lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2309450 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, M. A B, représenté par Me David, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de placement en isolement du 20 octobre 2023 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et ordonner leur versement à Me Benoit David, conseil du requérant, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'urgence est établie suite au placement en isolement, ce dernier faisant présumé l'urgence mais aussi en raison de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation de la décision attaquée, de la méconnaissance de l'article R. 213-8 du code pénitentiaire, de l'appréciation erronés des faits de l'espèce, de l'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa vulnérabilité et de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison du risque de réitération suicidaire sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- compte tenu du profil pénal et pénitentiaire de M. B, de la nécessité de préserver l'ordre public et de la circonstance qu'il a attendu le 16 novembre pour introduire le référé suspension, l'urgence n'est pas établie ;
- aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le sous le n° 2309449 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mégret, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 28 novembre 2023 à 14h30.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Mégret, juge des référés,
- les observations de Me Choppin-Haudry, représentant M. B, présent, qui rappelle que M. B, âgé de 27 ans était avant en Guadeloupe ; insiste sur le fait que la réponse apportée à sa nouvelle tentative de suicide n'est pas la bonne compte tenu de son état de santé qui n'est pas bonne ; que l'urgence est bien établie ayant été sanctionné de vingt jours de cellule disciplinaire dont cinq avec sursis et n'ayant pu avant sa sortie de cellule contestée la décision attaquée ; de plus, son état de santé se dégrade et l'isolement est une réponse inadaptée pour M. B ; indique que M . B souhaiterait être en cellule de protection d'urgence ou en cellule avec un codétenu et disposer d'un suivi psychologique ; précise qu'il a vu seulement un psychiatre à deux reprises et que sa surveillance est possible même hors du quartier d'isolement où il n'a aucune activité ; la pièce jointe n°8 permet de relever des éléments inquiétants sur son comportement et notamment dans les propos tenus ; précise que les surveillants ne sont pas été formés aux tentatives de suicide ; que l'isolement n'est pas une mesure de protection mais une sanction disciplinaire déguisée ; enfin cette mesure ne protège personne ; tout cela révèle l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation et une atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h57.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 26 octobre 1996 est incarcéré depuis le 30 avril 2015. Il a été transféré le 16 octobre 2023, du centre pénitentiaire Sud francilien à la maison centrale de Poissy. A la suite d'un incident qui s'est déroulé le 17 octobre 2023, M. B a été placé en quartier disciplinaire en prévention, puis après une tentative de suicide en isolement pour une durée de trois mois à compter du 21 octobre 2017 par une décision du 19 octobre 2023. M. B, demande à la juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, en raison de l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire () ".
5. Aux termes de l'article R. 213-18 du code pénitentiaire : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. / La personne détenue placée à l'isolement est seule en cellule. / Elle conserve ses droits à l'information, aux visites, à la correspondance écrite et téléphonique, à l'exercice du culte et à l'utilisation de son compte nominatif. / Elle ne peut participer aux promenades et activités collectives auxquelles peuvent prétendre les personnes détenues soumises au régime de détention ordinaire, sauf autorisation, pour une activité spécifique, donnée par le chef d'établissement. / Toutefois, le chef d'établissement organise, dans toute la mesure du possible et en fonction de la personnalité de la personne détenue, des activités communes aux personnes détenues placées à l'isolement. / La personne détenue placée à l'isolement bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre. ". Aux termes de l'article R. 57-7-63 du même code : " La liste des personnes détenues placées à l'isolement est communiquée quotidiennement à l'équipe de l'unité de consultation et de soins ambulatoires de l'établissement. / Le médecin examine sur place chaque personne détenue au moins deux fois par semaine et aussi souvent qu'il l'estime nécessaire. / Ce médecin, chaque fois qu'il l'estime utile au regard de l'état de santé de la personne détenue, émet un avis sur l'opportunité de mettre fin à l'isolement et le transmet au chef d'établissement. ".
6. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe, sauf à ce que l'administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article.
7. M. B soutient que les conditions de son placement à l'isolement, ainsi que la durée de celui-ci, affectent gravement son état de santé physique et psychique, provoquent chez lui des velléités suicidaires et que l'isolement conduit à des traitements dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, le ministre de la justice fait valoir que le placement à l'isolement est nécessaire compte tenu de sa personnalité et de la nécessité de préserver l'ordre public et la sécurité de l'établissement et des personnes s'y trouvant.
8. Il résulte de l'instruction que, dès son transfert à la maison centrale de Poissy, a provoqué des troubles notamment en faisant du tapage, et en criant, a refusé de se soumettre aux injonctions du personnel de surveillance, en a bousculé un fortement pour forcer le passage ce qui a conduit à son placement en cellule disciplinaire. Lors de l'audience, l'intéressé a reconnu les faits. De plus, comme cela ressort de la fiche d'observations, ce dernier a, dès son placement en cellule disciplinaire, tenté de se suicider et a même en isolement sollicité le personnel de surveillance en faisant état de tentatives de suicide. Or, comme le précise le ministre, l'isolement permet d'assurer une surveillance adaptée à son risque suicidaire, huit rondes étant organisées y compris la nuit. De plus, il ressort de la synthèse des observations produites qu'un suivi régulier des équipes médicales est assuré, qu'à aucun moment, même si sa vulnérabilité n'est pas niée, ni le psychologue, ni les équipes médicales n'ont jugé incompatible ses conditions de détention avec son état de santé et n'ont mis en exergue l'existence d'une situation médicale préoccupante. Enfin, il en ressort que l'intéressé bénéficie d'une heure de promenade, a eu plusieurs visites, et, contrairement à ce qu'il soutient, participe à des activités comme la guitare et bénéficie d'un suivi par un responsable local d'enseignement. Il s'ensuit que sa mise à l'isolement, qui est conforme aux dispositions précitées au point 5, ne l'empêche, ni de recevoir des visites au parloir, ni de continuer à bénéficier de la promenade ni d'avoir des activités culturelles ou sportives. Dès lors, même si la condition d'urgence est remplie, aucun des moyens, en l'état de l'instruction, tirés de la méconnaissance de l'article R. 213-8 du code pénitentiaire, de l'appréciation erronés des faits de l'espèce, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
9. Enfin, les moyens tirés de l'incompétence et de l'insuffisante motivation de la décision ne sont pas davantage, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 19 octobre 2023 doivent être rejetées ainsi que celles au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E:
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Versailles, le 4 décembre 2023.
La juge des référés,
signé
Sylvie Mégret
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2309450
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026