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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308748

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308748

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSELMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 octobre 2023, le 18 novembre 2023 et le 20 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Selmi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui remettre une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'examen de sa situation personnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros HT soit 2 400 TTC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, du refus de départ volontaire et de l'interdiction de retour :

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision refusant le délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Selmi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en faisant valoir qu'un arrêté identique a déjà été annulé par le tribunal administratif de Versailles, qu'il a entendu régulariser sa situation, qu'il justifie d'attaches familiales car il réside chez sa tante et a rencontré une compagne ;

- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, ressortissant tunisien né le 23 janvier 1996, est entré sur le territoire français le 17 décembre 2013, selon ses déclarations. A la suite d'un contrôle et d'une audition intervenue le 17 octobre 2023, la préfète du Val-de-Marne lui a notifié un arrêté, le 18 octobre 2023, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'insuffisance de motivation :

2.L'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 611-1, L. 621-1, L. 612-6 et L. 612-10, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de faits propres à la situation du requérant, notamment son identité, les conditions de son entrée sur le territoire français, sa situation privée et familiale et le fait qu'il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la motivation des décisions attaquées serait insuffisante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3.Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenue, sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4.Il ressort des pièces du dossier que, pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que le requérant ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'était pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, n'ayant entamé aucune démarche en vue de régulariser sa situation avant avril 2023. Dans ces conditions le préfet pouvait légalement, sur le fondement des dispositions précitées, décider de l'éloigner du territoire français. Par suite, le moyen tiré de " l'erreur manifeste d'appréciation " doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6.L'arrêté attaqué mentionne que le requérant est célibataire et sans famille à charge. Si M. B produit un contrat de travail et quatre bulletins de salaire, ces seules pièces ne suffisent pas à établir qu'en prenant la décision attaquée la préfète du Val-de-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées. Le moyen ainsi soulevé doit donc en tout état de cause être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :

7.Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;(.); ".

8.Il ressort des pièces du dossier que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas pu justifier être entrée régulièrement sur le territoire français et qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, il résulte de l'attestation de dépôt délivrée par le site " démarches simplifiées " datée du 28 octobre 2023 et portant le n° de dossier 12122466, versée au dossier par M. B et non contestée par la préfecture du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense ni n'a été représentée à l'audience, que l'intéressé a déposé le 7 avril 2023 une demande de rendez-vous pour le dépôt d'un dossier d'admission exceptionnelle au séjour. Dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B, qui a engagé, plus de cinq mois avant la décision attaquée, des démarches en vue de la régularisation de sa situation sans avoir été, à ce jour, mis en mesure de déposer son dossier de demande d'admission au séjour, est fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sa décision lui refusant un délai de départ volontaire laquelle doit, pour ce motif, être annulée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9.En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10.Pour édicter à l'encontre de M. B une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la décision refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire. La décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français doit, dès lors, être annulée également par voie de conséquence de l'annulation prononcée au point 8 du présent jugement.

11.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles la préfète du Val-de-Marne lui a refusé un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre les autres décisions contestées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées, eu égard aux motifs du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12.En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

13.La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français, n'implique pas la délivrance à l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, ni que le préfet territorialement compétent réexamine sa situation. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de délivrer au requérant une telle autorisation, ainsi que celles tendant au réexamen de sa situation ne peuvent, dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14.Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne est annulé en tant qu'il refuse à M. B un délai de départ volontaire et lui interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

Ph. ALe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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