lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2310109 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | SARL LE GALL AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2023, M. C D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, en application de la peine d'interdiction définitive du territoire français prononcée par la cour d'assises de Paris du 3 juillet 2020.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur de droit, dès lors qu'il aurait dû faire l'objet d'une décision de remise à l'Italie ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé des pièces au dossier le 18 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Delage pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2023 :
- le rapport de M. Delage ;
- les observations de Me Le Gall, avocat commis d'office, pour M. D, présent, assisté par M. A, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et ajoute que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant ; que la communication du projet d'arrêté en litige afin qu'il puisse y apposer ses observations a fait l'objet d'un refus de signature de sa part en raison de l'erreur concernant son prénom ;
- les observations de Me Jacquard, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les documents dont le requérant fait état n'établissent pas qu'il serait légalement admissible en Italie et que le requérant n'a fait état d'aucun élément relatif à la nature des craintes qu'il éprouve en cas de retour dans son pays d'origine, alors qu'il a été mis en mesure de faire valoir ses observations sur l'arrêté litigieux.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant nigérian né le 25 octobre 1995 à Bénin City, a été condamné le 3 juillet 2020 par la cour d'assises de Paris à une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français, laquelle a été confirmée en appel par la cour d'assises du Val-de-Marne par un jugement du 27 septembre 2023. Par un arrêté du 9 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en application de cette peine. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. Par ailleurs, par un arrêté du 8 décembre 2023, la préfète du Val-de-Marne a ordonné le placement en centre de rétention administrative de M. D. Ce placement a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours par une ordonnance du juge des libertés de la détention du tribunal judiciaire d'Evry du 11 décembre 2023.
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-2671 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 23 de la préfecture du Val-de-Marne, le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme E B, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la décision fixant le pays de destination, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires désignés, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour fixer le pays à destination duquel M. D est susceptible d'être renvoyé, la préfète du Val-de-Marne a précisé que la cour d'assises de Paris avait prononcé, le 3 juillet 2020, à l'encontre de M. D une interdiction judiciaire définitive du territoire français et qu'il est de nationalité nigériane. La préfète du Val-de-Marne a également examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précisant que l'intéressé n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement réadmissible. Dès lors, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 9 décembre 2023, que la préfète du Val-de-Marne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant d'édicter les décisions en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
7. M. D fait valoir que l'arrêté litigieux l'expose à des traitements inhumains et dégradants, en tant qu'il fixe pour pays de destination le Nigéria, alors qu'il a fui ce pays en raison de craintes qu'il avait pour sa vie. Il ajoute qu'il s'est vu reconnaître la protection humanitaire en Italie. Toutefois, l'intéressé ne produit, au soutien de ses allégations, que des documents italiens non traduits, mentionnant, en ce qui concerne la carte d'identité italienne et le code fiscal, une date de naissance différente de celle qu'il indique dans sa requête, et un " permesso di soggiorno " comportant la mention " motivi umanitari " et non la mention " asilo politico " ou " protezione sussidiaria ", ne comportant aucune date de naissance et expirant le 22 janvier 2017 et dont M. D aurait demandé le renouvellement. L'intéressé n'établit ainsi pas être actuellement bénéficiaire de la protection subsidiaire ou s'être vu reconnaître la qualité de réfugié en Italie. Il n'assortit en outre ses allégations d'aucun éléments factuels relatifs à la nature des risques auxquels il serait exposé en cas de retour au Nigéria et n'a d'ailleurs pas fait mention de ces éléments lorsqu'il a été mis en mesure de faire valoir ses observations concernant une décision fixant le pays de destination le 8 décembre 2023. Au demeurant, il ressort des termes de l'arrêté litigieux qu'il prévoit l'éloignement de l'intéressé à destination " de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible ". Dans ces conditions, le requérant n'établit pas, à la date de la décision litigieuse, que celle-ci l'exposerait à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants. Il s'ensuit que ces moyens doivent être rejetés.
8. En cinquième lieu, l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ". Aux termes de l'article L. 621-4 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 721-3 de ce code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. "
9. Il résulte des dispositions précitées qu'une décision de remise peut intervenir en dérogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cette décision n'est alors pas assortie d'une décision fixant le pays de destination. En revanche, l'étranger faisant l'objet d'une décision d'interdiction judiciaire du territoire français ne peut faire l'objet que d'une décision fixant le pays de destination, sans avoir à faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. Il résulte de ce qui précède que, en tout état de cause, M. D, qui n'a pas fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire et ne soutient pas, ni même n'allègue détenir un titre de résident de longue durée - UE italien en cours de validité, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination, qui prévoit d'ailleurs sa reconduite dans le " pays dont il revendique la nationalité ou () tout autre pays où il établit être légalement admissible " est entachée d'erreur de droit en tant qu'il aurait dû faire l'objet d'une décision de remise.
11. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement et alors que la décision litigieuse n'exclut pas le retour en Italie de M. D s'il établit y être légalement admissible, que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Val-de-Marne.
Lu en audience publique le 18 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
Ph. Delage La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2310109
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026