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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400405

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400405

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantTEFFO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2400405 les 16 et 23 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Teffo, alors retenu au centre de rétention administrative de Plaisir, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai, jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur son cas ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige dans son ensemble a été édicté par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'une défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit d'être entendu, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des articles L. 233-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il exerce une activité professionnelle et son comportement ne constitue pas une menace réelle, actuelle, et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française ;

- le préfet ne pouvait légalement se fonder sur les données issues de la consultation du Traitement des antécédents judiciaires ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de circulation est entachée d'illégalité par voie de conséquence de celle portant obligation de quitter le territoire français.

Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 20 et 23 janvier 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2400418 le 16 janvier 2024, M. A C, alors retenu au centre de rétention administrative de Plaisir, représenté par Me Kwahou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- la décision lui interdisant la circulation sur le territoire français est insuffisamment motivée et prise en violation des dispositions de l'article L.511-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 20 et 23 janvier 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024, tenue en présence de M. Ileboudo, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Teffo représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été édictée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car le requérant est arrivé en France à l'âge de 6 ans et justifie depuis lors de sa résidence habituelle sur le territoire ;

- le préfet de Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes, visées ci-dessus, présentées pour M. C, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu d'y statuer par un seul et même jugement.

2. M. A C, ressortissant roumain né le 6 septembre 1999, est entré sur le territoire français en 2006, selon ses déclarations. Par un arrêté du 14 janvier 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D B, adjointe au chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté en litige visent les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet, qui n'avait pas à les exposer dans leur totalité, s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de destination et lui faire interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation et, pour le même motif, le moyen tiré du défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation, ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. C aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté. De plus, il ressort du procès-verbal d'audition que le requérant a été entendu le 13 janvier 2024 par un officier de police judiciaire sur sa situation familiale et professionnelle et a été invité à préciser les éléments qu'il souhaitait sur cette situation. Il a, en outre, été interrogé sur la régularité de son séjour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; (). 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ". Aux termes, en outre, de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. () ". Aux termes, enfin, du 2° de l'article L. 611-3 de ce code, applicable aux ressortissants communautaires en vertu des dispositions de l'article L. 253-1 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () ; 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".

9. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour prononcer à l'encontre de M. C une obligation de quitter le territoire français, le préfet de Seine-Saint-Denis, qui ne mentionne pas dans son arrêté la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires, s'est notamment fondé sur un motif tiré de ce que le comportement du requérant constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'intérêt fondamental de la société française. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été interpellé et placé en garde à vue le 13 janvier 2024 à la suite de la plainte de la mère de ses deux filles jumelles, pour violences sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité. Il a été placé sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bobigny le 15 janvier 2024 jusqu'à la date de son jugement par la 12ème chambre correctionnelle de ce tribunal, prévu le 24 juin 2024. En outre, si le requérant se prévaut de sa résidence habituelle sur le territoire français depuis au moins l'âge de 13 ans, il ne la justifie pas par les pièces produites, notamment pour l'année scolaire 2015-2016, ou encore pour la totalité de l'année civile 2021. Au demeurant, les seules pièces, essentiellement de nature professionnelle, versées pour établir sa résidence habituelle au titre des années 2020, 2022 et 2023 ne sont pas davantage suffisantes pour en justifier. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point 7 ci-dessus que le préfet de Seine-Saint-Denis a fait obligation à M. C de quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, entré en France en 2006, selon ses déclarations, ne justifie pas, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, de sa résidence habituelle depuis lors. En outre, ainsi que cela a été dit, l'intéressé a été placé sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bobigny le 15 janvier 2024 jusqu'à la date de son jugement prévu le 24 juin 2024 pour des faits de violences sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité. Par ailleurs, si M. C a déclaré vivre en concubinage et être père de deux enfants, il ne justifie ni de l'existence d'une vie commune avec sa concubine, ni de sa contribution effective à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Dans ces conditions et alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Eu égard à ce qui a été exposé aux points 9 et 11 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Eu égard à ce qui a été exposé aux points 9 et 11 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation. Au demeurant, l'intéressé n'établit aucun risque particulier en cas de retour dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Selon l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° () ".

15. L'arrêté attaqué constate la caducité du droit au séjour de M. C aux motifs tirés, d'une part, de ce que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française et, d'autre part, qu'il constitue une charge déraisonnable pour l'Etat français en l'absence de toute ressource et de sa complète dépendance à l'égard du système d'assistance sociale français.

16. Eu égard à ce qui a été exposé aux points 9 et 11 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles présentées aux fins d'injonction et celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 23 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2-2400418

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