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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310755

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310755

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Hagège, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation ;

- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation ;

- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 3 janvier 2024 au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 30 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel,

- et les observations de Me Ait Mouhoub représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 25 juin 1999, est entré en France le 21 août 2016, muni d'un visa court séjour. Par un arrêté du 14 octobre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination. Par un jugement n°2208295 du 6 mars 2023, le tribunal administratif a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande de M. A. Par un arrêté du 4 décembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a refusé l'admission au séjour l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

Sur le refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait assorti d'une motivation insuffisante doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Essonne, qui n'avait pas à reprendre l'intégralité de la situation de l'intéressé, ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. En l'espèce, le préfet de l'Essonne a examiné la demande d'admission au séjour présentée par l'intéressé dans le cadre de son pouvoir général de régularisation et pour rejeter cette demande, il a notamment pris en considération la circonstance que l'intéressé a été scolarisé pour les années scolaires 2018-2019 et 2019-2020 en CAP de maintenance des véhicules, puis les années scolaires 2020-2021 et 2021-2022 en classes de 1ère puis Terminale du bac professionnel maintenance des véhicules, et que s'il justifie d'un contrat à durée indéterminée auprès de la société Norauto comme monteur automobile depuis le 3 avril 2023, cette activité professionnelle est très récente. Le préfet de l'Essonne s'est également fondé sur la circonstance tirée de ce que M. A est célibataire, sans enfants et n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où résident ses parents, ses trois sœurs et deux frères et où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans. Si le requérant fait valoir la présence de son grand-père en France, il ne démontre pas que sa présence auprès de lui serait indispensable. Ainsi, l'ensemble de ces éléments ne sauraient toutefois être regardées comme des circonstances justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, le refus de délivrance d'un titre de séjour ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comme de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision de refus de titre de séjour sur la situation de M. A, doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'ensemble des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour doivent être écartés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision d'obligation de quitter le territoire français serait illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comme de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2023 du préfet de l'Essonne, doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Fejérdy, première conseillère,

M. de Miguel, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

F-X de Miguel

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoît-Lamaitrie

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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