lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2309183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | AIRAULT-VAQUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 et 20 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Airault Vaquez, demande au juge des référé, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une convocation dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, afin de lui remettre son titre annuel ou pluriannuel de séjour " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou d'enjoindre de lui remettre un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour de six mois l'autorisant à travailler et de lui fixer un rendez-vous en vue de la remise de son titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, ou de lui faire connaître la décision prise par l'administration sur sa demande de renouvellement de titre dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de condamner l'Etat sous astreinte de 100 euros par jour à compter de la décision attendue à lui payer la somme de 35 670 euros en réparation du manque à gagner durant 29 mois assortie de l'intérêt au taux légal de 3%, soit 36 740 euros, somme assortie de l'exécution provisoire ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser sous astreinte de 100 euros par jour à compter de la décision attendue la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral subi en raison de l'inaction de l'administration depuis octobre 2020 et l'expiration du dernier titre de séjour, somme assortie de l'exécution provisoire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou des articles 35 et 70 de la loi du 10 juillet 1991 à la condition que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- elle est entrée en France en 2014 ; un titre de séjour " vie privée et familiale pour soins " lui a été remis en 2018 pour une durée d'un an et renouvelé en 2019 jusqu'au 24 avril 2020 ; elle travaille dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 2 novembre 2018 et en raison du confinement elle n'a pas été en mesure de faire renouveler son titre de séjour en avril 2020 et a bénéficié du renouvellement automatique de six mois de son titre ; elle ne parvient pas à faire renouveler son titre en dépit de nombreuses relances par mail ; son contrat de travail a été suspendu le 6 juillet 2021 en raison de l'absence de titre de séjour ; elle est assignée devant le tribunal de proximité en avril 2024 en raison d'une dette de loyer de 3 234 euros dès lors qu'elle est désormais en situation de grande précarité financière ;
- l'urgence tient au maintien de sa situation irrégulière et à sa précarité l'exposant à un risque d'éloignement ; elle a été assignée en vue de son expulsion du logement qu'elle occupe alors qu'elle travaillait dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et percevait au moins 1 230 euros mensuels lorsqu'elle était titulaire d'un titre de séjour ; elle a en outre un enfant à charge né en 2021 ;
- la mesure est utile compte tenu de sa demande en bonne et due forme titre de séjour ;
- sa demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet du Val de Marne qui n'a pas répondu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante guinéenne, née le 23 octobre 1993, est entrée en France en 2014. Depuis octobre 2020, elle a présenté à de multiples reprises sur la plateforme de téléservice " démarches simplifiées " de la préfecture du Val-de-Marne, une demande de rendez-vous en vue de présenter une demande de renouvellement de son titre de séjour, sans succès. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de la convoquer afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de condamner l'Etat à raison des préjudices subis par le silence de l'administration quant à sa demande.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
4. Saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, citées ci-dessus, d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme A ne peut demander au juge des référés " mesures utiles ", qui ne peut statuer que sur des mesures ayant un caractère conservatoire ou provisoire, de condamner l'Etat à l'indemniser du manque à gagner qu'elle aurait subi en raison du silence gardé par l'administration pendant 29 mois ayant conduit à la suspension de son contrat de travail ainsi que du préjudice moral également subi, condamnation assortie de l'intérêt au taux légal. Ses conclusions indemnitaires sont par suite irrecevables sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
7. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce
rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
8. En l'espèce, si Mme A, qui était titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 24 avril 2020 et qui a bénéficié de différentes récépissés dont le dernier était valable du 23 mars 2023 au 22 juin 2023, a sollicité le 13 février 2020 le renouvellement de ce titre et soutient avoir obtenu un rendez-vous en préfecture du Val-de-Marne à Créteil le 18 avril 2020 en vue du dépôt de sa demande de renouvellement, rendez-vous qu'elle n'aurait pas été en mesure d'honorer en raison du confinement ordonné le 17 mars 2020 à 12 heures jusqu'au 11 mai 2020, il résulte toutefois de l'instruction que ce rendez-vous était fixé le 18 février 2020 à 10 heures au guichet 62, soit plusieurs semaines avant le début du confinement, l'intéressée n'établissant ni même alléguant une quelconque impossibilité de se rendre à la préfecture le 18 février 2020 à 10 heures. En outre, si Mme A, qui a sollicité un nouveau rendez-vous en vue de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour les 24 novembre 2020, 23 mars 2021, 16 juin 2021, 30 juin 2021, 30 juillet 2021, 25 août 2021, 7 septembre 2021, 22 septembre 2021, 31 décembre 2021, 7 mars 2022, 16 août 2022 et 9 janvier 2023, et sollicité des informations quant à l'état de l'instruction de son dossier les 30 juillet 2021, 25 août 2021 et 7 septembre 2021, soutient qu'en dépit de ses multiples relances par courriel " la préfecture ne lui répond jamais ", il résulte également de l'instruction que la requérante a été convoquée en préfecture les 7 mars 2022, et a au demeurant reçu une attestation de dépôt d'une demande de titre de séjour à l'issue de ce rendez-vous, 13 septembre 2022, 19 octobre 2022, 5 décembre 2022, 17 janvier 2023, 14 février 2023 et 22 mars 2023, l'intéressée n'avançant aucune explication quant à sa présence ou son absence lors de ces différents rendez-vous.
9. En outre, la requérante qui, pour justifier l'urgence à obtenir une mesure du juge des référés, se borne à se prévaloir de ce que son droit au dépôt de sa demande de titre de séjour est nié au préjudice de son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle se trouve de ce fait maintenue dans une situation précaire anormalement longue, ne justifie ainsi d'aucune circonstance particulière au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, de la date et du fondement de sa demande de titre de séjour ou de sa situation personnelle et familiale, impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d'urgence nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai. Ainsi, et dès lors que la requérante qui bénéficie de la présomption d'urgence mentionnée au point 7 du présent jugement ne précise pas avoir honoré ou non les différents rendez-vous qui lui ont été fixés en 2022 et 2023, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée ne peut être regardée comme remplie.
10. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement par
Mme A.
Sur les frais d'instance :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
O R D O N N E:
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 4 décembre 2023.
Le juge des référés,
signé
P. Fraisseix
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026