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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401092

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401092

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAKMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2024, M. C H G, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet de l'Essonne, rectifiant les dispositions des articles 3 et 4 de l'arrêté du 27 novembre 2023, a décidé qu'il pourrait être reconduit d'office à destination de son pays d'origine, la Russie, ou de tout autre pays dans lequel il serait admissible, notamment la Pologne, dans lequel il est admis à séjourner ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer, sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur de base légale, la procédure prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant applicable ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision elle-même illégale ;

- cette décision, en tant qu'elle fixe la Pologne comme pays de renvoi, est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier, notamment celles produites par le requérant le 15 février 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Milon, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2024 qui s'est tenue en présence de M. A :

- le rapport de Mme Milon ;

- les observations de Me Akman, représentant M. G, présent, qui maintient les conclusions et moyens de la requête et soutient, en outre, d'une part, que l'arrêté attaqué est entaché d'une irrégularité dès lors qu'il lui a été notifié avant la notification du courrier l'informant de la possibilité de présenter des observations ; d'autre part, le recours qu'il a formé devant la Cour nationale du droit d'asile est suspensif de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui retirant le bénéfice du statut de réfugié ; enfin, l'arrêté porte atteinte à sa vie privée et familiale dès lors qu'il est père de six enfants, de nationalité française, avec lesquels il réside, avec sa compagne, et qu'il est, par ailleurs, père de six autres enfants ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C H G, ressortissant russe d'origine tchétchène né en 1991, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 rectifiant les dispositions des articles 3 et 4 de l'arrêté du 27 novembre 2023, par lequel le préfet de l'Essonne a décidé qu'il pourrait être reconduit d'office à destination de son pays d'origine, la Russie, ou de tout autre pays dans lequel il serait admissible, notamment la Pologne, dans lequel il est admis à séjourner.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-003 du 4 janvier 2024, le préfet de l'Essonne a donné délégation de signature à M. E D, directeur de l'immigration et de l'intégration à l'effet de signer, notamment, les décisions relevant des attributions du ministère de l'intérieur. Cet arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. E D, délégation de signature est notamment donnée, dans la limite des attributions relevant du bureau de l'éloignement du territoire, au chef de ce bureau et, en l'absence ou en cas d'empêchement de ce dernier, à Mme F B, attachée d'administration, adjointe au chef de bureau de l'éloignement du territoire. Le requérant n'établissant pas que les autres délégataires n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

4. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossiers que M. G n'a été mis en mesure de formuler des observations concernant la décision litigieuse que postérieurement à la notification de celle-ci. Toutefois, M. G se borne à soutenir qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations sur cette décision, sans faire valoir qu'il aurait disposé d'informations pertinentes, tenant notamment à sa situation personnelle, qui, si elles avaient pu être portées, à temps, à la connaissance de l'administration, auraient été de nature à influencer le contenu de la décision prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en particulier du droit d'être entendu au préalable, doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ".

7. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

9. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué par M. G que celui-ci aurait demandé à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne dans lequel il est admis à séjourner, alors, d'ailleurs, que celui-ci conteste l'arrêté attaqué dont l'objet est précisément de modifier l'arrêté du 27 novembre 2023 en tant que celui-ci fixait comme pays de destination la Russie et non précisément la Pologne. Dès lors, au vu des principes énoncés aux points 7 et 8 ci-dessus, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions précitées de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, si M. G excipe de l'illégalité de la décision du 27 novembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français, sur le fondement de laquelle est pris l'arrêté attaqué, il se borne à invoquer, d'une part, la méconnaissance, par cette décision, des dispositions précitées de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il résulte de ce qui a été dit au point précédent que ce moyen n'est pas fondé. S'il fait valoir, d'autre part, qu'il a formé devant la Cour nationale du droit d'asile un recours contre la décision du 28 juillet 2016 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) lui a retiré le bénéfice du statut de réfugié, il ressort des pièces du dossier que ce recours, daté du 8 février 2024, est postérieur à l'édiction de l'arrêté du 27 novembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, dont l'arrêté attaqué a pour objet de modifier les dispositions relatives au pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En dernier lieu, si M. G fait valoir qu'il serait père de six enfants, de nationalité française, avec lesquels il résiderait, avec sa compagne, et qu'il serait, par ailleurs, père de six autres enfants, il ne justifie aucunement de liens avec ces prétendus membres de famille. Par suite, l'arrêté attaqué, en tant qu'il modifie le précédent arrêté du 27 novembre 2023 en fixant la Russie ou la Pologne comme pays de renvoi en cas d'exécution d'office, ne peut être regardé comme portant au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C H G et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 15 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. Milon

Le greffier,

signé

T. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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