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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401140

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401140

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantVINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 9 février et le 20 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Galmot, actuellement incarcérée à la maison d'arrêt de Versailles depuis le 7 février 2024, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français, sans délai, à destination de son pays d'origine ou du pays dans lequel elle est légalement admissible, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée d'un an en l'informant qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- a été signée par une personne incompétente ;

- elle est entachée de violation du contradictoire dans la procédure préalable dès lors qu'elle n'a pas pu faire valoir ses observations sur une éventuelle obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée de violation des principes de présomption d'innocence et du droit à un recours effectif en ce qu'elle a pour effet de réduire ses chances de mise en liberté et placement sous contrôle judiciaire pendant l'instruction ;

la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a délégué M. Crandal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application des articles R. 776-14 à R. 776-34 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 ont été entendus, en présence de M. Rion, greffier,

- le rapport de M. Crandal ;

- Me Galmot représentant Mme C, présente, qui a maintenu ses conclusions par les mêmes moyens et qui a souligné d'une part que Mme C était présente en France depuis deux ans et travaillait en tant qu'assistante familiale chargée de garder des enfants mais n'était pas en mesure de le prouver et d'autre part, l'absence de caractère exécutoire des décisions contestées au regard des délais prévisibles de l'instruction criminelle, ce qui avait pour seul effet de porter atteinte à ses droits à la libération conditionnelle ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 28 février 1983 à Sidi Moussa (Algérie), a été placée en détention provisoire le 7 février 2024 à la maison d'arrêt des femmes de Versailles, pour des faits d'empoisonnement et d'usage de faux. Par un arrêté du 7 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont elle possède la nationalité ou tout autre pays où elle est légalement admissible, a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an avec inscription dans le système d'information Schengen. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale est écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°2023-078 du 4 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, d'une délégation du préfet à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de renvoi et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est pas soutenu que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une personne incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition du 6 février 2024 de Mme C que l'intéressée, en présence de son avocat, a été expressément invitée à formuler des observations sur les conséquences administratives de sa situation irrégulière sur le sol français et qu'elle a pu y exposer tous les éléments utiles à l'appréciation de sa situation personnelle qui constituent la motivation des décisions attaquées. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce qu'elle aurait été privée de son droit à être entendue préalablement à la décision contestée doit être écarté.

5. En quatrième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation de Mme C ainsi que les éléments sur lesquels le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire sans délai, pour fixer le pays de destination de son éloignement ainsi que pour arrêter, dans son principe et sa durée, une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En cinquième lieu, il ressort de l'arrêté contesté que Mme C, qui ne fait pas état de fortes attaches sur le territoire dans sa requête, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière de nature à justifier sa situation familiale et personnelle en France. Si Mme C a déclaré à l'audience que sa mère et ses frères étaient en France en situation régulière, elle ne l'établit pas. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de Hauts-de-Seine n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ".

9. En l'espèce, Mme C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de violation des principes de présomption d'innocence et du droit à un recours effectif en ce qu'elle a pour effet de réduire ses chances de mise en liberté et de placement sous contrôle judiciaire dans le cadre de son procès pénal. Toutefois, dès lors que, d'une part, la requérante s'est maintenue sur le territoire au-delà de la durée de son visa, et d'autre part, qu'elle constitue par son comportement une menace pour l'ordre public, ayant été interpellée pour des faits d'empoisonnement, le préfet était fondé à prendre l'arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français, à ne pas lui accorder le délai de trente jours et à prendre l'interdiction de circulation sur le territoire français en application des articles susvisés. Par ces motifs, le moyen est écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux énumérés au point 2, l'exception d'illégalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire doit être écartée.

11. Pour les mêmes motifs que ceux énumérés au point 4, le moyen tiré du défaut de motivation et de l'erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.

12. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne par voie de conséquence le rejet des conclusions de la requête à fin d'injonction.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C ne peut qu'être rejetée.

En ce qui concerne les frais du litige :

14. Les conclusions à fin qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L.761-1 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au Préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M Crandal Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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