, il ressort de la motivation de l'arrêté attaquée que le préfet de l'Essonne s'est borné à examiner le droit au séjour de l'intéressé sur le seul fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de son droit à être admis au séjour au titre de sa vie privée et familiale, sans prendre en considération les éléments apportés par le requérant sur sa durée de présence en France et son insertion professionnelle. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne n'a pas procédé à un examen complet de sa demande de titre de séjour avant de prendre la décision querellée et qu'il a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler l'arrêté attaquée en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification de la présente décision, et que le préfet de l'Essonne le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 28 août 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la demande M. B A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de munir ce dernier d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen.

Article 3 : L'État versera à M. B A la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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