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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308524

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308524

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire enregistrés les 27 septembre et 10 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, transmis par une ordonnance du président de ce tribunal en date du 16 octobre 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 4 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder, dans le même délai, au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté émane d'une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il procède d'un examen incomplet de sa situation et est par suite entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre par le préfet de son pouvoir général de régularisation ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il lui oppose l'absence d'autorisation de travail, cette autorisation devant être instruite par l'administration sur la base d'une demande déposée auprès de la préfecture, ainsi que le prévoit l'article R. 5221-17 du code du travail et ainsi que le rappelle la note du ministère de l'Intérieur en date du 12 juillet 2021 ;

- ce motif de refus, opposé dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, est en outre déloyal ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qui concerne sa période d'emploi ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

L'instruction a été close au 21 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- et les observations de Me Cabral de Brito, représentant M. B, également présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né en 1990, est entré en France le 5 juillet 2018, muni d'un visa de court séjour. Il a présenté une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 21 août 2023, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Yvelines, M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, mentionnant en particulier les éléments ayant trait à son activité professionnelle en France. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté procèderait d'un examen incomplet de la situation personnelle de M. B, ni qu'il serait, par suite, entaché d'une erreur de droit.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 de cet accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'article L. 313-14 du même code, n'institue pas une catégorie de titre de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. D'une part, il est constant que M. B, qui a d'ailleurs présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, ne remplit pas les conditions, fixées par l'article 3 de l'accord franco-marocain, subordonnant la délivrance de la carte de séjour portant la mention " salarié ".

8. D'autre part, si l'arrêté relève que M. B n'établit pas avoir été muni d'une autorisation de travail pour pouvoir exercer l'activité salariée dont il s'est prévalu à l'appui de sa demande, il n'en ressort pas que le préfet s'est fondé sur cette circonstance pour refuser de faire droit à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par l'intéressé, alors qu'il ressort de l'ensemble des motifs de l'arrêté que le préfet a pris en compte la situation de l'intéressé dans son ensemble, notamment son expérience professionnelle. L'arrêté ne peut donc être regardé comme entaché d'une erreur de droit dans la mise en œuvre du pouvoir de régularisation du préfet. Il ne peut davantage être regardé comme reposant, de ce point de vue, sur un motif " déloyal ".

9. Enfin, il ressort des motifs de l'arrêté que M. B a présenté, à l'appui de sa demande, des bulletins de salaire couvrant la période de mail 2019 à septembre 2022, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail pour un emploi à temps complet. S'il fait valoir qu'il justifie de bulletins de salaire allant jusqu'au mois de septembre 2023, le requérant n'établit, ni même n'allègue avoir transmis ces éléments aux services de la préfecture. L'arrêté ne peut donc être regardé comme entaché d'une erreur de fait ce qui concerne sa période d'emploi. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'emploi occupé par l'intéressé depuis le mois de mai 2019 l'a été d'abord à temps partiel, puis à temps complet, depuis le 1er avril 2021. Toutefois, si elle démontre une volonté sérieuse d'intégration professionnelle, la circonstance que M. B justifie, à la date de l'arrêté attaqué, occuper un emploi stable depuis quatre années ne saurait, à elle seule, établir qu'en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation. La circonstance qu'il réside en France depuis 2018 n'est pas davantage de nature à établir une telle erreur manifeste d'appréciation. Enfin, M. B ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille en France, et il ressort de ses déclarations que deux de ses frères et sœurs résident dans son pays d'origine, où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation.

10. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'arrêté ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré du non-respect des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté quant à ses conséquences sur sa situation doit être écarté.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Mathou, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

A. Milon

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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