jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2309509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PLACE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Placé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du préfet de l'Essonne née le 22 mars 2023 ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, en le munissant dans tous les cas d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 040 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses conclusions à fin d'annulation ne sont pas tardives, dès lors qu'il n'a jamais été informé des voies et délais de recours et que sa requête a été présentée dans un délai raisonnable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'aucune réponse n'a été donnée à la demande de communication des motifs de la décision implicite qu'il a présentée le 25 octobre 2023 en recommandé ;
- elle est irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié que la procédure prévue par les articles L 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été respectée ; en particulier, il n'est pas justifié que le médecin rapporteur n'a pas siégé dans le collège de médecins, que les trois médecins signataires ont été régulièrement nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que le collège a délibéré collégialement ; ces irrégularités l'ont privé de garanties et sont de nature à entraîner l'annulation de la décision litigieuse ;
- elle est entachée d'une inexacte application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 novembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lellouch,
- les observations de Me Chinouf, substituant Me Placé, représentant M. A, requérant.
Considérant ce qui suit :
1.M. B A, ressortissant guinéen né le 31 décembre 1989, est entré en France le 20 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié d'un titre de séjour en cette même qualité du 11 septembre 2018 au 10 septembre 2020, dont il a sollicité le renouvellement sans aller au terme de la procédure en raison d'une crise psychique ayant imposé son hospitalisation. Il a finalement sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé auprès de la préfecture de l'Essonne, qui a enregistré sa demande le 22 novembre 2022. Du silence de la préfecture pendant une durée de quatre mois est née une décision implicite de rejet dont M. A demande au tribunal l'annulation.
Sur la fin de non-recevoir opposée :
2.D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".
3.D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article R. 421-2 du code de justice administrative dispose que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". Et, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ".
4.Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour pour soins en qualité d'étranger malade de M. A a été enregistrée le 22 novembre 2022 lorsqu'il s'est présenté au guichet de la préfecture. Une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour est donc née le 22 mars 2023 du silence gardé par le préfet de l'Essonne durant plus de quatre mois après l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Or, la préfète de l'Essonne n'établit ni même n'allègue que M. A aurait été informé des conditions de naissance d'une éventuelle décision implicite et des voies et délais de recours ouverts contre une telle décision. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Essonne, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2.Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, () ".
3.Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
4.Il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat médical détaillé établi le 6 décembre 2022 par le psychiatre du centre hospitalier sud francilien qui suit régulièrement l'intéressé depuis le mois de novembre 2021, que M. A présente une pathologie psychotique chronique lourde diagnostiquée comme trouble schizophrénique et s'étant notamment traduite par des bouffées délirantes ayant nécessité son hospitalisation du 29 juillet au 29 septembre 2021. Il ressort des pièces du dossier que depuis sa sortie de l'hôpital, le requérant bénéficie d'un suivi psychiatrique mensuel et d'un traitement psychiatrique régulier modifié à plusieurs reprises, et qu'il lui est administré depuis novembre 2022 du " Trevicta " par injection tous les trois mois, antipsychotique à base de palipéridone. Il ressort en outre du certificat médical mentionné ci-dessus que le défaut de traitement de M. A est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. A produit par ailleurs la liste nationale des médicaments essentiels en Guinée pour l'année 2021, dont il ressort que l'antipsychotique qui lui est administré, le " Trevicta ", lequel a permis de stabiliser son état, n'est pas disponible dans son pays d'origine. Enfin, la préfète de l'Essonne, qui ne produit pas l'avis de l'OFII requis par les dispositions précitées, n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les éléments avancés par le requérant. Dans ces conditions, il doit être tenu pour établi que l'intéressé ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état dans son pays d'origine. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige est entaché d'une inexacte application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite attaquée de rejet de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6.L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lequel il se fonde, qu'il soit enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer à M. A, sous réserve d'un changement de circonstances, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir dans l'attente de cette délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais de l'instance :
7.Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet de l'Essonne née le 22 mars 2023 portant refus de titre de séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. A, de lui délivrer, sous réserve d'un changement de circonstances, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la date du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
J. Lellouch
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
F. Gibelin
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°23095092
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026