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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400240

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400240

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOUGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 10 janvier et le 11 février 2024, Mme A C, représentée par Me Bouget, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'elle présente des garanties de représentation suffisantes ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Anne Winkopp-Toch pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme Anne Winkopp-Toch,

- les observations de Me Bouget, représentant Mme C, présente et assistée de Cheballah interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que sa requête. Il soutient, en outre, que la requérante n'a fait l'objet d'aucune convocation devant le tribunal à l'issue de sa garde à vue.

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 13 janvier 1996 à Oujda (Maroc), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme C doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme C soutient résider en France depuis 3 ans et entretenir une relation conjugale avec M. B, de nationalité tunisienne. Toutefois, il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police que la requérante a déclaré, à plusieurs reprises, vivre au 18 avenue des Sablons, 10ème étage, appartement A405 à Grigny, dans un logement qu'elle sous-loue avec sa sœur. Il ressort de ces mêmes pièces que la requérante a déclaré être sur le territoire français depuis 2 ans. Ainsi, et en l'absence de toute pièce probante, la durée de séjour comme la relation conjugale invoquées ne sont pas matériellement établies. Si Mme C entend faire état de la présence d'amis en France, il ne l'établit pas. Dès lors, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire

5. En premier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de l'obliger à quitter le territoire français sans délai. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme C doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

8. Il résulte des mentions portées dans la décision attaquée que pour refuser d'accorder à Mme C un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur plusieurs motifs de fait et de droit.

9. Au soutien du motif tenant au comportement constituant une menace à l'ordre public, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur la circonstance que la requérante avait été interpellée par les services de police de Juvisy-sur-Orge pour violences en réunion et non justification de ressources, et placée en garde à vue. Toutefois, il n'est pas contesté que la requérante n'a fait l'objet d'aucune poursuites suite aux faits reprochés. En outre, au vu des pièces produites, les faits reprochés ne sauraient révéler un risque de trouble à l'ordre public de nature à justifier l'éloignement sans délai de l'intéressée.

10. Toutefois, il ressort des motifs de la décision attaquée que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire repose également sur la circonstance que Mme C a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement dont il elle était susceptible de faire l'objet, ce qui est confirmé par le procès-verbal d'audition versé au dossier. En outre, la requérante ne conteste pas ne pas avoir présenté de passeport valide, alors qu'elle a été trouvée en possession d'une fausse carte d'identité italienne. Quant à sa domiciliation chez son compagnon, elle n'est pas établie, ainsi qu'il a été dit au point 4. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de regarder comme établi le risque que Mme C se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Ces motifs justifient, à eux seuls, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ces motifs. Dès lors, il y a lieu de neutraliser le motif tenant au comportement de nature à troubler l'ordre public et d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de fixer le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme C doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, la décision fixant le pays de destination n'est pas illégale par voie de conséquence. Le moyen doit donc être écarté.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer opérant, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

14. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont il est fait application, notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C avant de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée doit être écarté.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas illégale par voie de conséquence. Le moyen doit donc être écarté.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

18. Au soutien de circonstances humanitaires, la requérante se prévaut de sa durée de séjour sur le territoire national et de la présence de son compagnon tunisien. Toutefois, comme mentionné au point 4, la durée de séjour de trois ans et la communauté de vie ne sont pas établies. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

19. Pour les raisons précédemment exposées au point 4, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen sera écarté.

20. En dernier lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre de l'interdiction de retour n'étant fondé, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation, par voie de conséquence, de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information de Schengen.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

Mme Anne Winkopp-Toch La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2400240

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