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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308623

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308623

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 octobre et 17 décembre 2023 et 17 janvier 2024 non communiqué, M. B, représenté par Me Lemichel demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Lemichel en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle et en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, à M. B.

Il soutient que :

- la compétence du signataire n'est pas démontrée ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et révèle une erreur d'appréciation de la part de la préfecture ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 17 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud,

- et les observations de Me Lemichel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 2000, est entré en France le 14 septembre 2020 sous couvert d'un visa D étudiant. Il a bénéficié de certificats de résidence en qualité d'étudiant valables du 7 décembre 2020 au 27 janvier 2023. Il en a sollicité le renouvellement le 28 avril 2023. Par un arrêté du 19 septembre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France () reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

4.Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et le caractère cohérent de ces études.

5. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " à M. B, le préfet du Nord a retenu que l'intéressé ne justifie pas d'une progression effective dans ses études ni du caractère réel et sérieux de ces dernières. Il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu son baccalauréat avec la mention très bien le 17 juillet 2018 et intégré l'école nationale polytechnique en Algérie. Il a été déclaré admis à l'issue de la 1ere année en 2018/2019, mais aucune information n'est donnée pour l'année 2019/2020. Muni d'un visa étudiant puis de certificats de résidence en qualité d'étudiant, le dernier étant valable jusqu'au 27 janvier 2023, M. B était inscrit pour les années universitaires 2020-2021 et 2021-2022 en 2e année de licence de mathématiques à l'université de Lille à l'issue desquelles il a été ajourné. Il s'est inscrit en 2022-2023 dans le même diplôme mais son état de santé ne lui a pas permis de se présenter aux examens. Il ressort en effet des certificats médicaux émanant de médecins généralistes et psychiatres que M. B souffre depuis l'enfance de troubles anxieux et de phobie sociale, que sa scolarité a été perturbée au moment du confinement à partir de 2020 en raison d'angoisses massives, de troubles de la concentration et d'attention et d'une inhibition motrice avec des difficultés pour sortir de chez lui. M. B a connu un état dépressif sévère ayant entraîné une hospitalisation du 11 mars 2023 au 3 avril 2023, le psychiatre praticien hospitalier concluant à un épisode dépressif caractérisé d'intensité sévère. Il est précisé qu'avec la mise en place d'un traitement médicamenteux en septembre 2023 son état de santé s'est nettement amélioré et qu'il peut suivre les cours. Il s'est inscrit pour l'année universitaire 2023/2024 en BUT informatique à l'université Sorbonne Paris-Nord et a signé, dans le cadre de cette formation, un contrat d'apprentissage en septembre 2023. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce et alors que plusieurs enseignants de l'université Sorbonne Paris-Nord attestent du sérieux et de l'implication de M. B dans ses études, le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à soutenir que la décision portant refus de certificat de résidence algérien mention " étudiant " est illégale et doit, par suite, être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'annulation par le présent jugement de l'arrêté attaqué implique nécessairement que le préfet territorialement compétent fasse droit, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, à la demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " étudiant " présentée par le requérant. Il résulte de l'instruction que M. B réside désormais dans le département des Yvelines. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien d'un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lemichel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lemichel d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Nord du 19 septembre 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien d'un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lemichel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Lemichel une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lemichel, au préfet du Nord, et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Milon, première conseillère,

M. Connin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La présidente rapporteure,

signé

C. ROLLET-PERRAUD

L'assesseure la plus ancienne,

signé

A. MILON

La greffière,

signé

K. DUPRE

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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