lundi 5 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2400259 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LAUBEUF & Associés |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, et deux mémoires enregistrés le 28 janvier 2024, le comité social et économique (CSE) de la société Mayoly Santé, la fédération nationale FO des métiers de la pharmacie, L.B.M, D et le syndicat énergie chimie de l'Ile-de-France CFDT (SECIF-CFDT), représentés par Hujé Avocats AARPI agissant par Me Ciray, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) de l'Ile-de-France en date du 22 décembre 2023 relative à l'homologation du document unilatéral portant sur le projet de licenciement économique donnant lieu à la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) de l'entreprise Mayoly Santé ;
2°) de mettre à la charge de la DRIEETS Ile-de-France la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la charge de la société Mayoly Santé une somme de 2 500 euros au même titre.
Ils soutiennent que :
- ils sont recevables à former un référé suspension ;
En ce qui concerne l'urgence :
- le plan de sauvegarde de l'emploi entraine la mise en œuvre immédiate de soixante-neuf ruptures de contrat de travail ;
- les représentants du personnel au comité social et économique n'ont pas pu utilement rendre leur avis préalable et obligatoire ;
- le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi est illégal, notamment s'agissant des catégories professionnelles ;
- la décision d'homologation est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité,
- les risques sur la santé et la sécurité des salariés n'ont pas fait l'objet d'une évaluation sérieuse par l'employeur, et les actions identifiées pour lutter contre le risque inhérent aux projets sont insuffisantes ;
- la décision contestée porte gravement et immédiatement atteinte au droit du Comité social et économique d'être informé et consulté ;
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- cette décision est entachée d'irrégularité, en l'absence d'avis préalable du comité social et économique ;
- elle résulte d'une évaluation insuffisante de la prévention des risques sur la santé et la sécurité des salariés ;
- la procédure d'information-consultation du comité social et économique est irrégulière ;
- le calendrier de consultation fixé par l'accord collectif de méthode a été méconnu ;
- le CSE a été privé de son droit d'obtenir une information exacte par une analyse de l'expert légalement prévu, en raison de l'impossibilité pour les experts d'intégrer les délégués et directeurs régionaux hospitaliers dans l'analyse des licenciements et du projet de réorganisation de l'entreprise ;
- les livres II et IV du plan de sauvegarde de l'emploi n'ont pas été mis à jour quat à la modification du PSE ;
- elle est entachée d'un défaut d'information s'agissant de la composition des catégories professionnelles et des modalités de détermination du nombre de contrats de travail modifiés ;
- les catégories professionnelles présentées au CSE sont irrégulières ;
- la décision est entachée d'insuffisance quant à la prévention des risques sur la santé et la sécurité des salariés résultant des projets de PSE et de réorganisation ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 et 29 janvier 2024, la SARL Mayoly Santé, représentée par Me Laubeuf de l'AARPI Greenwich Avocats, conclut au rejet de la requête et à la condamnation du comité social et économique de la société Mayoli Santé, de la Fédération Nationale FO des Métiers de la Pharmacie, LBM, D, et du Syndicat Energie Chimie de l'Ile de France CFDT (SECIF-CFDT) à lui verser, chacun, une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner les mêmes aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable pour défaut de qualité pour agir ; en effet, faute de mandat exprès donné à Mme C, pour le syndicat SECIF-CFDT, et à M. A, pour le syndicat FO, aux fins d'engager une action en justice ayant pour objet la suspension de la décision d'homologation de la DRIEETS, les requérants sont irrecevables en leurs actions et de façon subséquente en leurs demandes ; quant au CSE, aucun mandat, après délibération régulière de sa part, n'est produit aux débats ; il est donc également irrecevable en son action puisque toute action en justice menée par le secrétaire du CSE, pour le compte de celui-ci, doit avoir été préalablement et expressément autorisée par ledit comité à l'appui d'une décision prise à la majorité des membres du CSE ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, la séquence de proposition de modification des contrats de travail et la période de reclassement qui vont se dérouler sur les prochaines semaines ne préjudiciant pas aux intérêts des salariés ;
- il n'existe aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- il n'existe aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- la requête n°2400260, enregistrée 11 janvier 2024, par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 29 janvier 2024 à 9h30 en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :
- le rapport de M. Delage, juge des référés ;
- les observations orales de Me Ciray pour les requérants qui persiste dans ses précédentes conclusions par les mêmes moyens ; s'agissant de la recevabilité de l'action, il précise que la secrétaire générale représente le syndicat SECIF-CFDT dans tous ses actes juridiques et qu'elle dispose, aux termes de l'article 17 des statuts du syndicat SECIF-CFDT, d'un mandat de représentation permanente l'autorisant à agir en justice, y compris en référé, lequel a été acté par un procès-verbal émanent du SECIF-CFDT qui n'est pas subordonné à une forme particulière ; la délibération du CSE est communiquée en pièce numéro 5 ; le terme de " contestation " vaut aussi pour l'introduction d'une requête en référé ; s'agissant du contexte du projet de réorganisation, un accord de méthode a fixé un délai prenant fin au 24 octobre 2023 car le délai fixé par la loi était insuffisant ; il a été considéré que les délégués de ville et hospitaliers appartiennent à la même catégorie professionnelle mais que les critères d'ordre de licenciement sont appliqués par secteurs et non au niveau de l'entreprise, en dépit du caractère distinct ou non des établissements ; ainsi le projet était illégal dès son démarrage et ne pouvait être amélioré ; le 24 octobre 2023, un avis négatif a été rendu par le CSE, qui a été suivi du retrait du document unilatéral puis de l' intégration de l'ensemble des délégués hospitaliers dans le PSE ; toutefois, le CSE, qui a disposé d'un délai de seulement six jours pour se prononcer sur cette modification, a ainsi refusé de rendre un avis le 4 décembre 2023 ; l'urgence est satisfaite dès lors que le projet est déployé et que l'ensemble des salariés sont destinataires de propositions de modifications de contrats et de modifications de secteurs ; le déploiement du projet intervient alors que l'avis préalable du CSE n'a pas été recueilli, que la procédure d'information-consultation est irrégulière, et qu'une atteinte grave et immédiate est ainsi portée au droit du CSE d'être consulté régulièrement ; les catégories professionnelles qui déterminent les critères d'ordre sont illégales et certains salariés seront donc licenciés à tort, ce qui constitue une atteinte grave et immédiate aux intérêts des salariés ; le projet est déployé alors qu'il n'a pas été procédé à une prévention sérieuse des risques sur la santé et la sécurité des salariés ; l'intégration tardive des délégués hospitaliers dans le projet n'ayant pas été suivie d'une modification en conséquence des livres II et IV, ce qui constitue un préjudice grave et important des intérêts des salariés ; s'agissant de l'argument soulevé par la DRIEETS selon lequel la suspension de sa décision porterait atteinte aux intérêts des salariés volontaires au départ, le plan a définitivement été exécuté à l'égard des personnes déjà parties, qui ne seront donc pas impactées en cas de suspension et il importe de faire respecter l'intérêt collectif des salariés représentés par le CSE et les syndicats sur les intérêts individuels des salariés ; sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision, l'employeur ne pouvait pas fixer unilatéralement un nouveau calendrier avec une nouvelle date de rendu d'avis en présence d'un accord de méthode ; la décision n° 467283 du Conseil d'Etat du 19 décembre 2023 précise qu'en l'absence d'avis du CSE ce dernier est réputé consulté à l'expiration du délai de consultation ; en l'espèce il s'agit d'un délai conventionnel et non légal, et le CSE a refusé de rendre un avis ; il n'y a donc pas d'avis réputé négatif car la loi ne prévoit pas le cas où une procédure de consultation a été rouverte ; à défaut d'avis, la société aurait dû soit dénoncer l'accord, soit demander une révision de l'accord de méthode et la DRIEETS n'aurait pas dû homologuer le PSE ; le CSE et les experts, qui ont disposé d'un délai de seulement six jours ouvrés, n'ont pas pu examiner l'intégration des seize secteurs, et les conséquences du transfert de délégués de ville, du pourvoi de secteurs vacants par des personnes qui ne font pas de l'hospitalier, alors que cette modifications a des implications sur la charge de travail et les risques psychiques ; trois semaines auraient été nécessaires ; les livres II et IV n'ont pas été mis à jour ; l'intégration des délégués hospitaliers implique des modifications de contrats supplémentaires mais le livre II n'a pas été modifié en conséquence ; le regroupement de certains emplois dans une catégorie professionnelle, ou à l'inverse leur différenciation en plusieurs catégories s'agissant des directeurs, font l'objet d'un défaut d'information de la part de l'employeur ; la conséquence de la réorganisation sur les délégués hospitaliers n'a pas fait l'objet d'une évaluation ; alors que l'employeur a obligation d'identifier et prévenir les risques psychosociaux dans le livre IV ;
- les observations orales de Mme B pour le directeur régional des entreprises de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France qui maintient ses conclusions en faisant valoir que les griefs soulevés par les requérants au soutien de la condition d'urgence portent tous sur la légalité de la décision ; les fonctions du CSE au titre de la procédure d'information-consultation s'arrêtent à la décision d'homologation et le juge des référés ne peut ordonner la reprise de la procédure d'information consultation ; le retrait d'une demande d'homologation est possible selon la jurisprudence du Conseil d'Etat ; les modifications ajoutées au PSE révisé ne sont pas substantielles ainsi qu'il ressort de la comparaison des deux documents et visaient à prendre en compte les remarques du CSE ; il n'y a pas de confusion entre le fond et la forme (CE, 4 octobre 2023 n°460949, CE 19 décembre 2023 Sealants n°467283) ; l'homologation est régulière par analogie avec la décision du Conseil d'Etat British Airways du 22 mai 2019 où il a été jugé que quand bien même le CSE ne s'était pas prononcé, l'homologation était régulière ; la détermination des catégories est régulière ; elles ont été débattues, et il n'y a pas à motiver la définition des catégories ; la société a bien procédé, dès le début de la procédure, à l'identification des risques professionnels et pris les mesures propres à préserver la santé physique et mentale des salariés ;
- et les observations orales de Me Lauboeuf pour la société Mayoly Santé qui persiste dans ses précédentes conclusions ; il relève cinq éléments erronés : un projet étant fait pour évoluer, il est normal de constater une évolution dans le contenu du projet depuis sa présentation en juillet 2023 ; ce qui importe au sens de l'article L.1233-24-1 du code du travail c'est de parvenir à un accord et le document qui est soumis à la DRIEETS ; l'avis du CSE et ses demandes sur le périmètre et l'application des critères d'ordre ont été pris en compte ; il est faux de soutenir que les délégués hospitaliers n'ont été pris en compte dans le projet qu'en cours de procédure alors qu'ils étaient dès le départ dans une catégorie concernés par des suppressions ; si les requérants invoquent un défaut d'information, le CSE n'a jamais formé d'injonction au sens de l'article 1233-57-5 du code du travail ; ce qui est plaidé par les requérants ne porte pas sur l'urgence mais sur le contenu du PSE ; les contrats des salariés sur le départ ne sont pas rompus mais suspendus, ils sont rompus seulement si leur période d'essai est validée donc il y bien urgence à ne pas suspendre pour ne pas nuire aux intérêts des salariés qui sont en période d'essai ; il n'y aura pas de licenciements prononcés avant que la juridiction se prononce au fond ; s'agissant de la recevabilité de l'action : quand un mandat est spécial il ne peut être étendu ; il n'y pas de procès-verbal du conseil syndical ou de preuve de l'information du conseil syndical sur le mandat de Mme C ; la délibération du 11 juillet ne comporte rien sur un mandat pour une procédure en contestation de la décision d'homologation ; les documents comportent toutes les informations que la loi exige sur les livres I, II et IV et le contrôle de l'administration porte bien sur toutes les obligations ; la société a modifié son document en prenant en compte les deux modifications demandées par le CSE, à savoir le changement de périmètre et création d'un indicateur sur les critères d'ordre ; l'ordre du jour de la réunion du 29 novembre 2023 indique que la modification n'a porté que sur ces points; il n'y a qu'une seule page de différence sur cinquante-quatre entre le document unilatéral soumis le 24 octobre 2023 et celui soumis le 4 décembre 2023, qui correspond à ces deux ajouts ; l'accord de méthode n'a pas été méconnu, la reprise de la consultation après le 24 octobre 2023 est régulière; l'accord de méthode ne précise pas qu'il prenait fin le 24 octobre 2023 ; un délai de consultation de dix jours a été suffisant sachant qu'il ne comporte que deux modifications comme il ressort du procès-verbal de la réunion du 29 novembre 2023 ; il n'a pas été nécessaire de modifier les livres II et IV car il n'y a pas eu de modifications des catégories depuis le début ; les délégués ville, qui effectuent un métier similaire à celui des délégués hospitaliers, y sont traités ; l'affirmation selon laquelle il y aurait une absence d'information de l'employeur sur le calcul des modifications de contrat de travail est fausse, une grille qualitative est fournie par la Convention collective nationale de l'industrie pharmaceutique ; s'agissant du calendrier du PSE, les premiers courriers ont été envoyés entre le 16 janvier et le 19 janvier 2024, il faudra compter encore un mois supplémentaire et les propositions de reclassements à la fin du mois de mars ; donc les licenciements interviendront pas avant début avril.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, à 11h46.
Considérant ce qui suit :
1. La société Mayoly Santé assure la promotion et la commercialisation des médicaments du groupe Mayoly, groupe pharmaceutique indépendant français employant 2 200 salariés. Elle a envisagé de réorganiser son activité de force de vente ville par une unification des deux réseaux de ventes ayant pour impact la suppression de trente-et-un postes et la modification de trente-huit contrats de travail. Par décision du 22 décembre 2023, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités a homologué le document unilatéral portant sur le projet de licenciement économique collectif donnant lieu à la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) de l'entreprise Mayoli Santé. Par la présente requête, le comité social et économique (CSE) de la société Mayoly Santé, la fédération nationale des métiers de la pharmacie, L.B.M, D et le syndicat énergie chimie de l'Ile-de-France CFDT demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, au vu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Il en va notamment ainsi lorsqu'est demandée au juge des référés la suspension de l'exécution des décisions prévues à l'article L. 1233-57-1 du code du travail qui valident l'accord collectif ou homologuent le document de l'employeur relatifs à un plan de sauvegarde de l'emploi.
4. Pour justifier de l'urgence, le comité social et économique de la société Mayoly Santé, la fédération nationale des métiers de la pharmacie, L.B.M, D et le syndicat énergie chimie de l'Ile-de-France CFDT font tout d'abord valoir qu'une atteinte grave et immédiate a été portée au droit du CSE d'être consulté régulièrement, dès lors que le plan de sauvegarde de l'emploi est déployé immédiatement, alors que la procédure d'information-consultation est entachée d'irrégularité, que les catégories professionnelles sont illégales et que l'avis du CSE n'a pas été préalablement recueilli. Toutefois, à la supposer établie, une telle atteinte, relative à la légalité de la décision dont il est demandé la suspension, n'est pas de nature à caractériser l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, alors d'ailleurs que les fonctions conférées au comité social et économique par les dispositions du code du travail pendant la procédure d'information-consultation ne s'étendent pas au-delà de la décision d'homologation prise par l'autorité administrative compétente et qu'au demeurant une suspension de l'exécution de la décision d'homologation ne pourrait avoir pour conséquence la reprise et la poursuite de la procédure d'information-consultation.
5. Les requérants font encore valoir le caractère imminent des licenciements prévus, leur conseil ayant relevé à l'audience que le calendrier prévisionnel du PSE prévoyait leur intervention à compter du 15 mars. Il résulte également des affirmations non contestées de la défense à l'audience que les courriers de modification de contrats ont été adressés aux salariés concernés entre le 16 et le 19 janvier 2024, et que les intéressés disposent d'un délai d'un mois pour y donner suite. Dans ces circonstances, l'imminence des premiers licenciements, comme d'ailleurs leur nombre, ne peut être regardée comme établie. En outre, et alors que l'instance au fond doit être jugée dans un délai de trois mois et que la clôture de l'instruction dans ladite instance a été fixée au 15 février 2024, il est constant que si des salariés faisaient l'objet d'un licenciement avant le jugement au fond, ils bénéficieraient notamment d'un congé de reclassement pouvant aller jusqu'à trente mois et de l'assurance de perception d'un revenu sur cette période. Ainsi, et alors qu'il est loisible aux intéressés, s'ils s'y croient fondés, de contester leurs licenciements devant la juridiction compétente, y compris en référé, l'invocation des intérêts des salariés potentiellement licenciés ne suffit pas à établir l'urgence. Au surplus, ainsi qu'il est soutenu en défense, la suspension de la décision en litige porterait atteinte à l'intérêt des salariés qui ont candidaté dans le cadre du volontariat et ont déjà été recrutés en contrat à durée indéterminée dans une autre société.
6. Enfin, pour caractériser l'urgence, les requérants font valoir qu'il est porté une atteinte grave et immédiate aux intérêts des salariés dès lors que les risques sur la santé et la sécurité des salariés n'ont pas fait l'objet d'une évaluation sérieuse par l'employeur, et que les actions identifiées pour lutter contre les risques identifiés sont insuffisantes. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces thématiques ont été traitées et que le comité social et économique a été consulté. En se bornant à en dénoncer les limites sans assortir leur argumentation d'éléments probants, les requérants n'établissent pas l'urgence à suspendre l'exécution de la décision homologuant le PSE.
7. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme satisfaite. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la société ni d'examiner le sérieux des moyens, les conclusions à fins de suspension doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens à la charge de l'Etat et de la société Mayoli Santé, qui ne sont pas, dans la présente instance, parties perdantes. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la société Mayoli Santé à l'encontre du comité social et économique de la société Mayoly Santé, de la fédération nationale des métiers de la pharmacie, L.B.M, D et du syndicat énergie chimie de l'Ile-de-France CFDT.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du comité social et économique de la société Mayoly Santé, de la fédération nationale des métiers de la pharmacie, L.B.M, D et du syndicat énergie chimie de l'Ile-de-France CFDT est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Mayoli Santé tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au comité social et économique de la société Mayoly Santé, à la fédération nationale des métiers de la pharmacie, L.B.M, D, au syndicat énergie chimie de l'Ile-de-France CFDT (SECIF-CFDT), à la société Mayoli Santé et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée pour information au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France.
Fait à Versailles, le 5 février 2024.
Le juge des référés,
signé
Ph. Delage
La greffière,
signé
S. Paulin
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2400259
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026