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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310133

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310133

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBREMAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023, Mme B C, représentée par Me Bremaud, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 octobre 2023, par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour demandant le renouvellement de son titre de séjour avec mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit définitivement statué sur sa situation, dans un délai de 15 jours, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est justifiée : elle a été recrutée, le 18 octobre 2023, par la société " L'hôpital privé d'Antony " en contrat à durée indéterminée ; l'expiration de son titre de séjour, le 27 octobre 2023, lui fait craindre une rupture de son contrat de travail par son employeur ;

- elle fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décisions attaquée : la décision a été signée par une autorité incompétente, elle est insuffisamment motivée, elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2023, le préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas satisfaite : sa demande de renouvellement de titre de séjour est tardive au regard de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle ne justifie pas non plus d'une situation d'urgence au regard de sa situation professionnelle, en ne communiquant aucun élément établissant que son employeur aurait suspendu ou rompu son contrat de travail, en raison de l'irrégularité de sa situation administrative ; elle n'a pas effectué les bonnes démarches pour voir sa demande de titre de séjour examinée ; à ce jour, elle n'a déposé aucune demande de changement de statut pour se voir délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et/ou " salarié ".

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2310036.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vincent pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 décembre 2023, tenue en présence de Mme A :

- le rapport de Mme Vincent, juge des référés,

- les observations de Me Bremaud, représentant Mme C, qui réitère les difficultés rencontrées par la requérante sur le site internet de l'ANEF qui ne prévoit pas la possibilité de demander un changement de statut d'étudiant à " vie privée et familiale ", hors cas de regroupement familial ; elle rappelle que la requérante est dans une situation très particulière dès lors qu'elle possédait déjà un titre de séjour " vie privée et familiale " jusqu'à mai 2022 mais que ce titre a été remplacé, lors de son renouvellement, par un titre de séjour " étudiant ", sans qu'elle en fasse particulièrement la demande ; elle précise que Mme C a bien effectué les démarches dans les temps mais que, devant les difficultés rencontrées, elle a fini par s'en remettre à un avocat, qui a alors procédé aux " captures d'écran " du site de l'ANEF ;

- les observations de Me Carminati, représentant Me Termeau, qui persiste dans les conclusions et moyens exposés dans son mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h23.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Il est constant que la requérante, de nationalité serbe, était titulaire en dernier lieu d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " étudiant ", qui expirait le 27 octobre 2023, après avoir bénéficié, à sa majorité, d'un titre de séjour pluri-annuel, portant la mention " vie privée et familiale ", valable de mai 2020 à mai 2022. Dans ces conditions, sa demande de renouvellement de titre de séjour, avec mention " vie privée et familiale " doit être regardée comme une demande de changement de statut. Dans ces conditions, elle ne peut bénéficier de la présomption d'urgence.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre les effets de la décision contestée, la requérante soutient qu'elle risque de perdre son emploi d'agent de services administratifs au sein de l'Hôpital privé d'Anthony. Toutefois, elle ne produit à l'appui aucun élément autre que le contrat à durée indéterminée conclu le 18 octobre 2023, démontrant que son employeur serait sur le point de suspendre ou de rompre son contrat de travail. Au surplus, elle ne justifie par aucune pièce avoir entamé ses démarches de changement de statut avant le 18 septembre 2023, soit dans les délais prévus par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les circonstances ainsi invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision contestée.

5. En tout état de cause, il appartient à la requérante, si elle s'en croit fondée, de saisir de nouveau le juge des référés sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative, afin d'ordonner toutes mesures utiles conformément à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alinéas 2 et 3.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, que la requête ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 28 décembre 2023.

La juge des référés,

signé

Laurence Vincent

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2310133

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