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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308924

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308924

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 octobre 2023 et le 19 novembre 2023, M. C B, représenté par Me A, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de la Seine-et-Marne en tant qu'il lui a retiré le titre de séjour dont il bénéficiait ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de délivrer à M. B, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué ne lui a pas été communiqué malgré ses démarches pour en obtenir communication ;

- sa requête est recevable dès lors qu'il n'était pas tenu de déclarer son changement d'adresse en application des dispositions de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la condition d'urgence est présumée remplie en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour et une demande de changement de statut constitue une demande de renouvellement de titre de séjour ; la préfecture fait obstacle au renouvellement de son titre de séjour et la décision attaquée le place en situation irrégulière ; en outre, la décision attaquée l'empêche de travailler et de percevoir des ressources et il risque de perdre définitivement son emploi ; enfin, la décision attaquée l'empêche de poursuivre une vie familiale pérenne et continue ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- l'arrêté a été signée par une personne incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalables ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 432-5 et R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen manifeste et d'une erreur de droit en ce qu'il a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", qu'il a obtenu un diplôme équivalent au grade de Master II, qu'il est bénéficiaire d'une assurance maladie et qu'il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle ;

- les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ne lui sont pas opposables dès lors que sa demande ne porte pas sur un titre de séjour " salarié " ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête ne peut qu'être rejetée dès lors que la requête au fond dirigée contre son arrêté du 29 juin 2023 portant retrait d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français est tardive ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'intéressé a récemment été embauché en contrat à durée indéterminé sans autorisation de travail et qu'il n'apporte pas la preuve que son employeur aurait mis fin à son contrat de travail ni qu'il serait dans une situation financière particulièrement vulnérable ; il ne justifie d'aucun élément l'empêchant de procéder à un changement de statut, la situation résultant de son propre manquement à accomplir les diligences de changement d'adresse qui lui incombaient.

- aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 31 octobre 2023 sous le n° 2308923 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 20 novembre 2023 à 10 heures 00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Laforge, greffière d'audience :

- le rapport de M. Féral, juge des référés ;

- les observations orales de M. A, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'elle précise ;

- le préfet de Seine et Marne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, à 10h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 8 mai 1995, est entrée en France le 10 septembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 9 août 2021 au 9 août 2022. Le 24 octobre 2022, un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 23 octobre 2023 lui a été délivré. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 29 juin 2023 en tant qu'il procède au retrait de son titre de séjour, jusqu'à l'intervention du jugement au fond.

2. Aux termes de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger, séjournant en France et titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu'il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l'autorité administrative territorialement compétente ". Hormis ces dispositions, qui ne s'appliquent qu'aux étrangers titulaires d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, aucun principe général, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, ne fait obligation à un étranger titulaire d'un titre de séjour d'une durée inférieure de déclarer à l'autorité administrative sa nouvelle adresse en cas de changement de domicile. Il en résulte qu'alors même qu'il n'aurait pas signalé ce changement aux services compétents, la présentation à une adresse où il ne réside plus du pli lui notifiant une décision relative à son droit au séjour et prise à l'initiative de l'administration n'est pas de nature à faire courir à son encontre le délai de recours contentieux.

3. Il est constant que M. B était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable un an et il ressort des pièces du dossier que l'arrête du 29 juin 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a procédé au retrait de ce titre de séjour a été notifié à l'intéressé à son ancienne adresse dans ce département, le pli contenant cet arrêté ayant d'ailleurs été retourné avec la mention de non distribution " destinataire inconnu à l'adresse ". En application des principes rappelés au point précédent, M. B n'était pas tenu de signaler son changement d'adresse auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne. Dès lors, la présentation du pli lui notifiant l'arrêté du 29 juin 2023 procédant au retrait de son titre de séjour n'a pas eu pour effet de faire courir à son encontre le délai de recours contentieux contre cet acte. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'est pas fondé à soutenir que la requête au fond de l'intéressé contre cet arrêté, enregistrée au greffe du tribunal le 31 octobre 2023, est tardive et que la présente requête en référé devrait, pour ce motif, est rejetée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, que M. B était titulaire d'un titre de séjour valable un an avant que, par la décision attaquée, le préfet ne procède à son retrait. Les éléments avancés par le préfet de Seine-et-Marne dans son mémoire en défense ne sont pas de nature à y faire échec dès lors, notamment, que l'intéressé n'avait pas l'obligation de l'informer de son changement d'adresse, ainsi qu'il a été dit au point 3 et qu'il ressort des pièces du dossier que les services de la préfecture des Yvelines ont refusé d'enregistrer sa demande de changement de statut en raison de l'existence de la décision attaquée. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

7. Aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. / La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B puisse être regardé comme ayant eu connaissance, ainsi que l'affirme sans l'établir le préfet de Seine-et-Marne en défense, du courrier du 23 mai 2023 l'informant de son intention de lui retirer son titre de séjour et lui accordant un délai de quinze jours pour présenter ses observations. En effet, le préfet ne produit aucun élément établissant une notification régulière de ce courrier, mais seulement la copie d'un feuillet d'envoi d'une lettre en recommandé portant pour seules mentions l'identité et l'adresse de l'expéditeur et celle du destinataire. Il suit de là que le courrier du 23 mai 2023 ne peut être regardée comme ayant été régulièrement notifié au requérant. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen de la requête tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable au retrait d'un titre de séjour est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 23 juin 2023 en ce qu'il porte retrait de son titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard aux motifs de la présente ordonnance, il y aurait lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de restituer à titre provisoire son titre de séjour à M. B. Toutefois, son titre de séjour n'était valable que jusqu'au 23 octobre 2023 et ne l'est donc plus à la date de la présente ordonnance. Dès lors, il y lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de le munir d'une autorisation provisoire de séjour. Il résulte de l'instruction que le requérant réside à la date de la présente ordonnance dans le département des Yvelines. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à cette délivrance dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B dans la présente instance.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 23 juin 2023, en tant qu'il porte retrait du titre de séjour de M. B, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité dans l'instance n° 2308923.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, dans l'attente du jugement de l'affaire n° 2308923, de munir M. B d'un document portant autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au préfet de Seine-et-Marne, au préfet des Yvelines et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 5 décembre 2023.

Le juge des référés, La greffière,

signé signé

R. FéralN. Gilbert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

N°2308924

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