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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401054

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401054

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401054
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHASTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2024, qui n'a pas été communiquée, la commune de Poissy, représentée par Me Laborde, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'autoriser, ainsi que la société CMEG, en charge des travaux de démolition d'un immeuble sis 5 et 7 rue des Grands Champs, et tout sous-traitant, à occuper pendant un délai de deux mois la parcelle cadastrée section BE n° 333 sise 1 à 3, rue des Grands Champs et 12 à 18, avenue Fernand Lefebvre à Poissy afin d'y installer deux échafaudages sur pieds sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre solidairement à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence des Grands Champs à Poissy et Mme C et M. A B la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le juge des référés est compétent dès lors que l'opération de démolition s'inscrit dans une opération de travaux publics et la construction d'un conservatoire de musique, de danse et d'art dramatique ; la parcelle en cause étant close, les dispositions favorables de la loi du 29 décembre 1892 ne sont pas applicables ;

- la condition d'urgence est satisfaite, car le chantier est suspendu depuis le 18 décembre 2023, engendrant un important préjudice financier, en raison de l'attitude des défendeurs qui empêchent par leurs exigences la signature d'une convention de servitude de tour d'échelle, recherchée depuis le mois d'août 2023 ; la pose des échafaudages était prévue pour le 3 octobre 2023.

Le syndicat des copropriétaires de la résidence des Grands Champs à Poissy et M. et Mme B ont produit un mémoire le 10 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 29 décembre 1892 relative aux dommages causés à la propriété privée par l'exécution des travaux publics ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aux termes de l'article 2 de loi du 29 décembre 1892 relative aux dommages causés à la propriété privée par l'exécution des travaux publics : " Aucune occupation temporaire de terrain ne peut être autorisée à l'intérieur des propriétés attenantes aux habitations et closes par des murs ou par des clôtures équivalentes, suivant les usages du pays. " Aux termes de l'article 3 de la même loi : " Lorsqu'il y a lieu d'occuper temporairement un terrain, soit pour en extraire ou ramasser des matériaux, soit pour y fouiller ou y faire des dépôts de terre, soit pour tout autre objet relatif à l'exécution de projets de travaux publics, civils ou militaires, cette occupation est autorisée par un arrêté du préfet, indiquant le nom de la commune où le territoire est situé, les numéros que les parcelles dont il se compose portent sur le plan cadastral, et le nom du propriétaire. ".

3. Saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En particulier, le juge des référés peut, pour prévenir ou faire cesser un dommage imputable à des travaux publics ou à un ouvrage public, enjoindre au responsable du dommage de prendre des mesures conservatoires destinées à faire échec ou mettre un terme à des dangers immédiats, en l'absence de contestation sérieuse tant sur l'imputabilité du dommage à ces travaux publics ou l'ouvrage public que sur la faute que commet la personne publique en s'abstenant, hors toute justification par un motif d'intérêt général ou par les droits des tiers, de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets.

4. La commune de Poissy, pour demander au juge des référés de l'autoriser à occuper pendant deux mois la parcelle cadastrée section BE n° 333 sise 1 à 3, rue des Grands Champs et 12 à 18, avenue Fernand Lefebvre à Poissy pour y installer deux échafaudages dans le cadre de travaux de démolition d'un immeuble riverain lui appartenant, soutient qu'elle ne peut recourir aux dispositions de l'article 3 de loi du 29 décembre 1892 et que le syndicat des copropriétaires de la résidence des Grands Champs à Poissy entrave la signature d'une convention de servitude de tour d'échelle en exigeant l'insertion d'une clause " pénale " qu'elle ne peut accepter, ce qui entraîne un retard important dans la réalisation des travaux de construction d'un conservatoire de musique de danse et d'art dramatique. Il résulte toutefois de l'instruction que les discussions engagées en août 2023 avec le syndic de la copropriété n'apparaissent ni achevées ni bloquées à la date de la présente ordonnance, le dernier échange du 5 février 2024 ne laissant pas transparaître une opposition du syndicat des copropriétaires à la signature d'une telle convention. Si la commune fait valoir que l'insertion d'une clause pénale empêchait la poursuite des discussions, il résulte des échanges de courriel qu'elle produit qu'elle était déjà évoquée dans un courriel du conseil du syndicat en date du 24 novembre 2023 et la commune ne justifie pas du motif pour lequel une telle clause rendrait impossible la signature d'une convention de servitude. Enfin, il résulte des échanges de courriels entre le conseil du syndicat de copropriété et la commune que cette dernière a mis plus de deux mois à répondre à la dernière interrogation du syndicat, qui lui a été adressée le 24 novembre 2024 après le retrait de la clause pénale figurant dans le projet envoyé le 13 novembre 2023 par le syndicat. En l'état de l'instruction, la commune de Poissy ne justifie donc ni de l'urgence ni de l'utilité de la mesure qu'elle demande. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions présentées par la commune de Poissy sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, et par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de la commune de Poissy est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Poissy.

Copie en sera adressée au syndic de copropriété de la résidence des Grands Champs et à M. et Mme B.

Fait à Versailles, le 13 février 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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