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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310053

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310053

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 décembre 2023 et 4 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour qu'elle a déposée le 14 septembre 2022 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie familiale et privée " dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a bien déposé une demande au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la demande d'admission exceptionnelle au séjour est toujours en cours d'instruction ;

- Mme B n'a pas déposé de demande sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien mais seulement au titre de l'admission exceptionnelle au séjour.

Par une décision du 7 juin 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lellouch,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 7 juin 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

2. Mme A B, ressortissante algérienne née le 1er novembre 1986, déclare être entrée en France le 21 septembre 2017 et y avoir séjourné depuis lors sous couvert d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Le 14 septembre 2022, elle a déposé sur la plateforme " démarches simplifiées " une demande de rendez-vous en vue du dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir son pacte civil de solidarité et sa vie commune avec un ressortissant français. Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour qui serait née au terme du silence gardé par la préfecture sur sa demande.

3. D'une part, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté ". L'arrêté du 27 avril 2021 pris pour l'application de ces dispositions ne prévoit pas que la demande d'admission exceptionnelle au séjour puisse être effectuée par téléservice. Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ". Enfin, l'article R. 432-1 du même code dispose que : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ".

4. D'autre part, la préfecture de l'Essonne a mis en place une procédure qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte " démarches simplifiées " sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l'ensemble de leur dossier en préfecture.

5. Pour se prévaloir de l'existence d'une décision implicite de refus de sa demande de titre de séjour, Mme B produit une attestation de dépôt, le 14 septembre 2022, d'une demande de rendez-vous relative à un dossier d'admission exceptionnelle au séjour, émanant du site " démarches simplifiées ". Si cette pièce démontre qu'elle a engagé la procédure en vue de se voir délivrer un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour en préfecture, elle ne saurait attester du dépôt d'une demande de titre au sens de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, seul à même de déclencher le délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article R. 432-1 du même code s'agissant d'une catégorie de titre dont la demande par téléservice n'est pas possible. Il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier que l'intéressée se serait vue remettre le récépissé mentionné à l'article R. 431-12 du même code attestant qu'elle aurait été admise à souscrire une demande de délivrance de titre de séjour. Par suite, Mme B ne peut se prévaloir de l'existence d'une quelconque décision implicite de refus de demande de titre de séjour. Les conclusions de la requête à fin d'annulation d'une telle décision de refus de séjour, dirigées contre une décision inexistante, sont, dès lors, irrecevables.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Articler 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024 .

La présidente rapporteure,

signé

J. Lellouch

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau

signé

F. Gibelin

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23100532

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