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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400518

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400518

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantBOIARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, M. A B, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 notifié le 19 janvier 2024, par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il ne présente aucun moyen au soutien de sa requête.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 22 janvier 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024, tenue en présence de M. Ileboudo, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Boiardi, avocate désignée d'office, représentant M. B, présent, qui soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; elle a été prise sans un examen préalable complet de sa situation personnelle ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée ; elle a été prise sans un examen préalable complet de sa situation personnelle ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision lui interdisant la circulation sur le territoire français est insuffisamment motivée ; elle a été prise sans un examen préalable complet de sa situation personnelle ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- les observations de M. B ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais et portugais né le 28 février 1971 et incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis depuis le 26 août 2023, a été condamné le 25 août 2023 par le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes à 10 mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par un arrêté du 12 janvier 2024, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation et, pour le même motif, le moyen tiré du défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation, ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. B fait valoir résider en France depuis 25 ans, travailler sur le territoire français comme agent de propreté et vivre avec sa compagne de nationalité angolaise et portugaise de sorte qu'il a des attaches personnelles et familiales en France, il ne produit, à l'appui de ses allégations, aucune preuve permettant d'attester de ses dires, ou encore de son intégration et de la durée de son séjour en France. De plus, il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis depuis le 26 août 2023 et a été condamné le 25 août 2023 par le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes à 10 mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dans ces conditions, la décision du préfet de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point 4 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation et méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point 4 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation et méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. Si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît ces stipulations, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il encourait des risques en cas de retour dans son pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 622-3 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

13. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour édicter une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois à l'encontre de M. B le préfet a tenu compte de sa nationalité portugaise. En outre, ainsi que cela a été dit, il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis depuis le 26 août 2023 et a été condamné le 25 août 2023 par le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes à 10 mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par suite le préfet de l'Essonne, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français infligée au requérant, n'a méconnu ni le droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale, ni les dispositions précitées au point 12, et n'a pas davantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M. A B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

3

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