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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2309380

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2309380

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2309380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCASTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2023 au tribunal administratif de Versailles, M. A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande d'admission au séjour.

3°) de lui offrir l'assistance d'un avocat et d'un interprète en langue arménienne.

Il soutient que :

-la décision attaquée l'expose à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que subsistent dans son pays d'origine des violences avérées contre sa communauté ;

-il est le père de trois enfants scolarisés depuis 2019 en France et leur retour constituerait une violation des stipulations de l'article 8 de la même convention et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2023 :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Castel, avocat désigné d'office représentant M. B, présent, assisté de Mme C, interprète en langue arménienne, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant, dont les enfants sont scolarisés en France, est en possession d'un contrat de travail à durée indéterminée consenti par la société H Meat en qualité de boucher préparateur vendeur ;

-le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M B, ressortissant arménien né le 17 février 1978, est entré en France en 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission en France au titre de l'asile le 9 mars 2021 et s'est heurté le 5 mai 2021 à une décision de rejet de l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA). Il a fait l'objet le 13 octobre 2021 d'une décision du préfet de police de Paris l'obligeant à quitter la France à laquelle il s'est soustrait. Par un arrêté du 13 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

3. En l'espèce, la demande d'asile de M. B a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 5 mai 2021. En outre, le requérant qui s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée le 20 octobre 2021, ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, il entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. B fait valoir qu'il réside en France en compagnie de son épouse et de ses trois enfants nés à Erevan en 2010, 2011 et 2016 et scolarisés en France, il n'est pas contesté que son épouse, de même nationalité, est également en situation irrégulière. En outre, il n'est fait état d'aucune circonstance particulière qui s'opposerait à ce que la vie familiale et la scolarité des enfants se poursuive dans le pays dont la famille possède la nationalité et où il a vécu jusqu'à l'âge de 41 ans. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le requérant justifie d'un emploi, la décision du préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. En troisième lieu, si M. B soutient en des termes généraux que la décision portant désignation du pays de retour l'expose à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que subsistent dans son pays d'origine des violences avérées contre sa communauté, il ne fait état d'aucune persécution dont il aurait été personnellement victime et qui serait susceptible de se reproduire en cas de retour, tandis que sa demande d'asile a été rejetée par L'OFPRA le 5 mai 2021. Par suite, ses conclusions dirigées contre la décision portant désignation du pays de destination ne peuvent qu'être rejetées.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire et n'a pas demandé son admission au séjour. Il se trouve ainsi dans le cas où, en application du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai. Toutefois, compte tenu de la présence sur le territoire de ses trois enfants scolarisés, le préfet doit être regardé comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de l'Essonne refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, et, par voie de conséquence, de la décision lui interdisant le retour sur le territoire pendant une durée d'un an.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 13 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé d'accorder à M. B un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. D Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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