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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310275

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310275

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSUCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. A B.

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2023 au tribunal administratif de Paris, et par un mémoire complémentaire enregistré le 15 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Suchy, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler " l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ", ainsi que l'arrêté du 30 septembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative.

Il soutient que :

- il est parent d'un enfant né en France le 5 septembre 2022 ;

- son éloignement créerait une situation difficile pour ce dernier ;

- il regrette ses actes et a pris conscience de la gravité de ceux-ci ;

- il travaille de façon déclarée et respecte ses obligations fiscales et légales ;

- il exerce également d'autres activités de façon occasionnelle ;

- il est membre d'une association ;

- il souhaite contribuer positivement à la société française et régulariser sa situation administrative ;

- l'arrêté du 20 janvier 2023 méconnait l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre l'arrêté du 20 janvier 2023 sont tardives et, par suite, irrecevables ;

- la requête est irrecevable, en application des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, dès lors qu'elle ne contient aucun moyen ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont, en tout état de cause, pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 janvier 2024, en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Suchy, représentant M. B, non présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la date de notification de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire du 20 janvier 2023 n'est pas précisée, et qu'en ce sens les conclusions tendant à son annulation sont recevables ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français en 2020, selon ses déclarations, M. A B, ressortissant tunisien né en 1999 à Zarzis, demande l'annulation des arrêtés par lequel le préfet d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et par lequel le préfet de police lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 20 janvier 2023 :

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police :

2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté du 20 janvier 2023 produit par le préfet et régulièrement communiqué au conseil du requérant, que cet arrêté lui a été notifié le 20 janvier 2023 et que cette notification comportait l'indication des voies et délais de recours. Par suite, le préfet de police est fondé à soutenir qu'en présentant sa requête le 2 octobre 2023, alors que le délai de recours de quarante-huit heures prévu par les dispositions applicables était largement écoulé, les conclusions de cette requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 sont tardives et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 30 septembre 2023 :

3. Aux termes, d'une part, de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

4. Aux termes, d'autre part, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

5. En l'espèce, M. B fait valoir résider en France depuis 2020. A supposer cette circonstance avérée, il ne peut ainsi se prévaloir que d'une ancienneté de séjour d'environ trois ans à la date d'intervention de la décision en litige. S'il soutient être le père d'un enfant né en 2022 et en situation de concubinage, il n'établit ni la réalité de ces affirmations ni même contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, ni enfin entretenir de quelconques liens avec ce dernier ou avec sa compagne. Il n'établit ni même n'allègue avoir d'autres attaches familiales en France, ou être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine. S'il soutient exercer une activité professionnelle, il ne le justifie pas. Par ailleurs, M. B a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français prise par le préfet d'Eure-et-Loir à laquelle il s'est soustrait. En outre, il a fait l'objet d'une interpellation le 30 septembre 2023 pour défaut de permis de conduire et conduite sous l'emprise de stupéfiants. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté aux droits de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir relative à l'absence de moyens opposée en défense, que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 30 septembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2310274

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