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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400539

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400539

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire de pièces, et un mémoire complémentaire enregistrés les 19, 22 et 25 janvier 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, représenté par Me Ozeki, demande, dans le dernier état de ses écritures au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine ou du pays dans lequel il est légalement admissible, prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an avec signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet d'effacer les mentions dans le fichier d'information Schengen et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision faisant obligation de quitter le territoire français est :

- entachée d'incompétence faute de preuve d'une délégation de compétence;

- insuffisamment motivée ;

- entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaissance de sa situation personnelle ;

- illégale dès lors l'arrêté contesté est fondé sur la décision illégale d'inscription au fichier des personnes recherchées ;

- entachée d'erreur de droit au regard des articles L.110-1 et L.110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- illégale dès lors qu'elle méconnait l'autorité de la chose jugée ;

- entachée de violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe de séparation des pouvoirs ;

- entachée de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant et entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

les décisions lui refusant le délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français sont :

- illégales car prise en application d'une décision illégale ;

- insuffisamment motivées et ne reposent pas sur une examen sérieux de sa situation ;

- entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a délégué M. Crandal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-6 à L.614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par les articles R. 776-14 à R.776-28 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique ont été entendus, en présence de Mme Amegee, greffière ;

- le rapport de M. Crandal ;

- les observations de Me Ozeki, représentant M. B, qui déclare renoncer aux conclusions de la requête à fin de réexamen de sa situation et de délivrance d'un titre de séjour provisoire sous astreinte et qui reprend les conclusions et moyens exposés dans ses écritures en soulignant que la signataire des décisions contestées n'a pas reçu de délégation aux termes de l'arrêté produit par le préfet, que l'inscription relative à un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 19 janvier 2010 constatant son extranéité dans le fichier des personnes recherchées est illégale dès lors qu'il n'a jamais eu signification de ce jugement que le préfet ne produit pas et qu'enfin l'arrêté du 17 janvier 2024 méconnait l'autorité de la chose jugée en l'espèce le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 26 décembre 2023 ayant annulé l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 3 décembre 2023 ;

- et les observations de M. B, qui déclare n'avoir rien à ajouter.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fait obligation à M. A B né le 6 mars 1981 à Brazzaville ( République du Congo ) de quitter le territoire français sans délai, pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel et ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible, et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B, demande l'annulation de cet arrêté au motif qu'il est de nationalité française depuis 1993.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par un jugement du 26 décembre 2023, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 3 décembre 2023 faisant obligation à M. B, alors détenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot de quitter le territoire français sans délai, lui interdisant le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an avec inscription aux fins de non-admission dans le système Schengen.

4. Le tribunal administratif de Montreuil a motivé son jugement du 26 décembre 2023 comme suit : " 3. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile. ". En outre, aux termes de l'article L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française, soit qu'elles aient une nationalité étrangère, soit qu'elles n'aient pas de nationalité. "./ 4. Pour contester la légalité de la décision contestée du 3 décembre 2023, M. B soutient qu'il a la nationalité française. Pour en attester, le requérant produit la copie intégrale d'une carte nationale d'identité française au nom de M. B, né le 4 juillet 1981. ( ). Le préfet des Hauts-de-Seine, qui ne conteste nullement la nationalité française du requérant, n'établit ni même n'allègue que celui-ci se serait vu retirer sa nationalité française et ne conteste pas davantage l'authenticité des documents produits par le requérant. Il résulte de ces éléments et au regard de l'ensemble des éléments versés au dossier que le préfet ne pouvait, sans méconnaître le champ d'application de la loi et, en particulier les articles L. 110-1, L. 110-3 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre à l'encontre de M. B une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai ni, par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. / 5. Il résulte de ce qui précède, () que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 décembre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an. "

5. L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 17 janvier 2024 ne comporte aucun élément de motivation permettant d'établir que des circonstances de droit ou de fait nouvelles seraient intervenues, ou auraient été prises en compte depuis le 26 décembre 2023, le conduisant à exclure que M. B soit un citoyen français sur le fondement desquelles il aurait pu fonder une nouvelle décision. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que par son arrêté du 17 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine, qui réitère la décision annulée par le tribunal administratif, a porté atteinte à l'autorité de la chose jugée. S'il était loisible au préfet des Hauts-de-Seine de contester le jugement du tribunal administratif annulant son arrêté du 3 décembre 2023, il lui revenait de saisir à cette fin la cour administrative d'appel compétente en application des dispositions de l'article L.811-1 et des articles R.811-1 et suivants du code de justice administrative et ce, dans les délais prévus par l'article R.776-9 de ce code. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2024 en toutes ses dispositions entraîne nécessairement qu'il soit mis fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre en conséquence au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent à raison du lieu de résidence de M. B, d'effacer le signalement de M. B du système d'information Schengen dès la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Ozeki, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ozeki de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 17 janvier 2024 du préfet des Hauts-de-Seine faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, sans délai fixant le pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an avec signalement dans le système d'information Schengen est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent à raison du lieu de résidence de M. B, de procéder à l'effacement du signalement de M. B du système d'information Schengen dès notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : L'Etat versera à Me Ozeki, avocate de M. B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ozeki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ozeki et au préfet des Hauts-de-Seine.

Jugement lu en audience publique le 26 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M Crandal La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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