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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400675

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400675

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Liger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de l'Essonne du 21 juin 2023 rejetant sa demande de titre de séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui fait obligation de quitter le territoire français, sous délai de trente jours, à destination de son pays d'origine ou du pays dans lequel il est légalement admissible ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement avec en tout état de cause délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation à percevoir la part de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 3§321 de l'accord franco-sénégalais et de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile;

- est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il travaille ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale après quatre ans de vie en France ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

la décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale par voie d'exception ;

- méconnait les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré au tribunal le 20 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

M. A est admis à l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision n°2023/002313 du 11 octobre 2023, notifiée le 26 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a délégué M. Crandal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-4 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application des articles R. 776-1 à R. 776-28 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 ont été entendus, en présence de M. Rion, greffier,

- le rapport de M. Crandal qui a informé les parties de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour pour défaut de la production de la décision attaquée, l'arrêté du préfet de l'Essonne du 21 juin 2023 ne comportant aucune décision de cette nature ;

- les observations de M. A, en l'absence de Me Liger, qui déclare travailler dans un restaurant depuis moins de trois ans et vouloir faire une demande de titre de séjour ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A ressortissant sénégalais né le 3 février 1992 à Lewa Diolfoube (Sénégal), entré en France en novembre 2019 muni d'un visa Schengen délivré par les autorités italiennes selon ses déclarations, a fait l'objet d'un contrôle par les forces de police le 21 juin 2023 au cours duquel il n'a pu justifier d'un visa ou d'un titre de séjour l'autorisant à séjourner en France. Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sous délai de trente jours pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige ressortissant à la compétence du magistrat désigné :

2. Ainsi que les parties en ont été informées lors de l'audience publique du 21 mars 2024, les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision du préfet de l'Essonne refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A sont susceptibles d'être rejetées comme irrecevables dès lors qu'aucune décision n'est produite dans laquelle le préfet de l'Essonne refuse d'accorder un titre de séjour.

En ce qui concerne les moyens de légalité externe communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation de M. A, et notamment le rejet par la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 février 2021, notifiée le 17 mars 2021, de son recours contre la décision de rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA ainsi que les éléments sur lesquels le préfet de l'Essonne s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, et pour fixer le pays de destination de son éloignement. Dès lors, cet arrêté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien fondé. En tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à critiquer le défaut de visa de la convention franco-sénégalaise dès lors qu'aucune des décisions contestées n'entre dans le champ de cet accord. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, il ressort des autres pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une audition par la compagnie de gendarmerie départementale d'Etampes le 21 juin 2023. Au cours de cette audition, M. A a exposé les conditions et la date de son entrée en France, la situation de sa famille composée de son épouse et de leurs quatre enfants restés au Sénégal et les différents emplois qu'il a occupés en France ainsi que les conditions dans lesquelles il s'est fait embaucher et ainsi que les lieux de son hébergement. Ces éléments figurent dans la motivation de l'arrêté préfectoral. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

En ce quoi concerne la légalité interne de la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Il en va de même des stipulations du paragraphe 321 de l'article 3 de la convention franco-sénégalaise du 23 septembre 2006, relatives à l'admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de la circulaire dite Valls du 28 novembre 2012.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est né au Sénégal en 1998 et entré en France en 2019, soit à l'âge de vingt et un ans. Son épouse et leurs quatre enfants ne résident pas en France. Dans ces conditions, et malgré l'exercice d'une activité professionnelle que toutefois il n'établit pas par la production de documents, la présence en France d'un frère et d'un oncle qui l'héberge, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Le préfet de l'Essonne n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ont été rejetées. L'exception d'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi sera par voie de conséquence écartée.

9. Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;/3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que l'article 2 de la décision du 21 juin 2023 est ainsi rédigé : " En cas d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français par l'autorité administrative, l'intéressé sera reconduit à destination de son pays d'origine ou du pays dans lequel il est légalement admissible. ". Si M. A soutient que cette disposition est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne mentionne aucunement le pays de renvoi, la rédaction en tout point intelligible de la décision reprend celle de l'article cité au point 8. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

11. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de la requête entraîne par voie de conséquence le rejet des conclusions à fin d'injonction de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire ou une autorisation provisoire de séjour.

En ce qui concerne les frais du litige :

12. Les conclusions à fin qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L.761-1 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M Crandal Le greffier,

signé

T.Rion

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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