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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400815

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400815

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2024, le préfet des Yvelines demande au juge des référés :

1°) de modifier, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, l'article 1er de l'ordonnance n° 2310556 du 10 janvier 2024 ;

2°) de condamner M. A C aux entiers dépens.

Il soutient que :

- s'agissant du respect du principe du contradictoire, M. A C a été destinataire d'un courrier daté du 27 octobre 2023 et reçu le 2 novembre 2023, l'informant des griefs formulés, de la mesure de fermeture envisagée, du fondement légal de cette mesure et de la possibilité de présenter des observations jusqu'au 20 novembre 2023 ; l'intéressé a été reçu en sous-préfecture pour présenter des observations le 13 novembre 2023 ;

- l'arrêté du 6 décembre 2023 est suffisamment motivé ;

- aucune erreur de droit n'a été commise ; le fondement légal de la mesure est le 3ème alinéa de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique comme le précisait le courrier du 27 octobre 2023 ; si l'arrêté du 6 décembre 2023 vise l'article L. 3332-15 et notamment son point 2, cette mention ne peut qu'être regardée comme une simple erreur de plume ; l'arrêté est motivé par des troubles graves à l'ordre et à la moralité publique du fait des actes délictueux et le relation directe de ces faits avec les conditions d'exploitation et la fréquentation de l'établissement ; il est fondé en tout état de cause à solliciter une substitution de base légale de l'alinéa 2 par l'alinéa 3 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ;

- les faits évoqués dans l'arrêté du 6 décembre 2023 sont matériellement établis ; aucune disposition législative ou réglementaire ne lui imposait de communiquer le rapport de police du 25 octobre 2023 dont la communication n'a, au demeurant, pas été demandée ; la circonstance que M. A C n'a pas été lui-même mis en cause pénalement est sans incidence sur la mesure de fermeture dès lors qu'un trafic de stupéfiants se déroulait dans son établissement ;

- la mesure de fermeture administrative ne constitue pas une sanction déguisée ;

- les mesures préventives présentées par M. A C ne sont pas établies et n'ont pas été présentées lors de l'audition en sous-préfecture le 13 novembre 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, l'établissement " Le Vauxois " conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'élément nouveau produit par le préfet des Yvelines qui n'avait pas produit de mémoire en défense dans la précédente instance ; le rapport de police du 25 octobre 2023 avait été porté à la connaissance de la juridiction étant visé à deux reprises et repris dans les décisions de la sous-préfecture ; ce rapport ne constitue donc pas un élément nouveau ;

- les conclusions tendant à la modification de l'article 1er de l'ordonnance du 10 janvier 2024 sont irrecevables dès lors que le préfet ne précise pas la nature des modifications qu'il demande ;

- le préfet ne conteste pas la situation d'urgence dans lequel se trouve l'établissement ;

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- la motivation de l'arrêté ne permet pas de comprendre sur quelle base légale des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique l'arrêté a été pris ; la durée de fermeture est supérieure à la durée maximale prévue pour les fermetures prononcées sur le fondement de l'alinéa 2 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ; la substitution de base légale le priverait d'une garantie ;

- les troubles allégués ne sont pas matériellement établis ; il n'a jamais été en relation avec un trafic de stupéfiants et n'a aucun lien avec les individus qui ont été interpelés ; le rapport de police du 25 octobre 2023 n'apporte aucun élément probant ; il n'a jamais été entendu par les forces de police ; ce rapport est très vague sur l'implication de l'établissement ainsi que sur son gérant ; les ventes de stupéfiants étaient réalisées à l'extérieur de l'établissement ;

- la relation entre les faits et la fréquentation et les conditions d'exploitation n'est pas établie ; le rapport du 25 octobre 2023 ne le démontre pas et emploie le conditionnel ; le " point de deal " démantelé ne se situait pas au sein de l'établissement mais à proximité ; le préfet n'a jamais pu démontrer le lien entre l'établissement et le trafic de stupéfiants ;

- le trafic de stupéfiants ayant été démantelé, la mesure de fermeture n'est pas justifiée ;

- des mesures préventives ont été prises ;

- la durée de fermeture présente un caractère disproportionné.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance de la juge des référés du tribunal administratif de Versailles n° 2310556 du 10 janvier 2024 ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Traore, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu :

- les observations de M. B, représentant le préfet des Yvelines, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et insiste sur le rapport de police du 25 octobre 2023 qui fait état d'un trafic de stupéfiants au sein de l'établissement " Le Vauxois " et ajoute que s'il est fait état de la mise en place d'un système de caméras au sein de l'établissement, aucune demande d'autorisation n'a été fait en ce sens conformément aux dispositions du code de la sécurité intérieure ;

- les observations de Me Liénard-Léandri, représentant l'établissement " Le Vauxois ", en présence de M. A C, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans son mémoire en défense et qui conteste que le rapport de police constitue un élément nouveau et souligne que le rapport ne contient aucun élément affirmatif mais n'émet que des possibilités et qu'aucun trafic n'a jamais été constaté au sein même de l'établissement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 15h57.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ".

2. Par un arrêté n° 78-2023-11-24-00003 notifié le 6 décembre 2023, le préfet des Yvelines a prononcé la fermeture de l'établissement " Le Vauxois " pour une durée de trois mois. Saisi par l'établissement sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la juge des référés du tribunal administratif de Versailles, estimant que l'urgence était justifiée et que le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en considérant que les troubles à l'ordre public étaient en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation était propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de décision, a, par une ordonnance n° 2310556 du 10 janvier 2024, suspendu l'exécution de cette mesure de fermeture. Par la présente requête, le préfet des Yvelines demande à la juge des référés, de modifier l'article 1er de cette ordonnance sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

3. A l'appui de sa demande, le préfet des Yvelines fait valoir qu'il produit le rapport de police émanant du CSP Les Mureaux du 25 octobre 2023 qui constitue un élément nouveau et qui confirme le lien entre l'établissement " Le Vauxois " et le démantèlement d'un important trafic de stupéfiants qui a conduit les forces de l'ordre à la saisie de plus de trois kilos de résine de cannabis et à plus de six mille euros en espèce. Toutefois, ce rapport qui fait état de l'existence d'un " point de deal situé à proximité du bar Le Vauxois ", n'indique à aucun moment que ces saisies auraient été faites au sein de l'établissement " Le Vauxois ", et mentionne seulement qu' " il apparaissait que le gérant avait des liens avec certains des protagonistes qui fréquentaient de façon régulière son établissement sans toutefois pouvoir établir qu'il avait connaissance leur activité illicite " et qu' " il n'a pas été possible d'effectuer des surveillances dans le bar mais les allers et venues des vendeurs-clients pouvaient laisser à penser que des échanges aient pu avoir lieu au sein même du débit de boissons ". Eu égard aux termes employés par ce rapport, et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de relation entre les atteintes à l'ordre public et la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation est toujours de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de fermeture administrative dont l'établissement " Le Vauxois " demande la suspension. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, la requête du préfet des Yvelines doit être rejetée.

Sur les frais de l'instance :

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais liés à l'instance exposés par l'établissement " Le Vauxois " en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du préfet des Yvelines est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à l'établissement " Le Vauxois " la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet des Yvelines et à l'établissement " Le Vauxois ".

Fait à Versailles, le 9 février 2024.

La juge des référés,

Signé

J. Sauvageot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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