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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2309136

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2309136

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2309136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHARRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2023, M. C E, représenté par ses parents Mme B D et M. A E et ayant pour avocat Me Charron, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 24 août 2023, par laquelle la Commission de discipline du baccalauréat général de l'académie de Versailles a prononcé à son encontre la sanction d'interdiction de subir tout examen conduisant à l'obtention du baccalauréat et tout diplôme délivré par un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat pendant un an, assortie en intégralité du sursis;

2°) d'enjoindre au rectorat de Versailles d'avoir à lui communiquer un bulletin de notes provisoire comprenant la note qu'il a obtenue à l'épreuve écrite de français du baccalauréat général ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie dès lors que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle : réputé avoir eu la note 0, ce résultat constitue un obstacle à son inscription en enseignement supérieure sur l'application de Parcoursup, qui n'est ouverte que du 7 janvier au 14 mars 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dans la mesure où elle est entachée d'une erreur de faits, ceux-ci n'étant pas constitués au regard des dispositions de l'article D.334-25 du code de l'éducation ; en outre, elle a méconnu les droits de la défense et, en tout état de cause, elle est disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 21 novembre 2023, le service interacadémique des examens et concours conclut au rejet de la requête.

ll soutient qu'il n'y a pas d'urgence et qu'il n'y a aucun doute sur la légalité de son refus.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier et notamment la requête n° 2309078 enregistrée le 7 novembre 2023 par laquelle M. E demande l'annulation de la décision du 24 août 2023.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gosselin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été convoquées à une audience publique qui s'est tenue le 22 novembre 2023 à 10 heures 30, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience.

Ont été entendus au cours de cette audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, juge des référés ;

- les observations de Me Charron, qui reprend ses écritures

- les observations de M C E et de ses parents.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 10 heures 50.

Considérant ce qui suit :

1. M E, enfant mineur qui bénéficie d'un tiers temps, a passé les épreuves anticipées de français du baccalauréat général à la session de juin 2023. Au cours de l'épreuve écrite, son téléphone portable est tombé de sa poche sur le sol. Averti, la commission de discipline a prononcé une sanction d'interdiction de subir tout examen conduisant à l'obtention du baccalauréat et tout diplôme délivré par un établissement public dispensant des formations post-baccalauréat pendant un an, assortie en intégralité du sursis. La conséquence de cette décision a été l'inscription de la note 0 sur son bulletin scolaire. Par la présente requête, Mme B D et M. A E, parents du jeune C, demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, M. E fait valoir que la décision attaquée lui porte un préjudice au regard de son inscription sur l'application Parcoursup dont la prochaine session s'ouvrira le 7 janvier 2024. En effet, en application des dispositions de l'article D.334-25 du code de l'éducation, son bulletin de note porte désormais la note de 0, indiquant ainsi qu'il n'a pas participé à l'épreuve écrite anticipée de français alors qu'il était présent et a rendu une copie. Le recteur, dans ses écritures, se borne à conjecturer du résultat de cette application en estimant, sans aucun élément à l'appui, qu'une telle note serait sans influence sur l'issue de la sélection. De même, et compte tenu de l'encombrement des rôles du tribunal de céans, il n'est en rien établi qu'une décision au fond puisse être rendue avant la fin de la première session de Parcoursup, le 3 avril 2024, session au cours de laquelle il est manifeste que les étudiants ont plus de chance d'obtenir leur choix de prédilection. Ainsi, eu égard à ces conséquences, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée, en l'espèce, comme remplie.

5. Au surplus, et en l'état de l'instruction alors que le procès-verbal ne fait état d'aucune démarche de la part du rectorat pour vérifier que le téléphone avait bien concouru à la commission d'une infraction et que d'autres sanctions étaient possibles, il y a un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que M. E est fondé à demander la suspension de la décision du 24 août 2023.

Sur les conclusions en injonction :

7. L'exécution de la présente ordonnance requiert qu'un bulletin provisoire soit délivré au jeune C E, revêtu de la note qui a été attribuée à sa copie.

Sur les frais du procès :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1.000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du service interacadémique des examens et concours du 24 août 2023 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au service interacadémique des examens et concours et au recteur de l'académie de Versailles de délivrer un bulletin de note provisoire à M. C E revêtu de la note qui lui a été attribuée à l'examen écrit de l'épreuve anticipée de français du baccalauréat.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser la somme de 1.000 (mille) euros aux parents du jeune C E au titre des frais d'instance.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et M. A E et au ministre de l'éducation nationale de la jeunesse et des sports.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles et au service interacadémique des examens et concours.

Fait à Versailles, le 23 novembre 2023

Le juge des référés,La greffière

signé signé

C. GosselinN. Gilbert

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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