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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308582

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308582

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 octobre et 19 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Liger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans le même délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que le préfet statue sur sa demande de titre de séjour, et en toute hypothèse, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure faute d'avoir été précédé de la consultation de la commission du titre de séjour ;

- il procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle, dès lors, notamment qu'il conteste, à tort, sa présence ininterrompue en France de 2012 à 2022, celle-ci étant au contraire établie, notamment entre 2013 et 2015 et en 2018 ;

- il est entaché d'une erreur de droit dans la mise en œuvre des stipulations de l'article 32 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 dès lors que le métier qu'il exerce d'employé polyvalent de restauration figure sur la liste figurant à l'annexe IV des métiers pour lesquels la situation de l'emploi n'est pas opposable aux ressortissants sénégalais ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les conditions ont été précisées par la circulaire dite " Valls " ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision a été abrogée suite au recours gracieux qu'il a formé par l'intermédiaire des représentant de la CFDT, ainsi qu'il ressort du courrier électronique adressé par le directeur des migrations le 10 janvier 2023 ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle ne mentionne pas le pays de destination, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

L'instruction a été close au 5 janvier 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Sénégal et de l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- et les observations de Me Liger, représentant M. B, également présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sénégalais né en 1989, déclare être entré en France le 20 novembre 2012, muni d'un visa de court séjour. Il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 7 novembre 2022, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé. M. B demande l'annulation de cet arrêté que le courrier électronique adressé par le directeur des migrations le 10 janvier 2023 n'a pu avoir pour objet ou pour effet d'abroger.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes du paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié : " () La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention " travailleur temporaire " sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV ". Aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de ce même accord : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail / - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. D'une part, il résulte des stipulations précitées du paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 que l'obtention, par un ressortissant sénégalais, d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " est subordonnée à la détention par celui-ci d'un contrat de travail visé par les services de la main d'œuvre étrangère. Il n'est ni établi, ni même allégué, que M. B aurait été titulaire d'un tel contrat, alors, par ailleurs, qu'il ne ressort pas des motifs de l'arrêté que le préfet aurait examiné son droit au séjour dans le cadre des stipulations précitées. Dès lors, à supposer même que M. B occupe un emploi polyvalent de restauration relevant de la liste figurant à l'annexe IV des métiers pour lesquels la situation de l'emploi n'est pas opposable aux ressortissants sénégalais, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur de droit dans la mise en œuvre des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006.

4. D'autre part, les stipulations précitées du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a relevé, au terme d'une exacte appréciation, que les pièces qu'il a produites ne justifient pas de sa présence continue en France au cours de la période qui s'est écoulée entre 2013 et 2015. Par ailleurs, si M. B justifie avoir occupé différents emplois et effectué diverses missions d'intérim entre le mois de juillet 2016 et le mois de juin 2022, il ressort notamment du document récapitulant ses heures de travail sur cette période, établi par soins et joint à ses écritures, que son activité professionnelle a présenté un caractère discontinu et qu'en particulier, des interruptions prolongées ont marqué les année 2017 et 2018, l'intéressé ayant en outre exercé essentiellement à temps partiel au cours des années 2019, 2021 et 2022. Il est, par ailleurs, constant que M. B est célibataire et sans enfant et il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment ses frères et sœurs. Dès lors, en dépit de la volonté d'insertion professionnelle dont fait preuve l'intéressé, l'arrêté ne peut être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B ne justifie pas résider en France de manière ininterrompue depuis plus de dix ans. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que sa situation aurait dû être soumise à l'avis de la commission du titre de séjour exigé par les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'irrégularité entachant à cet égard l'arrêté doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté procèderait d'un examen incomplet de la situation personnelle de l'intéressé, notamment s'agissant de la durée de sa présence en France.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Au vu des motifs énoncés au point 5 ci-dessus, l'arrêté ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, il n'est pas davantage établi, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 ci-dessus, que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour pris à son encontre à l'appui de son recours formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours formé contre la décision portant fixation du pays de destination.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

16. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté précise que la mesure sera au besoin exécutée d'office à destination du pays dont il a la nationalité. Par ailleurs, il ne fait état d'aucun risque pour sa vie ou son intégrité en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré du non-respect des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Mathou, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

A. Milon

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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