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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400833

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400833

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLAMANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023 au tribunal administratif de Paris, transmise au greffe du tribunal administratif de Versailles par ordonnance du président du tribunal administratif de Paris en date du 26 janvier 2024, et un mémoire complémentaire enregistré au tribunal administratif de Versailles le 13 mars 2024, M. F E, représenté par Me Lamandé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 25 octobre 2023 par lesquels le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- Ces arrêtés sont entachés d'incompétence, d'insuffisante motivation et le préfet n'a procédé à aucun examen sérieux pour affirmer qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ;

- La décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, car il craint pour sa vie en cas de retour au Sri Lanka, sa mère et ses frères se sont réfugiés en France, où ils sont en situation régulière, ainsi que son fils, et il a une habitation en France, où il est hébergé chez sa mère ; il a fait une demande de régularisation le 16 décembre 2022, il travaille ;

- La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, car il n'a pas caché son identité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL CENTAURE AVOCATS, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les arrêtés ont été signés par une autorité compétente, sont parfaitement motivés et justifiés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 septembre 2023, en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme D, en présence de Mme A, interprète ;

- les observations de Me Lamandé, représentant les intérêts de M. E, non-présent, qui fait valoir que les décisions du préfet ont méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la CEDH, car il est en danger dans son pays, qu'il ne représente aucun danger pour l'ordre public, que sa famille est en France où il travaille ;

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F E, ressortissant sri lankais né le 1er octobre 1967 à Jaffna (Sri Lanka), demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés du 25 octobre 2023 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés attaqués :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00071 du 23 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2023-466 du même jour de la préfecture de police de Paris, M. B C, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans les arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire doit être écarté.

5. En second lieu, les arrêtés en litige visent les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, ces arrêtés comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de ces arrêtés, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E, avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, notamment parce () qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ().".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 30 novembre 2016. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de regarder comme établi le risque que M. E se soustraie à la nouvelle obligation de quitter le territoire français. Le préfet de police de Paris a ainsi pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. E.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si le requérant fait valoir qu'il vit en France au domicile de sa mère, qui est en situation régulière, ainsi que ses frères et son fils, également réfugié statutaire, il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu dans son pays au moins jusqu'à l'âge de 45 ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. E, qui se maintient irrégulièrement en France depuis 2016 en dépit d'une précédente mesure d'éloignement.

10. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Si M. E, dont la demande tendant à l'obtention du statut de réfugié a été définitivement rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 12 février 2016, notifiée le 23 février 2016, confirmée par la cour nationale du droit d'asile par décision du 2 septembre 2018, notifiée le 19 septembre 2018, soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E:

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

Ch. D Le greffier,

Signé

J.Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400833

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