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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401069

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401069

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantEWANE MOTTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 et 22 février 2024, M. B D, représenté par Me Ewano Motto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024, par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans, avec signalement dans le système d'information de Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du préfet de l'Essonne une somme de 1 500 euros.

Il soutient que la décision en litige :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'elle ne comprend aucun élément sur sa vie personnelle, notamment sur la présence en France de sa femme et de son fils qui bénéficient de la protection internationale ;

- n'a pas été prise dans des conditions respectant le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations sur une éventuelle obligation de quitter le territoire français en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et que notamment l'arrêté de reconduite à la frontière du préfet du Val-de-Marne de 2018 a été annulé par le tribunal administratif de Melun en 2019, qu'il s'est marié en 2022 et que le couple a eu un enfant en décembre 2023 ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté de son séjour et de son activité professionnelle au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est en France depuis 2014 et qu'il a entrepris à de multiples reprises de régulariser sa situation;

- l'administration n'est pas en situation de compétence liée pour refuser un titre de séjour et le préfet n'a pas vérifié la conformité de sa décision aux dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait les dispositions des articles L.423-11 et L.423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 5 de la directive du 16 décembre 2008.

Par un mémoire, enregistré le 20 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 20 novembre 1989 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative

La présidente du tribunal a désigné M. A, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions des articles R. 776-13-1 à R.776-28 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 ont été entendus, en présence de M. Rion, greffier,

- le rapport de M. A ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant camerounais, né le 8 mars 1984 à Ndoungué (Cameroun), entré en France en 2014 selon ses déclarations, a fait l'objet, le 6 février 2024 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai fixant le pays de destination avec interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans et signalement dans le système d'information de Schengen par le préfet de l'Essonne. Par sa requête, il demande l'annulation de ces décisions.

2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'audition de M. D par un agent de police judiciaire, en date du 6 février 2024, que le requérant a déclaré s'être marié en France en 2022 à une ressortissante camerounaise titulaire d'un titre de séjour et que le couple était parent d'un fils né en décembre 2023. Il a précisé être locataire d'un appartement dont il a donné l'adresse précise à Corbeil-Essonnes et le montant du loyer mensuel. A l'appui de sa requête, M. D fournit une facture EDF de janvier 2023 au nom de son épouse, la copie intégrale de l'acte de mariage de la mairie de Corbeil-Essonnes, le livret de famille mentionnant la naissance de l'enfant Eding en décembre 2023, la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 28 octobre 2016 plaçant son épouse, Mme E C sous protection administrative et juridique de l'OFPRA, la carte de résident de son épouse valable jusqu'en décembre 2026. En outre, dans ses écritures, M. D fait état du jugement n° 1901510 du 5 avril 2019 par lequel le tribunal administratif de Melun a annulé la décision du préfet du Val-de-Marne du 22 novembre 2018 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

3. Ainsi au vu de ce qui précède, en considérant d'une part que M. D, a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français dont celle du préfet du Val-de-Marne du 22 novembre 2018, et qu'ainsi M. D ne présentait pas de garanties de représentations suffisantes et qu'il s'était soustrait à plusieurs mesures de reconduite à la frontière alors que l'une de ces deux décisions a été annulée par la juridiction administrative et que d'autre part il déclarait s'être marié et être père d'un enfant sans toutefois justifier de son état civil ni de son lieu de résidence et que compte tenu de circonstances de l'espèce, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D à sa vie privée et familiale, le préfet de l'Essonne a entaché son arrêté d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement mais seulement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de l'Essonne ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. D et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de l'y enjoindre dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 février 2024, par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation administrative de M. D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à M D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M A

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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