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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310012

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310012

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTORDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Tordo, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de clôture de sa demande de titre de séjour " passeport talent-famille " ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'instruction de la demande de renouvellement de titre de séjour de son mari, M. C ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.000 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la condition d'urgence :

- il y a urgence car sa situation administrative est incertaine et elle ne put régulariser celle-ci par d'autres moyen ; en outre la décision implicite de rejet de la demande de son époux porte une atteinte grave à sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux :

La décision attaquée est entachée :

- d'incompétence de son auteur ;

- d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision de refus de son conjoint ;

- d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L.421-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ;

- d'atteinte à ses droits élémentaires tels que rappelé par les dispositions de l'article L.411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que la requérante a déjà une attestation de prolongation d'instruction depuis le 9 octobre 2023, valable jusqu'au 21 janvier 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 décembre 2023 sous le n° 2310011 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gosselin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été convoquées à l'audience du 20 décembre 2023 à 14 heures qui s'est tenue en présence de Mme Gilbert, greffière.

Lors de l'audience, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen d'office tiré de l'inexistence de la décision attaquée.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin

- les observations de Me Faugeras, substituant Me Termeau qui s'en remet à ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est une ressortissante de nationalité tunisienne, née le 3 septembre 1991 à Jendouba (Tunisie). Elle est entrée en France en 2021 avec un visa d'entrée D délivré en sa qualité de " famille passeport talent ", son mari, M. C, ayant lui-même un titre de séjour " passeport talent ". Elle a ainsi été titulaire de plusieurs titres de séjour en cette qualité, valables du 6 avril au 7 juillet 2023. M. C a demandé le renouvellement de son titre de séjour en juin 2023 mais a rencontré des difficultés sur le site de l'Administration numérique pour les étrangers en France. La préfecture de l'Essonne lui a proposé, lors d'un rendez-vous, un titre de séjour salarié, ce qui ne correspond pas à sa demande. En application des dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de rejet est née le 21 octobre 2023. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés la suspension de cette décision implicite de rejet.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (). Par ailleurs, l'article L. 421-11 de ce code indique que " L'étranger qui occupe un emploi hautement qualifié, pour une durée égale ou supérieure à un an, et justifie d'un diplôme sanctionnant au moins trois années d'études supérieures ou d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-carte bleue européenne " d'une durée égale à celle figurant sur le contrat de travail dans la limite de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat ". Enfin, l'article L.421-22 du même code précise que : " S'il est âgé d'au moins dix-huit ans, le conjoint de l'étranger mentionné aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " d'une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de son conjoint./".

3. D'autre part, l'article R.431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire./Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande ".

4. Comme il a été rappelé au point 1, Mme B, épouse de M. C a bénéficié en dernier lieu d'un titre de séjour " passeport-talent " en application des dispositions de l'article L.421-22 précitées et a donc toujours été en situation régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'avant même l'introduction de la présente requête, la requérante a été titulaire d'une attestation de prolongation d'instruction qui lui a été délivrée le 9 octobre 2023 et qui a ainsi prolongé la durée de son séjour autorisé en France. Dès lors, et alors que cette attestation a implicitement mais nécessairement abrogé la décision implicite de rejet, la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée en raison de l'inexistence de décision attaquée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 9 janvier 2024.

Le juge des référésLa greffière

Signé Signé

C. Gosselin N. Gilbert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°231001

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