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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310096

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310096

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 15 décembre 2023, M. D B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu oralement ou par écrit garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne pourra voir son diabète et sa condition cardiovasculaire traitée au Bangladesh ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il aurait dû se voir remettre une attestation de demandeur d'asile ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et de celle fixant le pays de destination.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Delage pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2023 :

- le rapport de M. Delage,

- les observations de Me Le Gall, avocat commis d'office, pour M. B, présent, assisté par M. C, interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente, qu'elle est insuffisamment motivée et que le renvoi de M. B dans son pays d'origine l'expose à des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant bangladais né le 1er mars 1972 à Sylhet, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 19 septembre 2019, selon ses déclarations. Par un arrêté du 8 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a obligé M. B à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Par ailleurs, par un arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise a ordonné le placement en centre de rétention de M. B. Ce placement a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Versailles du 10 décembre 2023, confirmée par une ordonnance de la première présidente de chambre de la cour d'appel de Versailles du 12 décembre 2023.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 23-042 du 11 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 88 de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à M. E A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, pour signer les décisions relevant des attributions de ce bureau, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Le requérant n'établit ni même n'allègue que ces personnes n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, pour fixer le pays de renvoi et pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que sa décision ne méconnaissait pas les textes qu'il a visés et notamment de son état de santé et des craintes renouvelées qu'il éprouverait en cas de retour dans son pays d'origine, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant en aurait fait état avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 8 décembre 2023, que le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter les décisions en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. B fait valoir que l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il n'assortit ce moyen d'aucune précision, en tant que ce moyen est dirigé contre les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination. Ce moyen doit ainsi être rejeté comme n'étant pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, en tant qu'il concerne ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ".

8. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

9. En l'espèce, il ressort du procès-verbal dressé le 6 décembre 2023 par l'officier de police judiciaire ayant procédé à l'audition de M. B, que la situation de l'intéressé au regard du droit au séjour en France ainsi que la perspective de son éloignement ont été clairement évoqués, perspective que l'intéressé a d'ailleurs rejetée. L'intéressé a également été interrogé sur son intention en cas d'éloignement vers le Bangladesh, question à laquelle il n'a pas opposé ses craintes d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. B aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté, notamment s'agissant de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

11. M. B soutient fait valoir que les pathologies dont il est atteint, à savoir du diabète et un cholestérol excessif et des problèmes gastriques et cardiaques, dont le traitement serait impossible au Bangladesh et la rupture de traitement entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité font obstacle à son éloignement. Toutefois, il n'apporte aucun document établissant les pathologies dont il se prévaut. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, (), ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". En vertu de l'article L. 521-7 dudit code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. () La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. / () ". Par ailleurs, selon l'article R. 521-1 du même code : " () lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police. ". Et selon son article R. 521-4 : " Lorsque l'étranger ne se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. () Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; () ". Aux termes de l'article L. 754-3 de code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. (). A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. "

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient M. B, que ce dernier ait fait valoir durant son audition du 6 décembre 2023 ou plus tardivement, de son intention de déposer une demande de réexamen de sa demande d'asile. Il n'a en effet formulé une demande de réexamen de sa demande d'asile, remise le 8 décembre 2023, que postérieurement à son placement en rétention administrative et à l'adoption de l'arrêté litigieux. Il ressort également des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a alors prononcé, par un arrêté du 8 décembre 2023, le maintien en rétention administrative de l'intéressé et ne lui a donc pas remis l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les dispositions de l'article L. 754-3 précités le permettent. Il s'ensuit le moyen tiré notamment de la méconnaissance de l'article R. 521-4 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du doit être écarté.

14. En quatrième lieu, M. B soutient qu'il a dépose une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " le 10 mars 2022 qui n'a jamais eu de réponse et se prévaut de ses problèmes de santé pour soutenir que la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, l'intéressé n'établit pas avoir formulé une telle demande et il a fait l'objet d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours le 13 juin 2022. Par ailleurs, l'intéressé n'apporte aucune preuve des problèmes de santé dont il se prévaut. En outre, il ne soutient pas, ni même n'allègue, avoir développé des attaches familiales ou privées en France et a lui-même confirmé lors de son audition être marié, sa femme réside au Bangladesh. Il ne conteste pas que ses enfants résident également au Bangladesh. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

18. M. B fait valoir que l'arrêté litigieux l'expose à des traitements inhumains et dégradants, en tant qu'il fixe pour pays de destination le Bangladesh, alors qu'il a fui ce pays en raison de craintes qu'il avait pour sa vie. Il se prévaut également de son état de santé. Toutefois, l'intéressé n'apporte, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, aucune preuve en ce qui concerne ce dernier. Par ailleurs, s'il fait valoir que sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été introduite en raison de craintes récentes dont il n'a pu faire état avant le rejet de sa demande par l'office français des protections des réfugiés et des apatrides le 28 juillet 2021, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 5 octobre 2021, il n'établit pas la réalité de ces craintes par la seule production de photographies de membres de sa famille n'étant pas datées. Le requérant n'apporte d'ailleurs aucun élément quant à la motivation des traitements dont il fait état et qui ont justifié le dépôt de ses demandes d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que son retour au Bangladesh l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants et ce moyen doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision d'interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et de celle fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

21. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. En outre, il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

22. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté du 8 décembre 2023 que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont le requérant fait état qui tiennent à la durée de son séjour, à son état de santé et aux raisons de son départ du Bangladesh ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet du Val-d'Oise a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B d'une telle interdiction.

23. D'autre part, le requérant se prévaut de la durée de son séjour en France et des attaches qu'il y a développé. Toutefois, il n'établit pas avoir séjourné sur le territoire français depuis 4 ans et il ressort des pièces du dossier que la femme et les enfants de l'intéressé résident au Bangladesh et qu'il ne justifie d'aucun lien d'une intensité particulière en France. Par ailleurs, l'intéressé n'a pas exécuté la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 13 juin 2022. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance que l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.

24. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 18 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

P. Delage La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2310096

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