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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401043

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401043

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantKUCHLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2024 au tribunal administratif de Versailles, Mme E C A, alors détenue à la maison d'arrêt de Fleury Mérogis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'elle fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme C A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience d'audience ;

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Gérard, avocate désignée d'office représentant Mme C A, assistée de Mme B, interprète en langue espagnole, qui soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ne possède plus d'attaches à Cuba, s'est extraite d'un réseau de prostitution, entretient une relation sentimentale avec une femme depuis de nombreuses années et n'a commis que des infractions guidées par un état de nécessité,

-le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante cubaine née le 26 novembre 1972, a déclaré être entrée sur le territoire français en 2016 sans être en possession des documents exigés par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 28 mai 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 30 janvier 2020. Mme C A, qui s'est ensuite maintenue sur le territoire sans solliciter la régularisation de sa situation, a été condamnée à 11 reprises par le tribunal correctionnel pour des faits de vol ou vol en réunion. En dernier lieu, elle a été condamnée par le tribunal correctionnel de Paris le 6 juin 2023 à six mois d'emprisonnement pour vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, récidive. Par un jugement n° 2106773 du 9 octobre 2023, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté pris le 9 juillet 2021 par lequel le préfet de Police l'a obligée à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois. Par un arrêté du 26 janvier 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'elle fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Si Mme C A, qui est entrée en France à l'âge de 44 ans, célibataire et sans charge de famille, expose ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine et nourrir une relation de longue date avec une compagne sur le territoire français, il résulte toutefois de ses déclarations consignées dans le procès-verbal établi en enquête de flagrance le 4 juin 2023 qu'elle conserve trois frères et deux sœurs dans son pays d'origine et partage son domicile avec des personnes qui ne sont pas toujours les mêmes. De plus, la requérante ne justifie d'aucune tentative d'insertion professionnelle ou sociale sur le sol français, se bornant à faire valoir un état de misère pour expliquer un comportement caractérisé par la commission de vols de manière répétée. Enfin, la nature comme l'intensité de ses liens d'ordre personnel développés sur le territoire n'est nullement démontrée. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision du préfet de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. En l'espèce, la demande d'asile de Mme C A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 janvier 2020. Si l'intéressée fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa personne eu égard aux menaces dont il pourrait faire l'objet à Cuba, elle ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle le retour à Cuba. Par suite, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1: La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de l'Essonne

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

M.D La greffière

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au Préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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