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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310500

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310500

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 et 21 décembre 2023, M. C A, retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau et représenté par Me Sidi-Aïssa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence, dès lors que son signataire ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Maljevic pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 décembre 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. Maljevic ;

- les observations de Me Sidi-Aïssa avocate désignée d'office, représentant M. A, présent, assisté par Mme B, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et précise en outre que l'arrêté méconnaît son droit de de voir sa demande d'asile examinée ; il méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'en cas d'exécution de la mesure litigieuse il ne pourra pas comparaitre à l'audience correctionnelle prévue le 2 octobre 2024 2024 ; sa présence en France ne trouble pas l'ordre public ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant nigérien, né le 4 juin 1993, retenu au centre de rétention administrative Palaiseau, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

2. En premier lieu, par un par un arrêté n° 2023-2213 du 23 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, pour signer, notamment, l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondée pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité d'un autre Etat. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, si M. A soutient que sa présence sur le territoire français n'est pas de nature à troubler l'ordre public, cette circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle est fondée sur le seul motif tiré de ce que l'intéressé était dépourvu de document de voyage et ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. A supposé que ce moyen soit dirigé à l'encontre de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, il ressort des pièces du dossier que pour refuser de lui accorder un tel délai, le préfet s'est également fondé sur la circonstance qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, compte tenu de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 20 juillet 2021, ce qui n'est pas contesté. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaquée est entaché d'erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Si ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit, en principe, autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande, ce droit s'exerce dans les conditions définies par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Si lors de l'audience le requérant soutient à la barre que l'arrêté litigieux porte atteinte à son droit d'asile au motif qu'une procédure est actuellement pendante devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier de celles versées par le préfet de la Seine-Saint-Denis, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 25 novembre 2020, laquelle a été confirmée par la CNDA le 10 novembre 2021. L'intéressé a présenté trois demandes de réexamens, lesquelles ont toutes été jugées irrecevables par des décisions rendues les 13 mai 2022, 14 octobre 2022 et 23 octobre 2023. Cette deuxième décision d'irrecevabilité a été confirmée par la CNDA le 11 janvier 2023. Dans ces conditions, le requérant ne saurait sérieusement soutenir que l'arrêté en litige le prive de son droit de voir sa demande d'asile être examinée. La circonstance qu'un troisième recours dirigé contre une décision de rejet pour irrecevabilité d'une demande de réexamen est pendant devant la CNDA n'est pas de nature, dans les circonstances de l'espèce, à caractériser une atteinte à ce droit. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. Si M. A se prévaut de risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait valoir aucune circonstance précise de nature à établir la réalité et la gravité des risques qu'il invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () 2. Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu' à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. / 3. Tout accusé a droit notamment à () c. se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix et, s'il n'a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat d'office, lorsque les intérêts de la justice l'exigent () ".

10. M. A ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui ne sont pas applicables aux procédures administratives. En tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant est convoqué par le tribunal correctionnel de Bobigny le 2 octobre 2024, la décision litigieuse n'a pas pour effet de le priver de son droit d'accès à un tribunal, ni de son droit à un procès équitable dès lors qu'il peut se faire représenter par un avocat au cours de la procédure ou obtenir auprès des autorités consulaires un visa de court séjour depuis le Nigeria. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En septième et dernier lieu, si le requérant soutient que ses trois enfants sont de nationalité allemande, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à entacher l'arrêté d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'établit pas entretenir des liens avec elles ni, en tout état de cause, participer à leur entretien et à leur éducation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 19 décembre 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 27 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

S. Maljevic La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2310500

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