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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2309104

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2309104

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2309104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantLOCOH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 novembre 2023 et 8 avril 2024, M. A B, représenté par Me Locoh et alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il bénéficie d'un droit au séjour permanent en vertu de l'article L. 234-1 de ce code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, la préfète de l'Essonne a conclu à titre principal à la tardiveté de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens opposés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier d'audience :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les observations de Me Locoh, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que la requête est recevable car il a signé le formulaire de recours le 3 novembre 2023 ; par ailleurs, l'arrêté n'est pas suffisamment motivé en ce que l'ancienneté de son séjour en France n'est pas renseignée, pas davantage sa situation économique ; l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu car il est en France depuis 2013 et y travaille de manière continue ; enfin, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu car sa famille réside en France ;

- les observations de M. B ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant portugais né le 8 octobre 1977, a été interpellé le 27 octobre 2023 par les services de police de Montgeron pour violences volontaires en état d'ivresse et placé en garde à vue le même jour. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an à son encontre. Par ailleurs, par un arrêté du 21 mars 2024, le préfet de l'Essonne a ordonné le placement en centre de rétention de M. A B.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet de l'Essonne s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet de l'Essonne n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que sa décision ne méconnaissait pas les textes qu'il a visés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ".

6. M. B soutient disposer d'un droit au séjour permanent, en faisant valoir qu'il travaille et réside régulièrement sur le territoire français depuis l'année 2016. Toutefois, sa présence ininterrompue au cours des cinq années précédant la mesure en litige n'est pas établie par les pièces du dossier, alors notamment que le certificat de travail et les bulletins de salaires produits ne couvrent pas toute la période concernée. À cet égard, ne sont pas couvertes les périodes courant de mai 2018 à janvier 2019, de novembre 2019 à janvier 2020, d'avril 2020, d'août 2020 à septembre 2020, de novembre 2020 à février 2021, de novembre 2021 à mai 2022 et d'avril 2023. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. S'il ressort des pièces du dossier que M. B est marié depuis le 20 mai 2006 avec une compatriote avec laquelle il a eu deux fils, scolarisés au lycée et au collège, l'intéressé n'établit pas avoir contribué à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants depuis janvier 2022, date à laquelle il admet lui-même avoir quitté le domicile conjugal. En outre, le droit au séjour de l'épouse du requérant, qui ne produit des bulletins de salaires que pour les mois de novembre 2019, mars 2020, octobre 2021 et janvier 2022, n'est pas établi, et il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que, le cas échéant, la cellule familiale se reconstitue au Portugal. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, si le requérant fait valoir qu'il a exercé une activité professionnelle depuis l'année 2016 jusqu'à son incarcération en 2023, les pièces versées au dossier ne suffisent pas à l'établir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas annulée par le présent jugement. Par suite, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits de " violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D " en 2022, de " conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique " en 2021, ainsi que de " violence sur un ascendant sans incapacité " et de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " en 2018. Dans ces conditions, eu égard à la gravité de ces agissements ainsi qu'à leur caractère récent et répété, le préfet de l'Essonne, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant qu'il y avait urgence à éloigner M. B du territoire français sans délai.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas annulée par le présent jugement. Par suite, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an :

13. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

14. En premier lieu, pour justifier la mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à l'encontre de M. B, le préfet de l'Essonne, qui s'est expressément référé à l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état des principales caractéristiques de la situation personnelle, professionnelle et familiale du requérant et indique que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Cette motivation atteste de la prise en compte par le préfet des critères énoncés à l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et permet à l'intéressé, à la seule lecture de la décision attaquée, de connaître les motifs pour lesquels une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de d'un an a été prononcée à son encontre. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Lu en audience publique le 9 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. Fraisseix

Le greffier,

Signé

J. IleboudoLa République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2409104

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