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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310273

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310273

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSOUIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2322092 du 11 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 24 septembre 2023, présentée par M. B.

Par cette requête, M. A B, représenté par Me Souidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé et sa situation personnelle n'a pas été suffisamment examinée car il est muni d'un titre de séjour roumain expirant le 30 septembre 2026 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen ;

- le protocole intégrant l'acquis de Schengen dans le cadre de l'Union européenne, annexé au traité sur l'Union européenne et au traité instituant la Communauté européenne ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 janvier 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. Fraisseix, en présence de Mme C, interprète en langue arabe ;

- M. B n'étant ni présent ni représenté ;

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 13 mai 1995, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet de police s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet de police n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que sa décision ne méconnaissait pas les textes qu'il a visés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de sa situation.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 susvisé (code frontières Schengen) : " Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute la période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants () ; b) être en possession d'un visa en cours de validité si celui-ci est requis en vertu du règlement (CE) no 539/2001 du Conseil sauf s'ils sont titulaires d'un titre de séjour ou d'un visa de long séjour en cours de validité () ". Le I de l'article 6 de ce règlement mentionne, dans les conditions d'entrée sur le territoire de ressortissants tiers, la possession d'un visa en cours de validité ou d'un titre de séjour mais également, en son a), la " possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière ". L'article 8 du même règlement précise que le mouvement transfrontalier des ressortissants des pays tiers aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne fait l'objet d'une vérification approfondie portant sur les éléments énumérés au 3. de cet article, au nombre desquels figure, à l'entrée, " la vérification que le ressortissant de pays tiers est en possession, pour franchir la frontière, d'un document valable et qui n'est pas arrivé à expiration, et que ce document est accompagné, le cas échéant, du visa ou du permis de séjour requis ". Selon l'article 11 de ce règlement : " Apposition de cachets sur les documents de voyage. / 1. Un cachet est systématiquement apposé sur les documents de voyage des ressortissants de pays tiers à l'entrée et à la sortie. Il est notamment apposé un cachet d'entrée et de sortie () ". Aux termes de l'article 12 du même texte : " Présomption concernant les conditions de durée du séjour / 1. Si le document de voyage d'un ressortissant de pays tiers n'est pas revêtu du cachet d'entrée, les autorités nationales compétentes peuvent présumer que son titulaire ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions relatives à la durée du séjour applicables dans l'État membre concerné. / 2. La présomption visée au paragraphe 1 peut être renversée lorsque le ressortissant de pays tiers présente, par tout moyen crédible, des éléments de preuve tels qu'un titre de transport ou des justificatifs de sa présence en dehors du territoire des États membres, démontrant qu'il a respecté les conditions relatives à la durée de court séjour () / 4. Les dispositions pertinentes des paragraphes 1 et 2 s'appliquent mutatis mutandis en l'absence d'un cachet de sortie ". Enfin, selon l'article 14 du règlement (UE) 2016/399 du 9 mars 2016 : " L'entrée sur le territoire des Etats membres est refusée au ressortissant de pays tiers qui ne remplit pas l'ensemble des conditions d'entrée énoncées à l'article 6, paragraphe 1, et qui n'appartient pas à l'une des catégories de personnes visées à l'article 6, paragraphe 6. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la preuve concernant les conditions de durée de court séjour dans les États membres est apportée par le cachet mentionné à l'article 11 du règlement (UE) 2016/399 apposé sur les documents de voyage de l'étranger, ressortissant d'un pays tiers lors de son passage aux frontières extérieures des États membres de l'Union participant à l'intégralité de l'acquis de Schengen ou, à défaut, par tout moyen crédible, tels qu'un titre de transport ou des justificatifs de la présence de l'intéressé en dehors du territoire de ces États, démontrant qu'il a respecté les conditions relatives à la durée de court séjour. Par ailleurs, la Roumanie n'est pas au nombre des Etats membres de l'Union européenne participant à l'intégralité de l'acquis de Schengen. Ainsi, elle n'est pas intégrée à l'espace Schengen et subsiste entre ce pays et cet espace des contrôles aux frontières terrestres, maritimes et aériennes. Il résulte également d'une lecture combinée des dispositions précitées que l'entrée sur le territoire français nécessite de détenir un document de voyage valable, alors même que l'étranger possède un visa ou un titre de séjour.

6. Pour prendre à l'encontre de M. B une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifie pas de la validité de son passeport, pas davantage du cachet des autorités frontalières délivré sur son visa dès lors qu'il est entré sur le territoire national dépourvu de tout document de voyage. Il ne justifie en effet pas de l'existence d'un passeport, pas davantage sur son passeport d'un cachet de sortie puis d'un cachet d'entrée lors de son passage à la frontière extérieure des États membres de l'Union participant à l'espace Schengen, élément qui constitue, selon l'article 12 du règlement du 9 mars 2016 précité, une présomption concernant les conditions de durée de son séjour en France. En outre, si le requérant se prévaut d'une carte de séjour mention " étudiant " délivrée par les autorités roumaines, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé justifie sa présence par le travail et non par la poursuite de ses études qui auraient été entamées en Roumanie. Enfin, il ressort de ces mêmes pièces que M. B s'est maintenu après le délai de 90 jours en ce que son visa expirait le 27 mars 2023 et qu'il a été interpellé le 22 septembre 2023. M. B s'est ainsi maintenu en France à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée sur ce territoire sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré. Dans ces conditions, le préfet de police a pu légalement estimer que M. B ne respectait pas les conditions relatives à la durée de court séjour prévu par l'article 6 du règlement (UE) 2016/399 du 9 mars 2016 et que l'intéressé se trouvait ainsi dans le cas où en application des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il pouvait faire l'objet d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 22 septembre 2023 doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. Fraisseix La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de police ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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