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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401125

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401125

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBORDESSOULE DE BELLEFEUILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire enregistrés le 9 février 2024, M. B D, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Plaisir, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est illégal dès lors qu'il se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale, faute d'avoir été notifiée ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet des Yvelines a produit des pièces le 11 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Milon, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2024, qui s'est tenue en présence de M. A :

- le rapport de Mme Milon, qui a informé les parties que le jugement était susceptible d'être rendu après substitution d'office de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'article L. 612-8 du même code, sur la base duquel a été pris l'arrêté attaqué ;

- les observations de Me Bordessoule de Bellefeuille, représentant M. D, présent et assisté de M. F, qui maintient les conclusions et moyens de la requête en faisant valoir, en particulier, que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne lui a pas été notifiée et soutient, en outre, que la menace pour l'ordre public n'est pas établie, alors qu'il respecte les modalités de son contrôle judiciaire depuis trois ans ;

- et les observations de Me Hacker, représentant le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir notamment que la menace pour l'ordre public est établie au vu des condamnations pénales prononcées à l'encontre de l'intéressé et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. D s'étant vu retirer l'autorité parentale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né en 1997 à Lisbonne (Portugal), déclare être entré sur le territoire français en septembre 2018, muni d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 24 novembre 2023, le préfet des Yvelines a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. Par un arrêté du 8 février 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

2. En premier lieu, par un arrêté n°78-2023-10-12-00001 du 12 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines le même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation à M. C E, directeur des migrations, à l'effet de signer les arrêtés tels que celui en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle du requérant en énonçant notamment que celui-ci a été condamné le 1er avril 2021 par le tribunal correctionnel de Digne à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de " violence sans incapacité en présence d'un mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et de " menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire " et qu'il a en outre été condamné le 2 novembre 2021 à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence par une personne en état d'ivresse. Enfin, l'arrêté relève que l'autorité parentale a été retirée à M. D, qui est séparé de son épouse, et qu'une interdiction de paraître au domicile familial a été prise à son encontre. Dès lors, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'absence de notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. D est sans incidence sur sa légalité. Par suite, telle qu'elle est invoquée par le requérant, l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, n'entache pas d'illégalité la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

6. En quatrième lieu, au vu des condamnations pénales prononcées à son encontre et rappelées au point 4 ci-dessus, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. D représente une menace pour l'ordre public, alors même que ce dernier respecterait les modalités de son contrôle judiciaire. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant sur ce point l'arrêté attaqué manque donc en fait.

7. En dernier lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué, précédemment rappelés, et non contestés, que plusieurs condamnations pénales ont été prononcées à l'encontre de M. D, qui déclare être entré en France en 2018. Il en ressort également que celui-ci se déclare célibataire et que l'autorité parentale sur ses enfants lui a été retirée par une décision de justice. S'il se prévaut de la présence, en France, de sa sœur, qu'il dit être de nationalité française, et de son frère, qu'il dit être titulaire d'une carte de résident, avec lesquels il entretiendrait des liens réguliers, M. D n'en justifie aucunement. Par suite, et à supposer même que M. D aurait suivi des études en France et y exercerait une activité professionnelle, ce qui n'est pas davantage établi, la décision portant interdiction de retour en France durant une période de trois ans n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté doit être écarté, pour les mêmes motifs.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Yvelines.

Lu en audience publique le 15 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. Milon

Le greffier,

signé

T. A

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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