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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400041

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400041

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBON-JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 18 janvier 2024, la société par actions simplifiée TDF, représentée par Me Bon-Julien, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets, ensemble, de l'arrêté du maire de Saint-Michel-sur-Orge du 7 juillet 2023, en tant qu'il porte opposition au projet de la société TDF et de la décision portant rejet du recours gracieux de la société TDF ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Michel-sur-Orge, à titre principal, de lui délivrer un certificat provisoire de non-opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 091 570 23 10078 pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur un immeuble situé 3 rue Gambetta dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ; à titre subsidiaire, de prendre un arrêté provisoire de non-opposition à la déclaration préalable enregistrée sous le numéro DP 091 570 23 10078 pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur un immeuble situé 3 rue Gambetta, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Michel-sur-Orge la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la condition d'urgence :

Elle est satisfaite en l'espèce, compte-tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, des intérêts propres aux sociétés TDF et Free Mobile, qui sont toutes deux soumises à des engagements, la première vis-à-vis de la seconde et Free Mobile vis-à-vis du cadre des cahiers des charges de l'ARCEP au titre de cette couverture du territoire national par le réseau mobile, qui impose à l'opérateur une couverture du territoire français et de la population métropolitaine et de qualité en 3G, 4G et 5G ; enfin, la décision du maire est de nature à nuire de façon grave et irréversible aux intérêts de TDF, car le respect des engagements contractuels de mise à disposition de sites souscrits par TDF est bien constitutif d'un intérêt personnel, direct et immédiat de cette dernière, distinct de celui de Free Mobile ; au surplus, si l'urgence était refusée à TDF au seul motif que la société n'est pas opérateur de téléphonie mobile, un refus aurait pour conséquence de remettre en cause les contrats-cadres conclus par TDF ;

En ce qui concerne la condition liée au doute sérieux :

- l'arrêté d'opposition du 7 juillet 2023 est illégal en ce que, en premier lieu, il est dépourvu de toute motivation en droit et en fait ; en effet, le premier motif opposé au projet, à savoir la présence d'une crèche dans le bâtiment et l'" impératif de limiter l'exposition du jeune public aux ondes radioélectriques " n'est fondé sur aucun texte juridique ; le second motif opposé au projet, qui porte sur l'application de l'article UA 5 du règlement du plan local d'urbanisme, n'est motivé ni en droit ni en fait ;

- en deuxième lieu, cet arrêté constitue en réalité le retrait d'une décision de non-opposition tacitement acquise ; or, il n'a pas été précédé de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire ; en l'espèce, le dossier de déclaration préalable de la société TDF a été déposé en mairie le 7 juin 2023 ; par conséquent, le délai d'instruction de la demande de la société TDF courait à compter du 7 juin 2023 et prenait fin le 7 juillet 2023 ; à cette date, aucune décision d'opposition n'avait été notifiée à la société TDF ;

- en troisième lieu, le motif tiré de l'existence d'un impératif de limiter l'exposition des jeunes publics aux ondes radioélectriques est entaché d'une erreur de droit ; il n'existe à cet égard aucun impératif juridiquement contraignant ; au demeurant, la présence d'une crèche dans le bâtiment sur lequel la société TDF prévoit d'implanter des antennes relais de téléphonie mobile ne permet pas de fonder une opposition au projet en application du principe de précaution ; or, le maire n'avance pas d'autres arguments factuels ;

- en quatrième lieu, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme applicables en zone UA 5 sur l'insertion dans l'environnement est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- en dernier lieu, à supposer que la commune ait, dans le cadre de ses écritures, entendu demander une substitution de motifs et invoquer celui tiré de l'absence de DIM dans le dossier de demande, celui-ci sera écarté, dès lors qu'il ne s'agit pas d'une pièce obligatoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, la commune de Saint-Michel-sur-Orge, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, dès lors que le territoire de la commune est déjà couvert par trois antennes relais de Free mobile et qu'il n'existe pas de moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté et de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle la société TDF demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 janvier 2024 en présence de

Mme Paulin, greffière, Mme Marc a lu son rapport et entendu les observations de Me Bon-Julien, représentant la société TDF, qui persiste en ses conclusions et moyens, et celles de Mme A, représentant la commune de Saint-Michel-sur-Orge, qui persiste également en ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11 heures 47.

Considérant ce qui suit :

1. La société TDF a déposé en mairie de Saint-Michel-sur-Orge, le 7 juin 2023, pour le compte de la société Free Mobile, un dossier de déclaration préalable n° DP 091 570 23 10078 pour l'installation d'une station de radiotéléphonie sur la toiture terrasse d'un immeuble situé 3 rue Gambetta sur le territoire de cette commune, à laquelle il a été fait opposition par un arrêté du 3 juillet 2023 puis par un arrêté du 7 juillet 2023, motifs pris qu'" une crèche est installée dans le bâtiment, qu'il est impératif de limiter l'exposition du jeune public aux ondes radioélectriques et que le projet ne présente pas un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants conformément à l'article " UA-5 " du PLU ". La société TDF a formé, le 4 septembre 2023, un recours gracieux, reçu le 7 septembre 2023, contre ce dernier arrêté, qui a été implicitement rejeté. La société TDF a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre l'arrêté du 7 juillet 2023 et contre la décision ayant implicitement rejeté son recours gracieux et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution d'une décision d'opposition à une déclaration préalable de travaux d'implantation d'une antenne de téléphonie mobile opposée à un constructeur, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile 3G, 4G ou 5G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploité par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'Etat et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune concernée.

5. La société TDF établit, par la production de cartes de couverture du réseau de l'opérateur de téléphonie mobile Free mobile, que le territoire concerné par le projet refusé n'est pas couvert par le réseau 3G, 4G et 5G propre à cet opérateur. Elle démontre ainsi que la station relais projetée permettra de couvrir des zones actuellement non prises en charge par les antennes relais déjà implantées sur le territoire communal. La commune de Saint-Michel-sur-Orge conteste l'urgence en faisant valoir que des cartes de couverture réseau mises en ligne sur le site Internet de l'ARCEP établiraient que l'ensemble du territoire communal serait déjà couvert par les réseaux de cet opérateur. Toutefois, ces cartes n'ont qu'une portée indicative et ne comportent pas le niveau de précision des cartes de l'opérateur produites par la société requérante. Au surplus, la société TDF a produit un bon de commande en date du 9 mai 2023 émanant de la société Free Mobile et adressé à la société requérante, concernant l'ingénierie pour l'installation d'une antenne-relais sur le toit terrasse du bâtiment en cause. Dès lors, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

6. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". L'article R. 423-23 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ".

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige du 7 juillet 2023 n'a pas été précédé de la mise en œuvre d'une procédure contradictoire, alors qu'il constitue une décision de retrait d'une autorisation tacitement acquise, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.

8. Aux termes de l'article 11 du règlement de la zone UA 5 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Michel-sur-Orge : " Les constructions principales et les annexes doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages. ". Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

9. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que les décisions contestées procèdent d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 11 du règlement de la zone UA 5 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Michel-sur-Orge, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.

10. Enfin, en l'état de l'instruction, est également de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige le moyen tiré de l'erreur de droit née de ce qu'il n'existe pas d'impératif juridique contraignant limitant l'exposition des jeunes publics aux champs électromagnétiques.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de Saint-Michel-sur-Orge s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée le 7 juin 2023 par la société TDF en vue de l'installation d'une station de téléphonie mobile en toiture-terrasse d'un immeuble situé 3 rue Gambetta, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Eu égard au caractère provisoire qui s'attache aux décisions du juge des référés, l'exécution de la présente ordonnance qui suspend la décision par laquelle le maire de la commune de Saint-Michel-sur-Orge s'est opposé à la déclaration préalable de la société TDF implique qu'il soit enjoint à l'administration de lui délivrer l'attestation de décision de non opposition prévue à l'article R*424-13 du code de l'urbanisme. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Michel-sur-Orge, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait et de droit, d'y procéder, à titre provisoire et dans l'attente du jugement au fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Michel-sur-Orge le versement d'une somme de 800 euros à la société TDF au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de Saint-Michel-sur-Orge s'est opposé à la déclaration préalable de la société TDF pour l'installation d'une station de téléphonie mobile sur la toiture-terrasse d'un immeuble situé 3 rue Gambetta à Saint-Michel-sur-Orge et de la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé contre cet arrêté, est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Michel-sur-Orge de délivrer, à titre provisoire dans l'attente du jugement au fond, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait et de droit, à la société TDF l'attestation de non opposition prévue à l'article R*424-13 du code de l'urbanisme dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Saint-Michel-sur-Orge versera à la société TDF une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société TDF et à la commune de Saint-Michel sur-Orge.

Fait à Versailles, le 23 janvier 2024.

La juge des référés,

Signé

E. Marc

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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