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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310084

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310084

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSEPA DUPAIGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Papi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne s'appuie que sur une absence de progression des études suivies et non sur un manque d'assiduité ou de sérieux ; elle justifie d'un motif médical sérieux justifiant son échec pour les années scolaires 2021/2022 et 2022/2023 ; son changement d'orientation s'inscrit dans un cursus cohérent autour des métiers de la santé ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de procédure contradictoire préalable à l'édiction de la décision ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observation avant la clôture de l'instruction.

Par ordonnance du 11 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 janvier 2024.

Un mémoire a été produit pour le préfet de l'Essonne le 19 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les observations de Me Dupaigne, substituant Me Papi.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante malgache, née le 3 mars 2001 est entrée en France en 2019 sous couvert d'un visa long séjour en qualité d'étudiante. Elle a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 18 août 2020 au 17 août 2023. Elle a sollicité, le 4 juin 2023, le renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 17 novembre 2023, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. " Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, âgée de 22 ans à la date de la décision attaquée, a validé sa première année de licence en psychologie au titre de l'année universitaire 2020/2021, après avoir échoué à une seule reprise en première année de médecine. Si elle n'a pas validé sa seconde année de licence lors des années universitaires 2021/2022 et 2022/2023, il ressort des pièces du dossier que ces échecs ne sont pas tant liés à un manque de sérieux de la requérante dans le suivi de ses études qu'à sa situation de santé, l'intéressée ayant été hospitalisée à deux reprises en décembre 2020 et janvier 2021, puis ayant été prise en charge pour un long suivi qui, aux termes des certificats médicaux qu'elle produit, lui a permis de se rétablir progressivement. Par ailleurs, l'inscription de Mme B en seconde année de licence santé et société pour l'année universitaire 2023-2024, avec une composante en sciences psychologiques et sciences de l'éducation, présente une cohérence avec son parcours antérieur, tandis qu'il ressort des attestations qu'elle produit, qu'elle suit ce cursus avec sérieux et assiduité. Dans ces conditions, la décision du préfet de l'Essonne refusant de renouveler le titre de séjour de Mme B au motif du manque de progression dans ses études est entachée d'une erreur d'appréciation et doit pour ce motif être annulée.

5. Par voie de conséquence, il y a lieu également d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions relatives au délai de départ volontaire et au pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le sens du présent jugement implique, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme B un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Papi, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Papi de la somme de 1 000 euros au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 17 novembre 2023 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme A B un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Papi, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Papi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de l'Essonne et à Me Papi.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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