vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2400584 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PROSPER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 janvier 2024 et le 12 juillet 2024, Mme C A, représentée par Me Prosper, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, territorialement compétent, de procéder au renouvellement de sa carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet lui oppose une absence de justificatifs sans avoir mis en œuvre les pouvoirs d'instruction prévu aux articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de la participation du père de son enfant à son entretien et à son éducation ; le motif de refus est par ailleurs entaché d'erreur de droit dès lors que l'article L. 423-8 ne permet pas au préfet d'exiger que la preuve de la participation à l'entretien et à l'éducation de l'enfant soit rapportée depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maitre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissante mauricienne née en mars 1990, a déclaré être entrée en France en 2012. Elle est la mère d'un enfant français né le 18 novembre 2019, reconnu par anticipation par son père, M. B, le 28 mai 2019. Elle a obtenu un titre de séjour " salarié " valable du 8 octobre 2018 au 7 octobre 2019, puis une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français valable du 8 mai 2020 au 7 avril 2021, puis une carte de séjour pluriannuelle valable du 8 avril 2021 au 7 avril 2023. Elle en a sollicité le renouvellement le 27 mars 2023. Par une décision du 14 novembre 2023, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a refusé de renouveler son titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. " Aux termes de l'article L. 433-4 du même code : " () La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. "
3. L'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a pour objet de déroger à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour à l'étranger père ou mère d'un enfant mineur de nationalité française, lorsque l'autre parent, de nationalité française, auteur d'une reconnaissance de paternité ou de maternité en application de l'article 316 du code civil, ne participe pas lui-même à l'éducation et à l'entretien de cet enfant, en laissant toutefois au préfet le soin d'apprécier, s'il y a lieu, de lui délivrer un tel titre, au regard du respect de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de l'enfant.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée, que pour refuser de renouveler la carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " de Mme A, le préfet de la Sarthe, qui ne conteste pas que l'intéressée contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils mineur depuis sa naissance en 2019, s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que M. B, ressortissant français auteur d'une reconnaissance de paternité de cet enfant, ne participait pas à son éducation et à son entretien depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans.
5. D'une part, s'il appartenait au préfet de vérifier que ce parent contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant à la date de sa décision, il ne pouvait cependant exiger que cette participation soit établie à compter de la naissance de l'enfant ou depuis au moins deux ans, condition qui n'est pas prévue par les dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.
6. D'autre part, s'il est constant que la vie commune entre Mme A et M. B a été interrompue postérieurement à la naissance de leur enfant commun, ainsi que le fait valoir le préfet de la Sarthe qui relève à juste titre la multitude d'adresses portées dans différents documents établis sur la période 2021-2023, il ressort toutefois des pièces du dossier suffisamment probantes, notamment des attestations de proches et membres de la famille des deux membres du couple, que la requérante et M. B justifient à nouveau d'une vie commune effective avec leur enfant commun, à tout le moins depuis leur installation sur la commune de Savigny-sur-Orge en 2023, préalablement à la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort des relevés bancaires de la requérante et de M. B qu'en 2022 et 2023, ce dernier a versé très régulièrement des sommes à Mme A à titre de contribution à l'entretien de leur fils. Dans ces conditions, en estimant qu'il n'était pas justifié de la participation effective de M. B à l'entretien et à l'éducation de son fils, le préfet de la Sarthe a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et méconnu, par suite, les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du 14 novembre 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, désormais territorialement compétente compte tenu du domicile actuel de Mme A, de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de la Sarthe du 14 novembre 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de Mme A portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Sarthe et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
B. Maitre
La présidente,
signé
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
signé
I. de Dutto
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026