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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400990

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400990

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAINTE FARE GARNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. B A, représenté par Me Sainte Fare Garnot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé son admission au séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans l'attente de la décision à intervenir au fond ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision du préfet de l'Essonne le place en situation irrégulière ce qui met en péril la conservation de ses droits et la poursuite du CAP en maintenance de véhicules qu'il a intégré en septembre 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté querellé en ce que sa situation personnelle n'a pas été sérieusement examinée dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour " étudiant ", qu'il n'est pas motivé dès lors que sa demande de titre de séjour " étudiant " n'est pas mentionnée, que l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu et qu'il est entaché d'une erreur de droit car que le préfet n'a pas examiné les trois critères posés par cet article en n'examinant pas sa situation globale, qu'il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation car malgré ses réorientations il justifie d'une inscription en formation professionnalisante depuis 2022/2023, enfin que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu car s'il ne dispose pas de famille en France il y a toutefois des attaches personnelles et professionnelles.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, le préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que :

- le requérant ne démontre pas que sa scolarité au titre de l'année 2023/2024 ait pris fin et que l'employeur aurait suspendu ou mis un terme à son contrat en raison de sa situation administrative ;

- le requérant n'a jamais déposé de demande de titre de séjour en qualité d'étudiant ; s'il se prévaut d'un courrier en date du 29 mars 2023, il ne justifie pas l'envoi par le biais d'un AR auprès des services de la préfecture ; la décision querellée est motivée en fait comme en droit ; l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le requérant n'a pas justifié suivre un parcours professionnalisant depuis au moins six mois ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'a pas été davantage méconnu car il est célibataire sans enfant.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2400838 par laquelle le requérant demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 février 2024 à 14 heures, tenue en présence de Mme Traore, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les observations de Me Sainte Fare Garnot, représentant M. A, et qui a également présenté des observations en faisant valoir qu'il y a une urgence à suspendre la décision en litige dès lors que le requérant risquait de ne pas être en mesure de poursuivre sa scolarité ; en outre, sa situation n'avait pas été sérieusement examinée car il a en parallèle, par un courrier en mars 2023 envoyé en AR, sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant et que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 12.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 31 mars 2004, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Le requérant justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, dès lors, en application des dispositions précitées, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels le juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre M. A, en application des dispositions précitées, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et globalement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en prenant en considération l'intérêt général qu'il peut y avoir à maintenir le caractère exécutoire de cette décision.

6. Si M. A soutient que la décision en litige de refus de titre de séjour du 10 novembre 2023 dont il demande la suspension a pour effet de le placer en situation irrégulière et serait de nature par voie de conséquence à compromettre la poursuite de son contrat d'apprentissage à réaliser dans le cadre de sa première année de CAP " maintenance des véhicules " au centre de formation VSM CFA à Gennevilliers pour laquelle il justifie de son inscription au titre de l'année scolaire 2023-2024, il ne produit toutefois aucun document à l'appui de cette allégation et, en tout état de cause, ne verse aucun élément de nature à démontrer que son employeur aurait entamé à son encontre, de manière effective et concrète, une procédure de suspension ou de rupture de son contrat d'apprentissage, ni même qu'une telle procédure serait susceptible d'être engagée eu égard à sa situation administrative. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

7. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués tel que récapitulés dans les visas de la présente ordonnance, n'est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé à M. A son admission au séjour.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté contesté du 10 novembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 500 euros que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 27 février 2024.

Le juge des référés, La greffière,

signé signé

P. Fraisseix S. Traore

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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