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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310762

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310762

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantTAGOURLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, Mme A B C B D, représentée par Me Tagourla, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'une carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Tagourla au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté portant fixation d'un délai de départ volontaire à trente jours est illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 février 2024 à 12 :00 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 :

- le rapport de M. Ouardes,

- les observations de Me Tagourla, représentant la requérante.

Vu la note en délibéré enregistrée le 22 mars 2024, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C B D, ressortissante espagnole, née le 13 juin 1990 à Smara au Maroc, déclare être entrée sur le territoire français le 14 octobre 2020. Le 1er août 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 octobre 2023, le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'une carte de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. Par la présente requête, Mme B C B D demande au tribunal l'annulation de cette décision en tant qu'elle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3.Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B C B D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs à toutes les décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-06-28-00007 du 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2023-164 du 29 juin 2023 de la préfecture des Yvelines, M. François Gougou, secrétaire général de la sous-préfecture de Mantes-la-Jolie, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8, le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2, L. 233-3, L. 235-1 et suivants. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation de Mme B C B D, notamment son identité, les conditions de son entrée sur le territoire français le 14 octobre 2020 et précise, en outre, sa situation privée et familiale. Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la motivation de la décision attaquée serait insuffisante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du présent jugement, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme B C B D, ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté que la requérante, citoyenne de l'union européenne, ne dispose d'aucune ressource personnelle et n'exerce pas d'activité professionnelle en France. Elle ne peut donc se prévaloir des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs elle est célibataire, mère d'un enfant né le 4 avril 2022, de nationalité mauricienne et est enceinte de son second enfant depuis le 10 mars 2023 comme en atteste le certificat médical en date du 28 mai 2023 produit au dossier. Si elle a déclaré que sa cellule familiale est aujourd'hui en France et qu'elle aspire à voir grandir et scolariser ses enfants sur le territoire français, rien ne fait obstacle à ce que sa cellule familiale soit reconstituée avec ses enfants dans le pays dont elle a la nationalité. Au surplus, elle n'est entrée que très récemment sur le territoire français à savoir le 14 octobre 2020 et ne peut ainsi pas démontrer détenir des liens familiaux intenses et stables. Enfin, si l'intéressée fait valoir qu'elle justifie d'une activité professionnelle depuis le 1er décembre 2021, en produisant son contrat de travail en date du 1er décembre 2021 et un bulletin de salaire pour le mois de décembre 2022, celle-ci n'a été exercée qu'au titre d'un contrat à durée déterminée allant jusqu'au 31 mai 2022. En outre, elle ne justifie pas de la stabilité ni de la régularité de sa situation dès lors qu'à la date de l'arrêté attaqué elle est sans emploi depuis février 2022 soit trois mois avant la date de fin initiale de son contrat de travail. Dans ces conditions, la décision du préfet des Yvelines n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 (..) ".

10. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines se serait estimé en situation de compétence liée, au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour décider d'éloigner du territoire français Mme B C B D. Par suite, le moyen tiré de ce que cette autorité aurait commis une erreur de droit en décidant de prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français en s'estimant en situation de compétence, doit être écarté.

11. En second lieu, il ressort des motifs de l'arrêté contesté que le préfet des Yvelines, pour faire obligation à Mme B C B D de quitter le territoire français, a relevé notamment que l'intéressée ne justifiait d'aucun droit au séjour pour une durée supérieure à trois mois. Le préfet des Yvelines a notamment estimé que cette dernière ne justifiait d'aucune activité professionnelle, qu'elle était sans ressources et pouvait devenir une charge pour le système d'assistance sociale, et qu'elle ne bénéficiait d'aucun droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si Mme B C B D soutient qu'elle a une réelle volonté d'insertion professionnelle, la seule production d'un contrat de travail à durée déterminée et d'un bulletin de paie, ne permet pas d'établir qu'elle exerce actuellement une activité professionnelle, alors au demeurant qu'elle a déclaré ne plus être en activité salariée depuis le mois de février 2022, et qu'elle était sans activité ni ressources. Par suite, et alors même que Mme B C B D ne représenterait pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de Mme B C B D ne peuvent qu'être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B C B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B C B D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C B D, à Me Fatimata Tagourla et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience publique du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président-rapporteur,

M. de Miguel, premier conseiller,

M. Lutz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le président-rapporteur

Signé

P. OuardesL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. X de MiguelLa greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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