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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400743

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400743

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPANARELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 janvier et le 7 février 2024, M. C B, détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024, notifié le 26 janvier, par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans, avec signalement dans le système d'information de Schengen (SIS) ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut d'enjoindre le préfet à réexaminer sa situation dans le dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre le préfet à effacer les mentions dans le SIS, dans le délai de 15 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre le préfet à procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

les décisions du préfet de l'Essonne :

- sont signées par une personne incompétente dès lors qu'il n'a pas été mis à même de prendre connaissance de l'arrêté de délégation de signature ;

- sont entachées d'un défaut de motivation au regard des dispositions des articles L.211-2 et 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et notamment la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui n'énonce pas les critères retenus ;

- reposent sur un vice de procédure au regard de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas eu le temps de formuler des observations.

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnait les dispositions de l'article L.114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors, au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, des articles 5 et 6 de la directive 2008/115, des articles 5 et 6 de la directive 2004/38 dès lors que le préfet ne caractérise pas la menace grave, et qu'il vit avec sa famille en France, et qu'il a le droit à un titre de séjour en application des dispositions de l'article L.435-1 du CESEDA.

la décision lui accordant un délai de retour volontaire :

- est illégale par voie d'exception ;

- est entachée d'une erreur de fait d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la directive 2008/115, des articles L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de ses liens sociaux et familiaux dès lors que l'absence de délai méconnait ses droits sociaux et familiaux.

la décision fixant le pays de renvoi :

- est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation par méconnaissance des dispositions des articles 3 de la convention du 10 décembre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, 5 et 6.4 de la directive 2008/ 115 dès lors que ses liens familiaux sont établis exclusivement en France.

la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans et portant signalement dans le système d'information de Schengen :

- est entachée d'incompétence, de défaut de motivation ;

- est illégale par voie d'exception ;

- est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée dès lors qu'il ne commet aucun trouble actuel à l'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 16 février 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative

La présidente du tribunal a désigné M.E, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L.614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions des articles R. 776-13-1 à R.776-28 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, en présence de Mme Amegee greffière d'audience, entendu :

- le rapport de M. E

- entendu les observations de Me Liénard-Léandri représentant M. B, requérant, assisté de Mme D interprète en langue wolof, qui reprend les conclusions écrite de son confère Me Panarelli.

La préfète de l'Essonne, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant mauritanien né le 5 mai 2003 à Nouakchott ( Mauritanie ), entré en France en 2016 selon ses déclarations, condamné par jugement du 23 juin 2023 du tribunal correctionnel de Paris à une peine de quinze mois d'emprisonnement pour des délits de transport, de détention, offre ou cession, acquisition, non autorisés, et d'usage illicite de stupéfiants, avec récidive, a fait l'objet, le 19 janvier 2024 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans et signalement dans le système d'information de Schengen par le préfet de l'Essonne. Par sa requête, il demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions faisant obligation de quitter le territoire français, sans délai et fixant le pays de destination :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-003 du 4 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation de signature à Mme A F à l'effet de signer, notamment, l'arrêté attaqué. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()".. Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Les décisions du 19 janvier 2024 du préfet de l'Essonne mentionnent de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles précisent que l'intéressé n'a pas été en mesure de présenter un document transfrontière, et qu'il ne peut justifier d'une entrée et d'un séjour régulier, qu'il n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation. Elle mentionne que son comportement constitue un trouble à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 23 juin 2023 à une peine d'emprisonnement de 1 an et 3 mois pour récidive de délits à la législation sur le transport, la détention, l'offre et la cession et l'usage non autorisés de stupéfiants. Elle précise les sept signalements de faits constitutifs d'infractions à la législation sur les stupéfiants avec leur date enregistrés entre le 26 avril 2018 et le 11 mai 2023 ainsi que l'usage de divers alias par M. B ainsi que celui de la nationalité sénégalaise. Elle insiste sur le caractère grave et répété de ces faits signalés, commis à des dates très récentes, et ayant donné lieu à condamnation pénale comme excluant sa volonté de s'intégrer et de respecter les principes de la République. Après avoir mentionné que M. B ne peut justifier d'aucun domicile, qu'il déclare exercer une activité illégale de livreur, qu'il est célibataire et sans charge de famille, l'arrêté préfectoral précise que la décision de le priver de délai de départ volontaire ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne l'expose à aucune peine ou traitement contraire à la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays. Si M. B soutient dans ses écritures travailler comme mécanicien, il ne produit aucune justification à l'appui de son allégation. Pour le surplus, il ne conteste aucun des éléments précis rapportés par le préfet dans ses décisions. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté contesté est suffisamment motivé et que la précision de la motivation révèle l'examen complet de la situation personnelle de M. B par l'administration. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ". Et aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes enfin de l'article L.613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. ".

7. D'une part, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'appui d'un recours en annulation dirigé contre une mesure de police administrative, qui n'est pas une sanction pénale. D'autre part, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que les décisions accessoires. Dès lors, les dispositions générales de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées. En tout état de cause, enfin, les conditions de notification d'une décision administrative sont par principe sans incidence sur la légalité de cette décision alors qu'en l'espèce, M. B n'établit ni même n'allègue qu'il aurait en vain, suite à son audition du 17 novembre 2023 par la direction départementale de la police aux frontières durant laquelle il a eu l'occasion de s'exprimer sur sa situation administrative, tenté de faire valoir des observations auprès des services préfectoraux ou qu'il n'aurait pas pu utilement exposer des circonstances susceptibles d'infirmer le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention précitée, et des articles L. 121-1 et L. 613-3 des codes précités est écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. () ". La circonstance que le préfet de l'Essonne n'a pas invité M. B à compléter son dossier, en application des dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que ces dispositions ne s'appliquent que lorsque l'intéressé présente une demande à l'administration, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Par suite, ce moyen est écarté comme inopérant.

9. En cinquième lieu, M. B invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France et les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France qui permettent au préfet d'admettre au séjour un étranger pour des considérations humanitaires ou se justifiant pour des motifs humanitaires.

10. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans enfant, et qu'il n'a pas demandé de titre de séjour sur un fondement quelconque. S'il invoque à plusieurs reprises dans ses écritures l'existence d'une vie familiale et sociale en France, il n'en produit aucun justificatif. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation, ni défaut d'examen sérieux de sa situation, que le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français. Les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sont rejetées.

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

13. M. B soutient dans ses écritures que le préfet ne peut reprocher qu'un défaut de permis à M. B et qu'ainsi sa décision ne caractérise pas la menace grave. Ainsi qu'il a été exposé au point 5, M. B après avoir fait l'objet de sept signalements entre 2028 et 2023 pour des faits relevant de la législation sur les stupéfiants a fait l'objet d'une condamnation à un an et trois mois d'emprisonnement pour récidive de délits relevant de cette législation. Dans ces conditions, le préfet a pu à bon droit retenir que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que l'expose précisément la motivation de l'arrêté préfectoral qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne peut être contesté qu'il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, qu'il ne peut présenter aucun document de voyage ou d'identité en cours de validité, qu'il a recours à des alias sous une autre nationalité et qu'il ne justifie d'aucune attache familiale ou d'aucune vie sociale, d'aucun travail en France et pas même de l'existence d'un domicile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 ni entaché sa décision de lui accorder un délai de départ volontaire d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 11 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'exception d'illégalité, de l'erreur de fait et de l'erreur manifestation d'appréciation ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

16. Si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

18. La décision du préfet de l'Essonne est motivée l'absence de circonstances humanitaires dont peut se prévaloir M. B, par la durée de son séjour en France depuis 2016 au plus, et par la menace qu'il représente pour l'ordre public fondée sur les faits signalés sur la presque totalité de son séjour en France, et sur sa condamnation pénale ainsi qu'il a été vu aux points 5 et 13. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ne peut qu'être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national, et que sa présence sur le territoire est constitutive d'une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, il ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires. Par suite, le préfet de l'Essonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le rejet des conclusions en annulation de l'arrêté préfectoral du 19 janvier 2024 entraîne par voie de conséquence le rejet des conclusions à fin d'effacement du signalement dans le système d'information Schengen ainsi que des conclusions à fin d'enjoindre le préfet à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, à l'effacement du signalement dans le système d'information Schengen ou encore au réexamen de sa situation.

D E C I D E :

Article 1er La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M.C B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M. E

La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400743

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