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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308849

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308849

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP GAUDIN JUNQUA-LAMARQUE ET CALONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 7 février 2024, la société par actions simplifiée Bureau Véritas construction, représentée par Me Junqua-Lamarque, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le département de l'Essonne à lui verser une somme de 2400 euros, toutes taxes comprises (TTC), à titre de provision, assortie des intérêts moratoires dans les conditions prévues aux articles L. 2192-13, R. 2192-32 et R. 2192-32 du code de la commande publique ;

2°) de condamner le département de l'Essonne à lui payer la somme de 192,50 euros hors taxe (HT) au titre des indemnités légales ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Essonne une somme de 1000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a réalisé la mission de coordination sécurité santé qui lui a été confiée pour la phase conception sur les collèges de la tranche ferme et a établi une facture de 2400 euros TTC le 19 octobre 2022 ;

- elle a établi le plan général de coordination après le démarrage des travaux sans avoir été informée de ce démarrage et n'a pas donné son accord à un non-paiement de cette facture ; le département a reçu un plan général de coordination (PGC) pour chacun des collèges la Tuilerie à Saint-Germain les Corbeil, Rosa Luxembourg à Lisses, la Vallée à Epinay- sous- Sénart et Léopold Sédar Senghor à Corbeil-Essonnes ; rien ne justifie l'absence de paiement s'agissant de 4 plans généraux de coordination pour un montant de 1600 euros hors taxe (HT) soit 1920 euros TTC ;

-une mise en demeure a été adressée au département de l'Essonne le 24 juillet 2023 ;

-l'obligation n'est pas contestable et les sommes dues devront être assorties des intérêts moratoires prévus par le code de la commande publique, de l'indemnité forfaitaire de frais de recouvrement et du remboursement du coût de sa mise en demeure pour 152,20 euros TTC.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 janvier et le 14 février 2024, le département de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'obligation est sérieusement contestable dès lors que les prestations n'ont pas été réalisées au moment de l'émission de la facture du 19 octobre 2022 ; l'article 8. 2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) prévoit un règlement des prestations par acompte avec des demandes adressées par phase et par collège après validation des documents et la facture n'a pas été validée ; s'il a reçu le 15 et le 16 novembre 2022 les plans pour 4 collèges, la prestation n'a pas été réalisée pour le collège Olympe de Gouges à Champcueil ; il a demandé, en vain, l'envoi d'une nouvelle facture pour les prestations réalisées le 28 octobre et le 22 novembre 2022 ; la facture n'a pas été mise en paiement en l'absence de service fait ; il n'est pas possible de procéder à un règlement partiel de la facture.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Olivier Mauny, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 13 avril 2022, le département de l'Essonne a confié à la société Bureau Véritas construction une mission de coordination sécurité santé de catégorie II dans le cadre de travaux de remplacement des réseaux de chauffage de 9 collèges, avec une tranche ferme pour cinq établissements, à savoir les collèges Olympe de Gouges à Champcueil, Léopold Sédar Senghor à Corbeil-Essonnes, Rosa Luxembourg à Lisses, la Vallée à Epinay-sous-Sénart et finalement l'UCP Marie Curie à Etampes, et une tranche optionnelle pour quatre autres collèges. Chaque tranche comprend une phase conception, avant l'engagement des travaux et impliquant des réunions avec le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre et la rédaction de dossiers administratifs, et une phase réalisation pendant les travaux avec notamment une participation aux réunions de chantier, des visites et inspections. La société bureau Véritas a adressé une facture datée du 19 octobre 2022, d'un montant de 2400 euros TTC, pour obtenir le paiement des prestations réalisées au titre de la phase conception pour les collèges Olympe de Gouges à Champcueil, Léopold Sédar Senghor à Corbeil-Essonnes, Marie Curie à Etampes, La Vallée à Epinay sous Sénart et Rosa Luxemburg à Lisses. Le département de l'Essonne a refusé de payer cette facture en dépit des relances adressées par la société, notamment le 14 février 2023, le 24 juillet 2023 puis le 3 août 2023. Par la présente requête, la société demande la condamnation du département de l'Essonne à lui verser une provision de 2400 euros TTC, somme à assortir des intérêts moratoires, de l'indemnité forfaitaire de frais de recouvrement et du remboursement du coût de sa mise en demeure pour 152,20 euros toutes taxes comprises (TTC).

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. " Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge des référés, dans le cadre de cette procédure qu'elles instituent, de rechercher si, en l'état du dossier qui lui est soumis, l'obligation du débiteur éventuel de la provision est ou n'est pas sérieusement contestable sans avoir à trancher ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi. Par ailleurs, lorsque les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont il est fait état.

3. Aux termes de l'article 4 du cahier des clauses administratives particulières, relatif à la durée du contrat et aux délais d'exécution : " Délais d'exécution : /Tranche ferme : Mission SPS niveau II pour 5 collèges/ Prestations prévisible l'été 2022 : 04 mois y compris la période de préparation (de juin à septembre 2022) () ". Aux termes de l'article 8.2 du cahier des clauses administratives particulières relatif aux conditions de paiement : " () Régime des paiements : Les prestations du contrat sont réglées par acompte. Les prestations qui ont donné lieu à un commencement d'exécution du marché ouvrent droit à des acomptes. Le règlement des sommes dues au titulaire fera l'objet de demandes d'acomptes transmises dans les conditions ci-dessous définies, au fur et à mesure de l'avancement des prestations par phase et par collège, selon la décomposition du prix global et forfaitaire, et après validations des documents. La demande d'acompte est établie par le titulaire. Elle indique les prestations effectuées pour la période considérée, ainsi que leur prix évalué en prix de base et hors TVA, en référence au cadre de décomposition annexé à l'AE.(). ".

4. Il résulte de l'instruction que le département de l'Essonne a émis un ordre de service daté du 16 mai 2022 adressé à la société Bureau Véritas construction pour le démarrage des travaux de la tranche ferme à compter du 13 juin 2022, la mission relative à la tranche ferme étant prévue aux termes de l'article 4 du CCAP de juin à septembre 2022. Si la société a adressé une facture établie le 19 octobre 2022 au titre de la mission CSPS dans la phase conception pour les 5 établissements de la tranche ferme, il résulte de l'instruction que les PGC n'ont été transmis que le 15 novembre 2022, à l'exception de celui relatif au collège Olympe de Gouges à Champcueil, alors que les travaux avaient déjà débuté. Si la société a indiqué qu'elle n'avait pas été informée du démarrage des travaux et n'avait pas été sollicitée pour la réalisation des PGC, notamment dans un courriel du 23 novembre 2022, elle ne conteste pas avoir reçu l'ordre de service du 16 mai 2022. Par ailleurs, il est constant que la facture n'a pas été adressée après validation des documents dus par le titulaire, ainsi que le prévoit l'article 8 précité du CCAP, et que la facture présentée a été rejetée dès le 21 octobre 2022. Au regard des conditions dans lesquelles les prestations ont été réalisées et la facture du 19 octobre 2022 établie, et des échanges intervenus entre les parties, l'obligation du département de l'Essonne ne peut pas être regardée comme n'étant pas sérieusement contestable.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Bureau Véritas construction tendant à la condamnation du département de l'Essonne à lui verser une provision de 2400 euros TTC, somme à assortir des intérêts moratoires, de l'indemnité forfaitaire de frais de recouvrement et du remboursement du coût de sa mise en demeure pour 152,20 euros TTC toutes taxes comprises doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le département n'étant pas la partie perdante à l'instance.

O R D O N N E:

Article 1er : la requête de la société Bureau Véritas construction est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bureau Véritas construction et au département de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 20 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. Mauny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2308849

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