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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400947

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400947

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantNALLAN POULBASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février et 15 mars 2024, M. B A, représenté par Me Nallan Poulbassia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, un titre de séjour " salarié ", ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour " salarié " et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir général de régularisation que détient le préfet et méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens y soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, qui déclare être entré en France en février 2016 à l'âge de vingt ans, a sollicité le 23 mars 2023 la délivrance d'un certificat de résidence algérien, sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 27 décembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont il est fait application et expose de manière suffisamment précise la situation familiale et professionnelle du requérant. Ainsi, alors que le préfet n'est pas tenu de rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde pour permettre à son destinataire de comprendre les motifs de la décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté. Il ne ressort pas davantage de ses motifs ou des autres pièces du dossier qu'avant de statuer le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

3. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance des cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. En l'espèce, après avoir rappelé l'impossibilité pour les ressortissants algériens de se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiqué que M. A ne remplissait pas les conditions prévues à l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, le préfet des Yvelines a examiné la demande d'admission au séjour présentée par l'intéressé dans le cadre de son pouvoir de régularisation. Pour rejeter cette demande de titre de séjour en qualité de salarié, le préfet des Yvelines, après avoir relevé que l'intéressé a produit une demande d'autorisation de travail établie le 27 février 2023 par son employeur pour un emploi de serveur en contrat à durée indéterminée à temps complet et des bulletins de paie depuis octobre 2020 auprès de ce même employeur, s'est fondé sur la circonstance, d'une part, que M. A a travaillé sous couvert d'une fausse carte d'identité italienne et, d'autre part, qu'il ne justifie pas d'une ancienneté de travail suffisamment établie. Si le requérant fait valoir que l'appréciation ainsi portée par le préfet sur sa situation est entachée d'une erreur manifeste, son ancienneté alléguée de séjour en France de huit ans à la date de l'arrêté attaqué, ainsi que l'exercice d'une activité professionnelle en qualité de serveur durant trois années ne sauraient toutefois être regardées comme des circonstances justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines, dont il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ce second motif qui suffisait à lui seul à justifier sa décision, n'a pas, en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, commis d'erreur manifeste d'appréciation. Il résulte par ailleurs de ce qui précède que le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile inapplicables aux ressortissants algériens.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. A, célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans et où résident ses parents et sa fratrie selon les déclarations qu'il a faites lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Il n'établit pas davantage que l'état de santé de sa tante qui l'héberge et la situation familiale de l'intéressée rendent indispensable sa présence à ses côtés. Il ne justifie d'aucune insertion sociale particulière autre que l'insertion professionnelle dont il se prévaut. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations mentionnées au point 5 doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement doit être écarté, de même que celui tiré du défaut d'examen de la situation du requérant.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, présentés à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4 et 6 du présent jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

B. Maitre La greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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