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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401128

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401128

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROCHEFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2024, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de l'académie de Versailles demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. D A C du logement qu'il occupe sans droit, ni titre, et la restitution des clefs du logement et de la boîte aux lettres et du badge d'accès dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de M. A C la somme de 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'occupation irrégulière des lieux fait obstacle à ce que ce logement soit attribué à un autre étudiant et porte atteinte à la continuité et au bon accomplissement du service public administratif dont le CROUS a la charge ;

- l'intéressé a vu son droit d'occupation abrogé à compter du 1er décembre 2023 par une décision du 10 novembre 2023 et est donc occupant sans droit ni titre depuis cette date ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, en l'absence d'occupation régulière.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, M. A C représenté par Me Rochefort, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que soit mise à la charge du CROUS de Versailles la somme de 2 500 euros à verser à Me Rochefort en application des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa dette est très mesurée et n'est due qu'à de graves difficultés personnelles et familiales ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse dès lors que la décision du 10 novembre 2023 méconnaît l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle vient abroger rétroactivement son droit d'occupation ; l'abrogation est intervenue au-delà du délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ; qu'il a forcément transmis les documents demandés en temps utile pour avoir les clefs du logement ; la décision du 10 novembre 2023 est en réalité un retrait du droit d'occupation, mais sans mise en demeure préalable et sans recueil des observations préalablement au retrait, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du même code.

Vu les autres pièces du dossier et notamment celles produites par M. A C et communiquées au CROUS au cours de l'audience.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 juillet 1970 relatif au régime d'occupation et conditions financières du séjour des étudiants admis dans une résidence universitaire ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique du 23 avril 2024, Mme Rollet-Perraud a lu son rapport et entendu :

- les observations de Mme B, représentant le CROUS de l'académie de Versailles qui se désiste des conclusions aux fins d'astreinte et maintient ses moyens ; elle soutient en outre qu'en application de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et les administrations, la décision d'admission pouvait être abrogée dès lors qu'une condition n'était plus remplie ;

- et les observations de Me Rochefort représentant M. A C qui fait valoir que ses difficultés financières résultent de la suspension de son contrat de travail liée aux difficultés qu'il a rencontrées pour obtenir son titre de séjour et qu'il a besoin d'une situation de logement stable afin de pouvoir passer ses examens de fin d'année.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée le 23 avril 2024 pour M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 14 juin 2023, la directrice du CROUS de l'académie de Versailles a admis M. A C dans un logement situé dans la résidence universitaire Le Dragueur à Evry pour la période du 1er septembre 2023 au 31 août 2024. L'intéressé occupe un logement dans cette résidence depuis le 21 avril 2022. Par une décision du 10 novembre 2023, la directrice générale du CROUS de l'académie de Versailles a prononcé l'abrogation, à compter du 1er décembre 2023, de la décision attribuant un logement à M. A C au sein de cette résidence au titre de l'année universitaire 2023/2024. Par la présente requête, le CROUS de l'académie de Versailles, après avoir adressé une mise en demeure à l'intéressé, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A C du logement qu'il occupe.

Sur le désistement :

2. Le CROUS de l'académie de Versailles a déclaré à l'audience se désister de ses conclusions aux fins d'astreinte. Ce désistement partiel est pur et simple et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public.

4. Les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) sont des établissements publics à caractère administratif chargés de remplir une mission de service public en vertu des articles L. 822-1, R. 822-1 et R. 822-9 du code de l'éducation, en accordant notamment, par décision unilatérale, des logements aux étudiants. Même dans le cas où une résidence universitaire ne peut pas être regardée comme une dépendance du domaine public, toute demande d'expulsion du CROUS vise à assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public dont il a la charge. Un litige relatif à l'expulsion d'une personne d'un logement universitaire situé dans une résidence gérée par un CROUS relève, par suite, de la compétence de la juridiction administrative.

5. Ainsi qu'il a été dit plus haut, par une décision du 10 novembre 2023, la directrice générale du CROUS de l'académie de Versailles a prononcé l'abrogation, à compter du 1er décembre 2023, de la décision attribuant un logement à M. A C. D'une part, en se prévalant de la méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration qui soumet à conditions l'abrogation et le retrait des décisions créatrices de droits, alors que la décision d'admission du 14 juin 2023 est, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 21 juillet 1970, précaire et révocable, et de l'article L. 122-1 du même code alors qu'il ne conteste pas n'avoir pas honoré deux rendez-vous téléphoniques qui lui avaient été fixés préalablement à la décision du 10 novembre 2023, M. A C ne justifie pas de ce que la demande du CROUS se heurterait à une contestation sérieuse. D'autre part, le maintien irrégulier de l'intéressé interdisant de proposer son logement universitaire à d'autres étudiants, notamment boursiers, en attente d'un logement, il y a utilité et urgence à ordonner son expulsion.

6. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à M. A C ainsi qu'à tout occupant de son chef d'évacuer le logement qu'il occupe au sein de la résidence universitaire mentionnée ci-dessus, et de restituer les clefs du logement et de la boîte aux lettres et le badge d'accès, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, à défaut, d'autoriser le CROUS à faire procéder à son expulsion en sollicitant, en tant que de besoin, le concours de la force publique. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du CROUS de l'académie de Versailles présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins d'astreinte du CROUS de l'académie de Versailles.

Article 2 : Il est enjoint à M. A C ainsi qu'à tout occupant de son chef, d'évacuer le logement qu'il occupe au sein de la résidence universitaire Le Dragueur à Evry, et de restituer les clefs du logement et de la boîte aux lettres et le badge d'accès, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. À défaut pour lui de déférer à cette injonction, le CROUS de l'académie de Versailles pourra faire procéder à son expulsion des lieux en sollicitant, en tant que de besoin, le concours de la force publique.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au centre régional des œuvres universitaires et scolaires de l'académie de Versailles et à M. D A C.

Fait à Versailles, le 26 avril 2024.

La juge des référés,

signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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