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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400026

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400026

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 janvier 2024, le 11 janvier 2024 et le 16 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Traore, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 31 octobre 2023 par laquelle le directeur de l'agence pôle emploi a refusé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'agence de pôle emploi de l'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que, d'une part, son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi est nécessaire pour la suite de la procédure de renouvellement de son titre de séjour, le refus d'inscription entraine une impossibilité de renouveler ce titre ; d'autre part, il est sans emploi et le refus d'inscription l'empêche de prétendre au revenu de remplacement et il ne pourra pas faire face à ses charges personnelles ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

. la décision est dénuée de base légale ;

. elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elle ne comporte pas le nom et l'identité de son signataire ;

.elle est insuffisamment motivée ;

. elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

. il remplit les conditions légales pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et, en particulier, est bien détenteur d'un titre de séjour visé par les dispositions de l'article R. 5221-8 du code de travail l'autorisant à être inscrit sur cette liste.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 janvier 204 et le 12 janvier 2024, le directeur régional de France Travail Ile-de-France, représenté par Me Pillet conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'intéressé est titulaire d'un récépissé de titre de séjour valable jusqu'au 21 février 2024 et qu'il ne démontre pas être actuellement, ou dans un futur proche, dans une situation financière préjudiciable ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; les moyens de légalité externe sont inopérants dès lors qu'il était en situation de compétence liée ; il ne remplit pas les conditions de l'article R. 5221-48 du code du travail pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi dès lors que son contrat de travail n'a pas été rompu avant son terme, .

Vu la requête enregistrée le 4 décembre 2023, sous le n° 2309948, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 16 janvier 2024 à 10 heures 00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de M. Féral, juge des référés ;

- les observations orales de M. A qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens qu'il développe ;

- les observations orales de Me Pillet, représentant le directeur régional de France Travail Ile-de-France, qui développe les écritures en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h25.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 31 août 2023. L'intéressé en a sollicité le renouvellement et, dans ce cadre, s'est vu délivrer, le 22 août 2023, un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 21 février 2024. Le dernier contrat de " recrutement à durée déterminée " entre M. A et l'académie de Versailles a été conclu pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2022 jusqu'au 31 août 2023. A la suite du terme de ce contrat de travail, l'intéressé a sollicité son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi. Par la présenté requête, M. A demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 31 octobre 2023 par laquelle le directeur de l'agence pôle emploi a refusé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est privé d'emploi depuis le 1er septembre 2023 et ne perçoit aucun revenu depuis cette date alors qu'il doit faire face à des charges personnelles, notamment locatives et que son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi lui donnerait vocation, s'il en remplit les conditions, à percevoir des allocations de retour à l'emploi et à engager des démarches en vue de retrouver un emploi. Au surplus, quand bien même il est titulaire d'un récépissé de renouvellement de son titre de séjour le plaçant en situation régulière au regard du droit au séjour, le refus d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi fait obstacle au renouvellement de son titre de séjour. Par suite, il est fondé à se prévaloir, dans les circonstances de l'espèce, de l'urgence à suspendre les effets de la décision attaquée sans attendre le jugement au fond.

En ce qui concerne le doute sérieux :

5. Aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi. ". Aux termes de l'article L. 5411-4 du même code : " Lors de l'inscription d'une personne étrangère sur la liste des demandeurs d'emplois, Pôle emploi vérifie la validité de ses titres de séjour et de travail ". Selon l'article R. 5411-3 du même code, inséré dans la section relative à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi : " Le travailleur étranger justifie de la régularité de sa situation au regard des dispositions réglementant l'exercice d'activités professionnelles salariées par les étrangers. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-48 de ce code relatif à l'emploi d'un salarié étranger : " Pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, le travailleur étranger doit être titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : () / 10° La carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire", délivrée en application de l'article L. 421-3 du même code ou le visa de long séjour valant titre de séjour mentionné au 8° de l'article R. 431-16 du même code, lorsque le contrat de travail, conclu avec un employeur établi en France, a été rompu avant son terme, du fait de l'employeur, pour un motif qui lui est imputable ou pour un cas de force majeure ; () / 18° Le récépissé de renouvellement de titre de séjour portant la mention "autorise son titulaire à travailler" ; () ". Il résulte de ces dispositions que, pour pouvoir être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, tout ressortissant étranger doit être titulaire de l'un des titres de séjour limitativement énumérés à l'article R. 5221-48 du code du travail.

6. Pour refuser l'inscription de M. A sur la liste des demandeurs d'emploi, le directeur de l'agence Pôle emploi des Ulis s'est fondé sur la circonstance que le contrôle de validité réalisé dans le cadre de sa demande d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi n'avait pas permis d'authentifier son titre de séjour ou de travail.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la validité du titre de séjour de M. A en qualité de " travailleur temporaire " était expirée depuis le 31 août 2023. Au surplus, il résulte des dispositions du 10° de l'article R. 5221-48 du code du travail, cité au point 4, que ce titre de séjour, délivré sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'autorise le travailleur étranger à s'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi que lorsque son contrat de travail a été rompu avant son terme du fait de l'employeur, pour un motif qui lui est imputable ou pour un cas de force majeure. Or tel n'est pas le cas de M. A, son contrat de " recrutement à durée déterminée " conclu avec l'académie de Versailles n'ayant pas été rompu, mais étant seulement arrivé à son terme le 31 août 2023. Par suite, le titre de séjour dont il était titulaire ne permettait pas à M. A d'obtenir son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi.

8. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article R. 431-15 du même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ". Il résulte de ces dispositions qu'un récépissé de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travail temporaire " autorise son titulaire à travailler.

9. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que M. A était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " et qu'il s'est vu remettre, lorsqu'il en a sollicité le renouvellement, un récépissé de demande de renouvellement de ce titre de séjour. Ainsi, en application des dispositions citées au point précédent, ce récépissé de demande de renouvellement autorise son titulaire à travailler, même s'il ne le mentionne pas expressément. Dans ces conditions, pour l'application des dispositions du 18° de l'article R. 5221-48 du code du travail, M. A doit être regardé comme titulaire d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler ". Par suite, le moyen tiré de ce que M. A remplit les conditions légales pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et, en particulier, est bien détenteur d'un titre de séjour visé par les dispositions de l'article R. 5221-8 du code de travail l'autorisant à être inscrit sur cette liste est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

10. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision en date du 31 octobre 2023 par laquelle le directeur de l'agence pôle emploi a refusé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

12. L'exécution de la mesure de suspension n'implique pas nécessairement l'inscription de M. A sur la liste des demandeurs d'emploi. Il y a lieu seulement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au directeur régional de France Travail Ile-de-France de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

13. Les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie à l'instance. Par suite, elles ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision en date du 31 octobre 2023 par laquelle le directeur de l'agence pôle emploi des Ulis a refusé à M. A son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au directeur régional de France Travail Ile de France de réexaminer la demande d'inscription de M. A sur la liste des demandeurs d'emploi, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au directeur régional de France travail Ile de France.

Fait à Versailles, le 2 février 2024.

Le juge des référés,

signé

R. Féral

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

2400026

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